La Destruction
Il a fallu des siècles pour bâtir. Il suffit d'une nuit.
La Destruction est l'Horizon de ce qui défait : la guerre, le feu, le déluge, le chaos d'avant le monde et la fin qui l'attend. La Mort prend les vivants ; la Destruction défait ce qu'ils ont fait — et parfois le monde qui les portait.
Chaque époque l'a vue autrement : un déluge envoyé par les dieux, le Ragnarök où le monde brûle, Shiva qui danse la fin d'un cycle, la bombe, l'effondrement. Apocalypse veut dire « dévoilement » : la fin a toujours été aussi ce qui révèle.
Et chaque époque a inventé des figures pour se tenir au bord : guerriers-fauves, semeurs de discorde, cavaliers de la fin, monstres surgis des eaux.
Pourquoi des Agents
La différence d'échelle. À son échelle, la Destruction est totale : le chaos d'avant le monde, le déluge, la fin des temps. Mais on ne rencontre jamais la destruction en général : on rencontre une ville en ruines, une guerre, une maison brûlée. Il faut quelqu'un pour que la fin arrive quelque part — ou qu'elle n'y arrive pas.
Ce que chaque côté éprouve. Par les Agents, les humains éprouvent la fin de ce qui semblait devoir durer : la peur, le deuil des choses, mais aussi ce que la table rase libère. Par eux, les Puissances de la Destruction rencontrent ce qu'elles ne contiennent pas : la reconstruction, les ruines qu'on garde en mémoire, les survivants, ce qu'on choisit d'épargner.
Ce qui se transforme. Un furieux qui a vu trop de villes brûler apprend ce qu'on reconstruit. Une Puissance qui accueille ce qu'il rapporte change ce que détruire veut dire.
C'est ici que le coût du Lien est le plus visible. Ce qui réussit par le Lien, c'est la Puissance qui le réussit : un Agent de la Destruction qui protège quelqu'un par le Lien le protège en détruisant quelque chose. Ce qu'il a acquis au contact du monde est la seule manière dont il peut agir sans briser.
Puissances
La Guerre
La violence qui oppose des peuples : Arès, Mars, la Morrígan qui plane en corneille sur les champs de bataille.
- Exige deux camps
- Se nourrit d'elle-même
- Fait des héros et des ruines
- Ne distingue pas les innocents
La Discorde
Ce qui brise les liens : Éris et sa pomme d'or, Loki qui fait tomber les dieux.
- Divise
- Un mot lui suffit
- Ne prend jamais parti
- Défait ce qui semblait solide
La Fin
Ce qui attend le monde : le déluge, le Ragnarök, l'Apocalypse, la fin d'un âge.
- Tout finira
- Annoncée depuis toujours
- Ne vient qu'une fois
- Ne laisse rien derrière elle
Le Chaos
Ce qui était avant l'ordre et revient dès qu'il faiblit : Tiamat, Typhon, le Léviathan, le tohu-bohu.
- Défait toute forme
- Était là avant l'ordre
- Ne veut rien
- Revient dès que l'ordre faiblit
Familles d'Agents
Les traits proposés sont des traits du Lien : chacun vient de la relation elle-même ou de l'Attribut indiqué. Les Ancrages de l'Agent lui appartiennent et restent à écrire.
Furieux — la Guerre
Berserkers, guerriers-fauves, Cúchulainn que la fureur de la bataille déforme. Le Lien est une fureur.
- Ne sent ni peur ni douleur, de la fureur elle-même ;
- La bataille le trouve, de Se nourrit d'elle-même ;
- Dans la fureur, ne reconnaît personne, de Ne distingue pas les innocents.
Ce que la figure permet de penser : la violence qui nous possède ; ce qu'on devient après la guerre ; le retour du soldat.
Fauteurs de trouble — la Discorde
Tricksters, intrigants, ceux qui jettent la pomme au milieu du banquet. Le Lien est un rire.
- Trouve la faille de chaque alliance, de Défait ce qui semblait solide ;
- Un mot suffit à diviser, d'Un mot lui suffit ;
- Personne ne le soupçonne, de Ne prend jamais parti.
Ce que la figure permet de penser : ce qui tient les liens ensemble, et combien c'est fragile ; le rire qui défait les ordres trop sûrs d'eux.
Cavaliers — la Fin
Cavaliers de l'Apocalypse, hérauts du Ragnarök, prophètes du déluge. Le Lien est une annonce.
- Voit ce qui va tomber, de Tout finira ;
- Sa venue précède la catastrophe, d'Annoncée depuis toujours ;
- Épargné par ce qu'il annonce, de l'annonce elle-même.
Ce que la figure permet de penser : vivre en sachant que tout finit ; ce qu'on sauve quand on ne peut pas tout sauver.
Engeance — le Chaos
Enfants de Typhon, rejetons du Léviathan, monstres qui dorment sous une forme humaine. Le Lien est un sang.
- Porte en lui une bête démesurée, du sang lui-même ;
- Le sol tremble quand il s'éveille, de Défait toute forme ;
- Les bêtes le fuient, d'Était là avant l'ordre.
Ce que la figure permet de penser : être une catastrophe pour les autres ; une force sans intention, et ce qu'on peut en choisir.
Ce qui apparaît
- la muraille, le feu grégeois, la poudre, la bombe ;
- le droit de la guerre, la Croix-Rouge, les conventions qui disent ce qu'on ne détruit pas ;
- les ruines qu'on laisse en l'état pour se souvenir, comme à Oradour-sur-Glane ;
- la démolition, le recyclage, la reconstruction à l'identique ;
- l'assurance, qui met un prix sur la catastrophe ;
- le parlement, où l'on se dispute sans s'entretuer ;
- la dissuasion : une arme faite pour ne jamais servir.
Un Agent
- Lien : une fureur. Traits : Ne sent ni peur ni douleur, La bataille le trouve.
- Ancrage Démineur : Défait ce que la guerre a laissé, Garde son calme au-dessus d'une mine.
- Ancrage Père d'une fille de six ans : aucun trait écrit pour l'instant.
La Guerre se nourrit d'elle-même : elle laisse dans les champs de quoi tuer longtemps après la paix. Karim passe ses jours à défaire ce qu'elle a laissé. S'il fait reconnaître le déminage comme appartenant à la Guerre, Défait ce que la guerre a laissé peut passer au Lien. La Guerre saura défaire ce qu'elle a posé — et d'autres furieux apprendront à rentrer chez eux.
Situations
Apporter une nouveauté. Un fauteur de trouble découvre le parlement, où la discorde devient une institution ; un cavalier de la Fin découvre ceux qui l'attendent, stocks et abris prêts.
Disputer une nouveauté. La bombe atomique apparaît. La Fin y voit ce qui peut enfin finir le monde. La Guerre la revendique, puis découvre une arme qui l'empêche. Le Chaos y reconnaît la matière qui se défait. Leurs Agents se disputent ce que deviendra la dissuasion.
Transformer sa propre Puissance. Un cavalier a aimé le monde dont il annonçait la fin. Il veut que la Fin cesse de ne rien laisser derrière elle : que chaque fin laisse une graine, un survivant, une révélation.
D'autres situations :
- un Agent de l'Engeance s'éveille au milieu d'une ville, et quelqu'un doit le rendormir ;
- un fauteur de trouble doit défaire une alliance qu'il a lui-même nouée ;
- après la guerre, un furieux ne sait plus où la bataille le trouvera.
Tonalités et temporalités
La Destruction se prête à l'épopée, au récit de guerre, au post-apocalyptique, au film de monstres, à la tragédie.
Elle rejoint la Mort, qui ramasse ce qu'elle laisse ; le Temps, puisque pour le Cycle chaque fin est un commencement ; le Collectif, puisque la Nation exige des morts ; le Pouvoir, puisque la Guerre prolonge la politique.
Les campagnes à travers les âges y prennent un sens particulier : un même Agent peut voir tomber Troie, Rome, puis une ville d'aujourd'hui, et découvrir que l'on ne détruit plus tout à fait de la même manière.