Voici un exemple concret de détermination des mises pour une opposition dans Glorantha Perspectives, en illustrant spécifiquement l’impact du focus et d’un facteur cadre.
Le Contexte de la Scène
Kallyr, une jeune cheffe de clan Orlanthi (cadre de pensée : Théiste), s’introduit dans le sanctuaire souterrain du temple de la Terre. Elle fait face à Yanela, la Grande Prêtresse d’Ernalda (l’obstacle). La situation : Kallyr veut convaincre Yanela de lui confier le Bâton Tremble-Terre, une relique sacrée, car une patrouille de l’Empire Lunaire s’approche de leur village. Yanela, ancrée dans la tradition, refuse de voir la relique quitter le sanctuaire.
1. Le Choix du Focus (Ce qui est important à ce moment-là)
Le système précise que chaque partie détermine ce qui est important en s’immergeant dans la situation pour choisir le focus de l’action.
- Le Focus choisi : L’opposition est purement politique, religieuse et rhétorique (convaincre par la nécessité de survie de la communauté).
- Conséquence sur les facteurs : Kallyr possède des mots-clés redoutables comme Épéiste fulgurante, Agile comme le vent ou son équipement Épée longue en fer. Cependant, à cause du focus choisi (la persuasion et non le combat physique), ces facteurs ne sont pas importants et ne seront pas mis dans la balance.
2. Le Facteur Cadre Fort (Ce qu’il n’est pas possible de tenter)
Les règles expliquent que certains facteurs sont des “facteurs cadre” qui sont tellement impactants qu’ils expriment ce qu’il ne sera pas possible de tenter.
- Le Facteur Cadre : Le lieu est le Saint des Saints d’Ernalda, régi par le mythe de La Paix d’Ernalda. Dans cet espace, toute forme d’agression, de violence ou même de haussement de voix est métaphysiquement étouffée par la Déesse de la Terre.
- Conséquence sur les facteurs : Kallyr aurait pu vouloir utiliser son trait Colérique ou son statut de Guerrière intimidante pour faire pression sur la prêtresse. Mais le facteur cadre force les autres facteurs à s’aligner. Il est strictement impossible de recourir à l’intimidation ici sous peine de voir la magie du temple la paralyser. Ces facteurs lui sont inaccessibles.
3. La Mise en place des mises
Pour déterminer les mises valables de manière narrative, la méthode consiste à croiser les facteurs favorables et défavorables en fonction des objectifs de chacun. Définition des objectifs :
- Camp A (Kallyr) : Veut obtenir la relique pour protéger le clan.
- Camp B (Yanela / L’Obstacle) : Veut préserver la relique dans sa stase protectrice au sein du temple.
- Détermination des mises :
- Facteurs pro-Kallyr :
- Lignée royale Orlanthi (légitimité à demander l’aide de la Terre).
- Éloquence du Chef de clan (capacité à formuler son plaidoyer).
- Urgence de la menace Lunaire (l’argument choc).
- Facteurs contrecarrant Kallyr :
- Impatience juvénile (un de ses traits de caractère qui la dessert dans une négociation formelle).
- Facteurs pro-Yanela :
- Devoir Sacré de Gardienne (sa motivation première).
- La Stase du Temple (la force inerte du lieu qui incite à ne rien changer).
- Méfiance envers les adorateurs de la Tempête (trait culturel du culte de la Terre).
- Facteurs contrecarrant Yanela :
- L’Amour de la communauté (Yanela est une mère pour le clan, l’idée que son peuple soit massacré affaiblit sa résolution).
4. Bilan de l’Opposition
On se retrouve donc avec une résolution de 4 mises contre 4 mises.
Une fois les mises posées, on oublie le le lien mental entre la mise (le dé) et le facteur qui l’a créé. On peut procéder au tirage et on ne s’intéresse alors qu’au nombre de réussites finales de chaque camp. Les deux camps étant Théistes, les deux lanceront leurs 4 dés en cherchant les chiffres pairs et les 6 explosifs, pour voir vers quel destin les Dieux feront pencher la balance.
Note: il était aussi tout a fait possible de jouer l’opposition de manière graduelle: 1 argument contre 1 argument. Donc dans notre cas, il y aurait 3 tirages a faire a priori. Le résultat de chaque argumentation pourrait influencer alors le tirage suivant en fonction du résultat avec 1D pour le vainqueur pour la prochaine confrontation d’arguments. C’est plus long. A vous de voir ce que vous préférez comme gameplay.
En solo j’aime bien la méthode de résolution globale pour obtenir le résultat puis je passe à la narration. La méthode globale me permet d’organiser la future narration avec les facteurs qu’il me semble logique de mettre en avant.
Autour d’une table en groupe, la méthode graduelle est plus appropriée, surtout si les joueurs sont pris de cours et n’ont pas le temps de préparer une stratégie.