Aller au contenu principal

Verbatim

Durée de jeu : 2 h 30.

Cette page conserve le jeu dans son ordre réel : paroles des joueurs, côté Peek et côté Temps, Focus, Mises, jets et corrections de table.

Les formulations des joueurs sont conservées telles qu'elles ont été écrites pendant la partie, y compris les fautes, abréviations et échanges hors fiction qui ont participé à la conduite de la table.


[TEMPS]

La Source des Trois Pierres​

Le soleil descend sur la Désolation quand tu arrives à la Source des Trois Pierres. C'est un trou d'eau entouré de roseaux, gardé par trois blocs dressés que les anciens de ta tribu disent plus vieux que Waha lui-même. Fta-Ah tire sur la bride, assoiffée.

Mais elle ne boit pas.

Elle approche le museau de l'eau, souffle, puis recule. Les autres antilopes font pareil. Autour du bassin, la vase porte des traces de bottes cloutées, et quelqu'un a planté des piquets reliés par une cordelette rouge, en ligne droite, jusqu'au pied de la plus haute des trois pierres.

Plus loin, un campement lunaire. Deux tentes carrées, un chariot chargé de pics et de paniers, une dizaine de porteurs. Un homme en tunique ocre, une tablette de cire à la main, mesure l'ombre de la pierre avec une perche graduée. À côté de lui, en armes, se tiennent six cavaliers Sable. Tu reconnais le premier : Hirrak, ton frère aîné, envoyé par votre père.

Hirrak te voit arriver et vient à ta rencontre, content de te voir.

— Petite sœur ! Tu tombes bien. Le Khan a promis à l'Empire qu'on les escorterait jusqu'ici. Ils vont creuser une citerne pour leur route. Il y aura de l'eau toute l'année, et de l'argent pour la tribu. Père dit que c'est ainsi que les protecteurs de la Lune sont récompensés.

Il baisse la voix.

— Ils commencent à l'aube. Il faut déplacer la grande pierre.

Derrière lui, l'eau de la source reste immobile. Aucun insecte n'y danse. Tu sens la présence de l'esprit de la source, celui que ta tribu appelle la Mère-des-Roseaux. D'habitude, elle est paisible. Ce soir, elle se tait comme quelqu'un qui retient sa colère.

Et au-dessus de la Désolation, la Lune Rouge se lève, pleine. Cette nuit, tu dois sacrifier à tes ancêtres.

Que fais-tu ?

[PEEK]

Ha Hirrak et son gout pour le luxe et l'argent de l'Empire! Je le regarde se pavaner avec son plastron et ses bijoux, fier de lui. Mais déconnecté. Je ne réponds pas et vais m'agenouiller pour poser mes mains au dessus puis dans l'eau: "Mere-Roseaux, je te salue et te remercie pour la vie que tu nous procures." Je ferme les yeux et inspire fortement. Mais je ressens que quelque chose ne va pas. Je n'ai toujours rien dit à Hirrak. Me redresse et vais vers lui: "Qui a décidé de faire ça ici: toi ou Pere?”

[TEMPS]

L'eau est froide, plus froide qu'elle ne devrait l'être à cette heure. Sous tes paumes, la surface ne bouge pas.

Tu salues la Mère-des-Roseaux et tu fermes les yeux.

D'abord, rien. Puis tu la sens, tout au fond, repliée contre la base de la grande pierre comme une bête acculée. Pas encore de la colère : de la peur. Et autre chose, que tu reconnais parce que tu l'as déjà ressenti chez les esprits des morts mal apaisés : elle se prépare à partir. Là où la cordelette rouge touche la pierre, l'eau a un goût de fer.

Quand tu te relèves, tes doigts sont engourdis.

Hirrak a attendu, un peu vexé que tu l'ignores. Le soleil couchant fait briller les plaques de bronze cousues sur son plastron lunaire. À ta question, il hausse les épaules.

— Père a accepté l'escorte. Les Lunaires voulaient de l'eau sur la route de Bouillon-de-Lune, et il leur a dit que les Sables connaissaient toutes les sources du pays.

Il hésite une seconde de trop.

— Ils en ont vu trois. C'est moi qui leur ai montré celle-ci. Elle est la plus proche de la route, et la plus sûre.

Il redresse le menton.

— La pierre, c'est leur arpenteur qui l'a décidé. Il dit que le sol est meilleur de ce côté. Moi, je n'ai rien promis pour la pierre. Mais je n'ai pas dit non.

Derrière lui, l'homme en tunique ocre a remarqué votre échange. Il pose sa perche et s'approche, sa tablette sous le bras, avec le sourire courtois de quelqu'un qui a appris quelques mots de praxien.

— La sœur du chef d'escorte ? Honneur à la fille du Khan. Je suis Ostar Varenis.

Il désigne le bassin d'un geste large.

— D'ici une saison, il y aura ici de l'eau pour cent bêtes, même en saison sèche. Votre tribu en aura le premier usage.

Au-dessus de vous, la Lune Rouge achève de se lever.

[PEEK]

Je me dirige vers Ostar. Je suis certes petite mais j'en impose avec mon regard de braise et mon air inflexible et fier de fille de Khan. "Je te salue Ostar Varenis. Gloire a la déesse." Et je joins les mains en adoptant le salut lunaire. "Seulement vous ne pouvez pas faire ca ici sur cette source. Mon frere vous a conduit à la mauvaise source. Paak m'envoie justement pour vérifier que tout se passe bien car il sait qu'Hirrak n'est pas toujours .. heu .. bien inspiré" Et je jette un coup d'oeil noir vers Hirrak.

[TEMPS]

Ostar s'arrête net. Il ne s'attendait pas au salut lunaire, et encore moins à le voir exécuté correctement par une cavalière Sable. Il le rend aussitôt, mains jointes, avec un sourire sincère.

— Gloire à la Déesse.

Puis tes mots suivants effacent son sourire.

Derrière toi, tu entends le cuir du plastron d'Hirrak craquer quand il se redresse. Il ne dit rien. Pas encore. Mais sa mâchoire s'est serrée, et il sait très bien que Paak ne t'a envoyée nulle part.

Ostar jette un coup d'œil à ses piquets, puis à la tablette couverte de mesures sous son bras.

— La mauvaise source ? Fille du Khan, j'ai passé deux jours à sonder ce sol.

Il ne refuse pas. Il attend la suite.


Intention : faire renoncer Ostar à creuser à la Source des Trois Pierres.

Conséquences : ton frère est là et sait que tu mens sur l'envoi de Paak. Tu viens de l'humilier devant l'escorte et devant l'Empire. Si ça tourne mal, le mensonge peut éclater publiquement, et Hirrak pourrait ne pas te le pardonner facilement. Tu peux maintenir, changer de méthode ou réduire ton objectif.

Focus, Zoom Action : Ostar accepte-t-il, sur ta parole, de suspendre le chantier de l'aube pour reconsidérer le choix de la source, ou maintient-il son plan malgré toi ?

Tes 3 Mises

  • Fille de Khan : tu parles avec l'autorité de la lignée de Paak, que l'escorte elle-même sert.
  • Le salut lunaire : tu parles à Ostar dans sa propre foi, pas comme une nomade hostile.
  • Ton air inflexible : ton assurance ne laisse aucune place au doute.

Les 4 Contre-Mises

  • Hirrak sait que tu mens, et tu viens de l'humilier devant tous.
  • Deux jours de sondages : Ostar a des raisons mesurées de choisir ce sol.
  • La parole de Paak : l'Empire a obtenu l'escorte du Khan, et rien ne prouve que ce plan ait changé.
  • Tu n'as donné aucune raison : « la mauvaise source » reste une affirmation sans fondement aux yeux d'un arpenteur.

Tu peux contester ces Mises ou en proposer une autre si la fiction la justifie.

Lecture : tu lis en Animisme. Ta Mise lunaire rend ta relation à la Lune pertinente, et nous sommes en Pleine Lune hors de la Ligne Brillante : deux 1 formant un Pacte spirituel valent 2 Réussites. Ostar lit en Théisme, et pour lui aussi la Pleine Lune compte : ses 1 peuvent être relancés.

Lance 3d6 et donne-moi les résultats bruts.

[PEEK]

Résultat: 6,5,3 -> 1 réussite.

[TEMPS]

Le Temps lit 3, 4, 5, 2, soit 2 Réussites pour Ostar.

1 contre 2 : Défaite.

Ostar écoute jusqu'au bout avec politesse, puis secoue lentement la tête.

— Je respecte la fille du Khan. Mais je ne suis pas venu ici sur un caprice. Deux jours, trois sources, et c'est celle-ci que j'ai retenue.

Il tapote sa tablette.

— Le chantier commence à l'aube. Si le Khan a changé d'avis, qu'il me le fasse savoir par son messager, et j'obéirai. Mais son messager, c'est ton frère.

Il se tourne vers Hirrak, poliment interrogateur.

Hirrak ne te regarde pas. Il répond à Ostar dans votre langue, d'une voix égale, puis traduit pour lui :

— Le plan ne change pas.

Ostar incline la tête, satisfait, et retourne vers ses tentes.

Alors seulement, Hirrak se tourne vers toi. Il parle bas, en langue Sable, et son visage n'a plus rien de fanfaron.

— Père ne t'a envoyée nulle part.

Un silence.

— Je ne l'ai pas dit devant l'Empire. Pour la tribu. Pas pour toi.

Il remonte sur sa monture sans attendre de réponse.

La nuit tombe. Le camp lunaire allume ses feux. Au-dessus de la Désolation, la Lune Rouge est pleine et haute, et le sacrifice à tes ancêtres ne peut plus attendre.

Derrière toi, la Mère-des-Roseaux se tait toujours.

[PEEK]

Je hausse les épaules quand Hirrak me parle. Mais à l'intérieur je bouillonne. Je n'ai pas le temps de retourner au campement pour prévenir Paak et de revenir avant le début des travaux des Lunaires. Pas physiquement mais en esprit je peux faire beaucoup.

Je me dirige donc vers Fta-Ah pour récupérer dans ses poches de l'encolure les os, les pierres, les bois que j'ai récupéré pour le sacrifice sacré aux Ancêtres pendant la Lune pleine, pour se relier à leur sacrifice pendant les Ténèbres, quand Wakboth sévissait encore, que tout n'etait que os, pierre et que le bois était rare. Je connais le rituel. Je compte aussi faire participer l'esprit Chercheur d'Eau qui est dans mon fétiche et qui s'agite proche d'une source d'eau, et mon esprit qui sait apaiser les esprits avec son aura chaude et douce. Mon objectif est triple: renouer avec les ancetres, apaiser Mere-Roseaux mais surtout en fait tenter de m'appuyer sur la puissance de Mere-Roseaux pour que spirituellement elle contacte Paak ou le chaman de notre tribu afin d'empecher le projet Lunaire d'une maniere ou d'une autre. Les esprits peuvent tout.

[TEMPS]

Tu t'éloignes des feux lunaires jusqu'à ce que leurs voix ne soient plus qu'un murmure. Fta-Ah te suit sans que tu l'appelles.

Dans les poches de son encolure, tu retrouves ce que tu as ramassé pendant des jours : des os blanchis par la Désolation, trois pierres noires et un peu de bois, rare et précieux comme au temps des Ténèbres, quand Wakboth dévorait le monde et que tes ancêtres n'avaient que cela pour survivre.

À ta ceinture, le fétiche du Chercheur d'Eau s'agite comme une bête qui flaire. L'autre, celui de l'esprit apaiseur, reste tiède contre ta peau.

Tu t'agenouilles au bord du bassin et, avant de commencer, tu regardes l'eau.

Elle a cessé d'être noire.

La Lune Rouge s'y reflète, pleine et large. Et à côté d'elle, là où il ne devrait rien y avoir, flotte une seconde lune, blanche. Tu lèves les yeux : dans le ciel, il n'y en a qu'une. Tu les baisses : dans l'eau, il y en a deux.

Les anciens racontaient cela autour des feux. Tu ne les avais jamais crus tout à fait.


Ce qui n'a pas besoin des dés. Tu connais le rite des ancêtres, et le sacrifice de pleine lune s'accomplit. Ce qui reste incertain, c'est ce que les esprits en feront.

Conséquences

  • Ton tabou interdit de souiller un lieu habité par un esprit. Des os de sacrifice jetés dans l'eau de la Mère-des-Roseaux pourraient être une souillure. Tu dois poser l'offrande sur la rive ou sur les pierres, pas dans l'eau.
  • La Mère-des-Roseaux est liée à sa source. Elle ne peut pas aller jusqu'au campement de Paak sans abandonner ce lieu, ce qui serait exactement ce que tu cherches à empêcher. C'est un Facteur Cadre : ce n'est pas elle qui voyagera. Tes ancêtres, eux, que ce rite appelle, ne sont liés à aucune source. Ils connaissent le chemin vers le chaman de ta tribu.
  • Un esprit terrifié peut frapper celui qui le touche. Et tes chants sous la lune seront visibles depuis le camp lunaire comme depuis l'escorte.

Tu peux maintenir ton intention, changer de méthode ou réduire ton objectif.

Intention : apaiser la Mère-des-Roseaux et, par elle et tes ancêtres, faire avertir le chaman de ta tribu.

Focus, Zoom Séquence : Le rite parvient-il à retenir la Mère-des-Roseaux dans sa source et à envoyer, par les ancêtres, un avertissement jusqu'au chaman des Sables avant l'aube ? Ou la peur de l'esprit l'emporte-t-elle, et ton appel reste-t-il sans réponse ?

Tes 5 Mises

  • Le rite des ancêtres de pleine lune, accompli selon ta lignée.
  • L'esprit Chercheur d'Eau, qui sait parler aux eaux vivantes.
  • L'esprit apaiseur, dont l'aura chaude peut calmer la peur de la Mère-des-Roseaux.
  • Marchander avec les esprits.
  • Ressentir et voir les esprits : tu sais exactement où elle se tapit et ce qu'elle éprouve.

Les 4 Contre-Mises

  • La peur de la Mère-des-Roseaux, déjà prête à partir.
  • La cordelette rouge touche encore la pierre ; la souillure a commencé.
  • La distance jusqu'au campement de ta tribu, que les ancêtres doivent franchir avant l'aube.
  • Ta colère : tu bouillonnes, et un rite d'apaisement exige un cœur calme.

Lecture : tu lis en Animisme, et la Pleine Lune s'applique toujours à toi : un rite de lignée accompli sous la lune pleine rend ta relation à la Lune pertinente. En face, l'obstacle relève du monde des esprits : le Temps lit aussi en Animisme, sans influence lunaire.

Lance 5d6.

[PEEK]

6,4,2,1,5 → 3 réussites pour Peek

[TEMPS]

Le Temps lit 3, 3, 5, 2, soit 2 Réussites (le 2, et le Pacte des deux 3).

3 contre 2 : Victoire.

Tu poses les os et les pierres noires sur la plus basse des trois pierres, loin de l'eau. Tu allumes le bois. La flamme est petite et droite, sans vent.

Tu chantes les noms de ta lignée, dans l'ordre où ta mère te les a appris.

Le fétiche du Chercheur d'Eau cesse de s'agiter. Il tire doucement vers le bassin, comme une main qui voudrait toucher sans effrayer. L'esprit apaiseur quitte la chaleur de ta peau et se répand sur l'eau, lentement.

Au fond, contre la pierre, la Mère-des-Roseaux ne se détend pas tout à fait. Mais elle cesse de se replier. Tu la sens hésiter, puis écouter.

Tu lui promets ce que tu peux promettre : qu'une fille de Waha a vu, et que la tribu saura.

Puis les ancêtres viennent.

Tu ne les vois pas comme tu vois les esprits de l'eau. Tu les sens passer, froids et secs, comme le vent des Ténèbres qu'ils ont traversé. Ils tournent une fois autour de la flamme, prennent ce que tu leur as donné, et partent vers l'est, vers le campement de Paak, plus vite qu'aucune antilope.

La flamme s'éteint d'un coup.

Tu restes seule avec le silence. Mais ce n'est plus le même silence. Quelques insectes dansent de nouveau au-dessus de l'eau. Fta-Ah s'approche, souffle, puis boit longuement.

Dans le bassin, les deux lunes brillent toujours côte à côte, la rouge et la blanche. La blanche semble un peu plus proche de la grande pierre qu'avant.

Là-bas, près des feux, une silhouette se tient debout, tournée vers toi. À son plastron qui accroche la lumière, tu reconnais Hirrak. Il a tout vu. Il ne vient pas.

Il reste quelques heures avant l'aube. Que fais-tu ?

[PEEK]

Je me retourne vers lui et lui dis: "Je fais ce que je dois faire Hirrak. Ca fait combien de temps que tu n'as pas honoré nos Ancêtres? Crois tu que faire partie de l'Empire nous en dispense: nos Ancêtres étaient là avant nous et seront là après nous... et eux" dis-je en pointant du doigt les tentes du campement lunaire. Le rituel m'a un peu fatiguée car c'est toujours intense émotionnellement mais m'a aussi apaisée et renforcée comme toujours quand je ressens la connexion spirituelle.

[TEMPS]

Hirrak ne bouge pas tout de suite. Puis il descend lentement vers toi, sans son assurance de la journée. De près, tu vois que les bijoux lunaires à son cou côtoient encore la petite cordelette de nœuds que votre mère lui a nouée quand il est devenu homme. Il ne l'a jamais retirée.

Il regarde les cendres sur la pierre, puis l'eau où Fta-Ah boit toujours.

— Au dernier Jour Sacré, répond-il enfin. Avec Père. Tu étais partie chasser.

Il laisse passer un moment.

— Tu crois que je ne les honore pas parce que je porte du bronze ? C'est pour eux que Père a accepté l'escorte. L'été dernier, les Impalas nous ont pris deux cents bêtes, et nos ancêtres n'ont rien fait. La garnison de Bouillon-de-Lune, elle, a rendu les bêtes en dix jours.

Il désigne les tentes d'un mouvement du menton, sans colère.

— Eux ne seront peut-être pas là après nous. Mais ils sont là maintenant. Et maintenant, notre tribu a faim d'autre chose que de chants.

Puis sa voix baisse, presque malgré lui.

— Qu'est-ce que tu as vu dans l'eau ? Tu regardais comme si quelque chose te parlait.

Autour de vous, la nuit est calme. Au camp lunaire, les feux faiblissent ; seul un garde veille près du chariot aux outils. Il reste quelques heures avant l'aube.

[PEEK]

Je réponds à Hirrak: "Mere-Roseaux est apeurée Hirrak, elle n'est plus limpide et se terre contre la pierre. Cette pierre" Je montre la pierre et là je vois que c'est la pierre avec la cordelette rouge et mon visage s'illumine "Rien qu'un fil la terrorise! Tu sais tres bien qu'on n'a pas le droit de toucher les pierres sacrées et donc encore moins les déplacer!! On doit les en empecher coute que coute!”

[TEMPS]

Hirrak suit ton doigt jusqu'à la cordelette. Il la regarde longtemps, comme s'il la voyait pour la première fois.

— Les pierres sacrées…

Il le dit tout bas. Il connaît la règle aussi bien que toi : les anciens la répètent à chaque passage. Tu vois bien sur son visage qu'il l'avait sue toute la journée, et qu'il avait choisi de ne pas la regarder.

Puis ton « coûte que coûte » le raidit.

— Coûte que coûte ? Contre l'escorte que Père a donnée ? Contre sa parole ? Contre moi ?

Il jette un coup d'œil vers le camp. Le garde lunaire est assis près du chariot aux outils, la tête qui dodeline.

— Écoute-moi bien. Si des Sables lèvent la lance contre ceux qu'ils escortent, ce n'est pas l'arpenteur que l'Empire punira. C'est Père. C'est toute la tribu.

Il s'accroupit au bord de l'eau, à distance respectueuse de la grande pierre, sans toucher la cordelette.

— Je ne lèverai pas cette pierre moi-même. Mes hommes non plus, si je le leur demande. Mais les porteurs lunaires la lèveront à l'aube, et je n'ai aucun droit de les en empêcher.

Il relève les yeux vers toi.

— Et tu ne m'as pas répondu. Qu'as-tu vu dans l'eau ?

Dans le bassin, les deux lunes brillent toujours, la rouge et la blanche. Hirrak, lui, ne regarde que ton visage. Il ne les voit pas.

[PEEK]

"je le sais Hirrak et ce qui est fait est fait mais peut etre défait. Je ne suis pas ton ennemie, petit frère. Mais là on a vraiment un problème. J'en ai appelé aux Ancêtres et ils sont venus. Mais rien ne garantit qu'ils pourront intervenir à temps. J'ai peut etre une idée." Je caresse l'encolure de Fta-Ah. "Imagine, on va voir les Lunaires pour nous disculper et pendant ce temps, Fta-Ah attrape le fil rouge entre ses dents et au moment voulu, elle arrache le fil. Comme ca les Lunaires ne pourront pas nous accuser. Ca les retardera et peut etre empechera leur projet." Je touche le fétiche qui contient "Bete supérieure à l'Homme" que je compte activer pour indiquer a Fta-Ah le bon moment pour arracher le fil. "C'est jouable ca hein petit frere?" dis-je mais pas tres sure et un peu désespérée au vu de la situation.

[TEMPS]

Hirrak a un sursaut au mot « petit frère ». Un vrai sourire lui échappe, le premier de la soirée.

— Petit frère. J'ai quatre pluies de plus que toi, et tu m'appelles encore comme quand tu voulais monter mon antilope.

Le sourire s'efface quand il regarde Fta-Ah, puis la cordelette.

— Nous disculper de quoi ? Nous n'avons encore rien fait.

Il se relève et parle sans colère, en homme qui a passé la journée à escorter des arpenteurs.

— Et ce fil n'est qu'une marque. L'arpenteur a ses mesures sur sa tablette. Arrache le fil, et demain il plantera un autre piquet en une demi-heure. Tu retardes le soleil, pas le chantier.

Pendant qu'il parle, tu sens quelque chose que lui ne sent pas. Quand tu as montré la cordelette, la Mère-des-Roseaux a frémi contre la pierre. Pas de peur, cette fois : comme un animal pris au collet qui sent qu'on s'approche du nœud. Pour l'esprit, ce fil n'est pas une marque d'arpenteur. C'est la souillure qui a déjà commencé.

Hirrak reprend, plus bas.

— Si Fta-Ah tire ce fil pendant que nous parlons à l'arpenteur, je ne mentirai pas pour toi. Mais je ne dirai rien non plus.

Il te fixe.

— Seulement, c'est la troisième fois que je te le demande, Peek. Qu'as-tu vu dans l'eau ? Tu veux que je risque la parole de Père sur tes esprits. Alors dis-moi ce qu'ils t'ont montré.

Contre ta hanche, le fétiche de la Bête supérieure à l'Homme est tiède. Fta-Ah a levé la tête et te regarde, attentive, comme si elle avait compris qu'on parlait d'elle.

[PEEK]

"Je te l'ai dit. Mere-Roseaux est terrifiée. Le fil rouge touche la pierre. Elle s'est approchée d'elle pour la protéger. Imagine si on bougeait la pierre! J'ai vu la Lune Rouge dans les eaux aussi et a côté une Lune blanche. Les Lunaires sont en train de changer l'ordre des choses de l'autre côté. Et j'ai l'impression que ca ne plait pas vraiment à Mere-Roseaux. On n'a rien a perdre à tenter mais tout à perdre si on ne fait rien." Je caresse Fta-Ah et lui parle a l'oreille et la conduit vers la pierre et le fil rouge. Puis je pars avec Hirrak vers le campement lunaire pour rejoindre aussi les notres.

[TEMPS]

Hirrak regarde le bassin par-dessus ton épaule. Il n'y voit qu'une lune, la rouge. Il ne dit rien, mais il ne se moque pas non plus. Il touche du bout des doigts la cordelette de nœuds à son cou, puis te suit.

Derrière vous, Fta-Ah s'approche de la grande pierre, sans bruit.

Vous traversez le campement jusqu'au feu du chariot aux outils. Le garde lunaire sursaute en vous voyant arriver, la main sur sa lance, puis reconnaît Hirrak et se détend. Plus loin, les cavaliers Sable dorment roulés dans leurs couvertures. Dans une tente, une lampe brûle encore : Ostar travaille tard.


Conséquences : si quelqu'un voit Fta-Ah tirer le fil, tout le monde saura qu'une antilope Sable a saboté le marquage. Ce ne serait plus un accident : ce serait ta tribu contre l'escorte que Paak a promise. Et Hirrak t'a prévenue : il ne mentira pas pour toi.

Intention : que la cordelette cesse de toucher la pierre, sans que les Lunaires puissent l'imputer aux Sables.

Focus, Zoom Action : pendant que tu retiens l'attention du camp, Fta-Ah arrache-t-elle le fil de la pierre sans que personne ne l'aperçoive ni ne fasse le lien avec les Sables ?

Tes 5 Mises

  • Ne fait qu'un avec Fta-Ah : courageuse, rapide, fidèle, elle comprend ce que tu attends d'elle.
  • Le fétiche de la Bête supérieure à l'Homme, pour lui donner le signal au bon moment.
  • La diversion : toi et Hirrak au feu du garde, qui détournez tous les regards de la source.
  • La nuit et le garde à moitié endormi.
  • La Mère-des-Roseaux elle-même : le fil est une souillure qu'elle veut voir disparaître, et l'apaisement du rite l'a rendue attentive à toi.

Les 4 Contre-Mises

  • La pleine lune, claire sur la Désolation : on y voit loin.
  • Le garde lunaire, maintenant réveillé et sur le qui-vive.
  • Ostar, qui travaille encore et peut sortir de sa tente à tout moment.
  • Fta-Ah est connue : si on la voit près de la pierre, le lien avec toi est immédiat.

Lecture : tu lis en Animisme ordinaire, car ta relation à la Lune ne pèse pas vraiment dans ce geste. Tu peux contester ce choix si tu vois les choses autrement. En face, un obstacle matériel et extérieur : le Temps lit en Monde médian.

Lance 5d6.

[PEEK]

Je pense plutot que l'influence lunaire est valide pour Peek mais aussi pour l'adversité (qui serait plutot en mode théiste) : conflit animisme / théisme (sous influence lunaire). Ok pour toi?

[TEMPS]

Oui, c'est plus juste, et je me range à ta lecture.

Pour Peek : sa relation à la Lune compte vraiment ici. Elle agit précisément parce qu'elle a vu la seconde lune dans l'eau et qu'elle pense que les Lunaires dérangent l'ordre des choses. On est en Pleine Lune, hors de la Ligne Brillante : Animisme ordinaire, et deux 1 formant un Pacte spirituel valent 2 Réussites.

En face : j'avais lu l'opposition comme un obstacle matériel, mais ce qui s'oppose à Peek, ce sont des gens. Le garde et Ostar sont des fidèles lunaires qui veillent sous la lune pleine de leur Déesse. Théisme ordinaire, et en Pleine Lune leurs 1 peuvent être relancés.

Ça donne un vrai conflit de regards : l'animisme praxien contre le théisme lunaire, sous la même Lune.

Lance 5d6.

[PEEK]

4,4,4,4,4 → 5 réussites ! Je suis alignée avec les Esprits!

[TEMPS]

Le Temps lit 2, 4, 3, 5, soit 2 Réussites.

5 contre 2 : Exploit.

Au feu, le garde se détend en reconnaissant Hirrak. Ton frère lui parle de la route de demain, des puits sur la piste de Bouillon-de-Lune, de chevaux qui ne supportent pas la Désolation. Il fait durer la conversation mieux que tu ne l'aurais cru.

Attirée par les voix, la lampe de la tente bouge. Ostar sort, sa tablette de cire toujours sous le bras.

— Fille du Khan. Tu ne dors pas non plus ?

Il s'assied près du feu et pose la tablette sur ses genoux, ouverte. Pendant qu'il parle à Hirrak, ton regard tombe dessus. Tu ne sais pas lire ses signes, mais tu reconnais le dessin : trois cercles, trois sources. La vôtre est entourée deux fois. Près du deuxième cercle, un peu plus loin de la route tracée, il a noté des marques que tu comprends quand il les commente lui-même à Hirrak :

— La Source des Chacals aurait presque fait l'affaire. Le sol est aussi bon. Mais elle ajoute une demi-journée de détour aux convois.

Contre ta hanche, le fétiche de la Bête supérieure à l'Homme devient brûlant. Maintenant.

Là-bas, dans le noir, personne n'entend le petit bruit sec. Personne ne voit une ombre d'antilope passer près des trois pierres puis disparaître dans les roseaux. Le garde regarde Hirrak, Ostar regarde sa tablette, et la lune éclaire la Désolation sans que personne ne pense à regarder la source.

Quand vous revenez au bassin, un peu plus tard, Fta-Ah vous attend, fière. À vingt pas de l'eau, loin de tout ce qui pourrait souiller la source, la cordelette rouge gît dans le sable, arrachée de son piquet.

Tu t'agenouilles. L'eau est redevenue limpide. Tu sens la Mère-des-Roseaux quitter la base de la pierre et s'étirer à nouveau dans tout le bassin, comme quelqu'un qui respire enfin.

Les deux lunes brillent toujours. La blanche a glissé, et elle est maintenant juste au-dessus de la grande pierre.

Hirrak, à côté de toi, regarde le fil dans le sable. Puis il te regarde.

— La Source des Chacals, dit-il tout bas. Tu as vu comme moi.

Il reste un peu plus d'une heure avant l'aube. Que fais-tu ?

[PEEK]

Apres etre allée vers Fta-Ah pour la féliciter, j'entends la question d'Hirrak et lui réponds "Oui j'ai vu... mais attends" Je m'agenouille près de la source et plonge mes mains dans l'eau et essaie de sentir comment se porte Mere-Roseaux et mes yeux sont fascinés par le reflet de 2 lunes dans l'eau alors qu'une seule est dans le ciel. J'ai conscience que La Lune Rouge est quelque chose qui nous dépasse et que notre tribu fait partie du plan de la Déesse. Les autres tribus veulent la chasser, nous, nous l'avons acceptée et pas que pour leur richesse, ou que pour vaincre nos ennemis, bien que ca soit l'opinion majoritaire mais je n'ai jamais accepté cette vision de "traitrise" a nos coutumes et ca a alimenté de longues heures de discussion avec mon pere, Paak et lui, il voit plus loin. Je dois voir plus loin. Cette lune blanche est un miracle. Et curieusement ce miracle ne trouble plus Mere-Roseaux.

[TEMPS]

L'eau est tiède, maintenant. Sous tes paumes, la Mère-des-Roseaux circule librement, d'une rive à l'autre, et vient frôler tes doigts comme une bête qui reconnaît la main qui l'a nourrie. Il reste une trace de fer près de la grande pierre, faible, comme une cicatrice qui se referme.

Tu ne cherches pas à comprendre. Tu regardes.

La lune rouge et la lune blanche flottent côte à côte, et pour la première fois tu remarques qu'elles ne sont pas immobiles. Quand l'eau frémit autour de tes mains, la rouge tremble et se déforme, comme tout reflet. La blanche, elle, ne bouge pas. Les rides passent à travers elle sans la toucher.

La Mère-des-Roseaux ne la fuit pas. Elle tourne autour, lentement, sans crainte, comme on tourne autour d'un feu dont on sait qu'il ne brûle pas.

Et une pensée te vient, qui n'est peut-être pas tout à fait la tienne : l'esprit n'a jamais eu peur de la Lune. Il avait peur qu'on déplace la pierre.

Puis le vent de l'aube qui approche passe sur la Désolation, et quand tu regardes de nouveau, la blanche a disparu. Il n'y a plus que le reflet rouge, tremblant, et le ciel qui pâlit à l'est.

Derrière toi, Hirrak n'a pas bougé. Il attend, sans te presser.


Off : aucun jet ici, rien n'était incertain ni contesté. Ce moment peut laisser une Trace dans le Portrait de Peek, si tu le souhaites : une fascination, un doute, une révélation incomplète. Une Trace ne donne aucun pouvoir, mais elle pourra devenir une Mise quand elle comptera. C'est à toi de décider si elle s'inscrit, et comment tu la formules.

Il reste moins d'une heure avant que les porteurs se lèvent. Que fais-tu ?

[PEEK]

"Nous devons parler aux Lunaires et leur expliquer la situation. Il ne faut pas bouger ni toucher les pierres mais leur projet est possible. S'ils estiment que ce n'est pas possible, il faut mettre le puits à la Source des Chacals". Et c'est donc ce qu'on fait, sauf si Hirrak a une autre idée. Et dans ma tete, je me demande ce qu'il va se passer apres mon appel à l'aide aux Ancêtres.

[TEMPS]

Hirrak réfléchit un moment, puis hoche la tête.

— Oui, j'ai vu. Et cette fois, c'est moi qui parle le premier. Je suis le chef d'escorte : c'est à moi de dire à l'arpenteur ce que les Sables ne peuvent pas laisser faire. Toi, tu diras pourquoi.

Il ajuste son plastron, puis hésite.

— Et hier soir, pour Père… je n'en parlerai pas. Ne m'oblige pas à le faire.

L'aube pâlit à l'est. Au camp, les porteurs se lèvent et préparent les pics. Ostar est déjà debout, tablette en main. En approchant de la source avec ses hommes, il s'arrête : le piquet est là, mais la cordelette rouge a disparu. Il la cherche des yeux, fronce les sourcils, puis vous voit arriver.

Pendant que vous marchez vers lui, tu ne peux pas t'empêcher de regarder vers l'est. Rien encore. Seulement la Désolation qui s'éclaire.


Conséquences : Ostar vient de constater que son marquage a disparu dans la nuit. S'il fait le lien avec votre visite nocturne, votre démarche peut passer pour une manœuvre, et le soupçon retomberait sur l'escorte, donc sur Paak.

Intention : que les Lunaires renoncent à toucher les pierres sacrées, en creusant autrement ou à la Source des Chacals.

Focus, Zoom Séquence : Ostar accepte-t-il de ne pas toucher aux trois pierres, quitte à adapter son chantier ou à le déplacer, ou maintient-il son plan malgré l'escorte ?

Tes 5 Mises

  • Hirrak parle à tes côtés, comme chef de l'escorte donnée par Paak.
  • La loi des pierres sacrées, une coutume praxienne ancienne et connue.
  • Une solution concrète : creuser sans toucher aux pierres, ou utiliser la Source des Chacals, qu'Ostar lui-même jugeait presque aussi bonne.
  • Fille du Khan.
  • Le salut lunaire et votre foi commune : tu parles à Ostar comme quelqu'un qui accepte la Déesse, pas comme une ennemie de l'Empire.

Les 4 Contre-Mises

  • Deux jours de sondages et les ordres de la garnison.
  • Une demi-journée de détour pour chaque convoi, si le chantier part à la Source des Chacals.
  • Le marquage disparu : Ostar se méfie.
  • Il t'a déjà dit non hier soir, et sur les mêmes arguments.

5 contre 4

Lecture : tu lis en Animisme sous Pleine Lune, ta relation à la Déesse comptant plus que jamais. Ostar lit en Théisme sous Pleine Lune.

Lance 5d6.

[PEEK]

6,2,2,5,3 → 3 réussites

[TEMPS]

Le Temps lit 1, 3, 4, 5. Le 1 est relancé sous la Pleine Lune et donne 2. Soit 2 Réussites pour Ostar.

3 contre 2 : Victoire.

Hirrak parle le premier, droit dans son plastron, et pour une fois sans fanfaronner. Il dit que l'escorte du Khan s'arrête aux trois pierres. Que les Sables ne lèveront pas la lance contre l'Empire, mais qu'ils ne laisseront pas non plus toucher ce que leurs ancêtres ont interdit de toucher.

Ostar t'écoute ensuite, sans t'interrompre. Quand tu rappelles la Source des Chacals, il a un petit rire sans joie.

— Tu as bien regardé ma tablette, hier soir.

Il se tourne vers le piquet sans cordelette, le fixe un long moment, puis revient vers vous.

— Je ne vous demanderai pas ce qui est arrivé à mon fil. Je ne tiens pas à connaître la réponse.

Il ouvre sa tablette, efface quelque chose du pouce, et trace de nouveaux signes.

— La garnison veut de l'eau, pas des pierres. La citerne sera creusée ici, à trente pas en aval, là où le sol reste bon. Les trois pierres ne seront pas touchées, ni aucune racine de ces roseaux. Et si mes porteurs s'en approchent, ton frère a ma permission de les en chasser.

Il te regarde.

— Mais la citerne se fera à cette source, fille du Khan. Pas à celle des Chacals. Mes convois ne feront pas de détour pour mes scrupules, ni pour les vôtres.

Tu poses la main dans l'eau. La Mère-des-Roseaux frémit quand les porteurs passent, puis se calme lorsqu'ils s'éloignent vers l'aval sans toucher aux pierres. Elle reste là.

Hirrak lâche un long souffle, comme s'il avait retenu sa respiration depuis la veille.

Puis Fta-Ah lève la tête et regarde vers l'est.

Sur la ligne de la Désolation, dans la lumière qui monte, un nuage de poussière approche. Plusieurs antilopes au galop. Devant elles, une silhouette porte un bâton garni de plumes et de crânes, que tu reconnaîtrais entre mille : le chaman de votre tribu. Et à ses côtés, une autre, large, tenant la bride haute comme il le fait toujours.

Paak-le-Rusé.

Les ancêtres ont été entendus. Mais ton père arrive dans un camp où, cette fois, il n'y a plus rien à empêcher.

Hirrak a pâli.

— Petite sœur. Qu'est-ce que tes ancêtres lui ont dit, exactement ?

[PEEK]

Mon visage s'illumine. Mon coeur bat la chamade. Je me suis rarement sentie aussi alignée avec mes convictions: le lien des Ancetres et notre role vis a vis de la Déesse. Je rejoins le groupe de nomades. Je vois des visages familiers. Je savoure ma victoire, notre victoire, a tous. J'explique a la hate toute la situation a Paak et au chaman et pourquoi ils ont reçu l'appel des Ancetres. Je les remercie d'etre venus aussi vite mais leur explique tout, le miracle de la lune blanche, le compromis obtenu et surtout je n'enfonce pas mon frere, au contraire je lui dis qu'il m'a bien aidé. Et je termine en regardant Ostar qui s'est approché: "Nous ne faisons qu'Un”

[TEMPS]

Paak saute de sa monture avant qu'elle ne s'arrête tout à fait. Il est couvert de poussière, et ses yeux cherchent d'abord ton visage, puis celui d'Hirrak, pour voir si ses enfants sont entiers.

Tu parles vite. Les ancêtres, la Mère-des-Roseaux, la cordelette, la lune blanche, l'accord d'Ostar. Et Hirrak, qui a parlé le premier devant l'arpenteur. Ton frère baisse les yeux quand tu le dis, mais tu vois ses épaules se redresser.

Le chaman, lui, n'écoute plus depuis que tu as dit « lune blanche ». Il s'est approché de la source et regarde l'eau où il n'y a plus qu'un reflet rouge dans le jour qui se lève.

— Ma grand-mère l'a vue une fois, dit-il sans se retourner. La nuit avant que les Sables ne rencontrent pour la première fois les hommes de la Lune. Elle n'a jamais su dire ce qu'elle annonçait.

Il n'en dit pas plus. Il pose son bâton contre la plus haute des trois pierres, et commence à chanter à voix basse pour la Mère-des-Roseaux.

Ostar s'est approché. Il salue Paak comme on salue un allié de l'Empire.

— Honneur au Khan. Ta fille m'a dit hier que tu l'envoyais vérifier le chantier. Elle a bien fait son travail.

Hirrak se fige. Tu sens le regard de ton frère sur toi.

Paak ne marque pas la moindre hésitation. Il pose une main lourde sur ton épaule.

— Bien sûr que je l'ai envoyée. Mes enfants voient pour moi là où je ne suis pas.

Puis il se tourne vers l'arpenteur, et dans la même phrase il est déjà en train de négocier : les Sables garderont la citerne, en échange du droit de premier abreuvement et d'une part de ce que paieront les convois. Ostar sourit, il a reconnu un marchandeur.

Quand tu dis « Nous ne faisons qu'Un », Ostar s'interrompt. Il te regarde, surpris, puis joint les mains.

— Nous ne faisons qu'Un, fille du Khan.

Plus tard, quand les hommes de Paak installent leur camp près de la source, ton père te prend à part. Sa main est toujours sur ton épaule, mais sa voix a changé.

— Je ne t'ai envoyée nulle part, Peek.

Il laisse passer un temps.

— Aujourd'hui, tu as parlé avec ma voix, et j'ai dit que c'était la mienne. La prochaine fois, c'est moi qui choisirai quand tu parles en mon nom.

Puis, presque malgré lui, il sourit.

— Tu as vu plus loin que ton frère. Et plus loin que moi, cette nuit.

Que lui réponds-tu ?

[PEEK]

"J'ai été à bonne école avec vous Pere" et le regarde comme une fille qui regarde son pere qu'elle admire profondément.

[TEMPS]

Paak éclate de rire, ce rire franc qui fait se retourner tout le camp.

— À bonne école… Voilà une fille qui ment aussi bien que son père. Et qui sait quand il faut dire vrai.

Il te serre contre lui une seconde, puis te relâche aussitôt, parce qu'un Khan ne s'attarde pas devant ses hommes.