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Le Souffle et la Foudre

L'air était sec, chargé de la poussière des collines de Dogbone, quand Sorane surgit des buissons avec la souplesse d'une ombre. Les nouvelles de la Yinkini étaient mauvaises, comme toujours ces derniers temps : une patrouille de l'Empire, des Tarshites accompagnés d'un limier, marchait droit vers la grotte où un vieux chaman Kolati s'apprêtait à invoquer les esprits.

Je n'ai pas hésité. J'ai couru à l'opposé de la piste, brandissant ma pierre tonnerre. Tant qu'il y a de l'air à respirer, il y a de l'espoir. J'ai frappé la pierre. La foudre d'Hedkoranth a répondu avec une fureur aveuglante, pulvérisant un chêne mort dans un fracas assourdissant. La patrouille a fait volte-face, et les alynx de Sorane ont achevé de semer la panique dans leurs rangs. Je me suis fondu dans les ronces et le calcaire. Le chaman était sauf.

Mais ma magie avait laissé une trace. Alors que je reprenais mon souffle, un corbeau au plumage sombre s'est posé au-dessus de moi. Je l'ai salué, lui, le messager des Dieux. Il a lâché un petit croc percé monté sur une tresse de crin avant de s'envoler vers la vallée de Torkan, en direction des eaux stagnantes du lac Still. J'ai ramassé le fétiche, l'ai serré dans mon poing et j'ai couru dans la nuit naissante.

Arrivé sur les berges vaseuses, la lune rouge de Shepelkirt perçait la brume. J'ai entendu un feulement de douleur. Un immense alynx blessé montait la garde auprès d'un jeune homme affalé dans la boue. À sa tunique, j'ai reconnu l'insigne des Mudhens. Sur les eaux noires, une lueur clignotait, impatiente.

L'alynx m'a laissé approcher. La blessure du garçon était béante, le froid menaçait de l'emporter. J'ai plongé mes mains dans la glaise glacée. Terre et eau, garde en lui le souffle de vie. Mais l'obscurité et le froid luttaient contre moi. Mon baume rudimentaire ne suffisait pas. J'étais cloué sur la rive, les mains sur sa plaie, sentant la vie du garçon m'échapper tandis que la lueur sur le lac s'éteignait.

Je refusais de céder. J'ai supplié Orlanth de faire de moi son instrument. Dans une ultime poussée de volonté, une chaleur sourde a traversé mes paumes. La glaise a frémi. Le sang a cessé de couler et le souffle du garçon est revenu. Ma magie désespérée avait provoqué un crépitement bleuté d'électricité statique.

Les étincelles ont été vues. Une barque a fendu la brume, avec à son bord trois guerriers, lances au poing. Face à leur défi rituel, je me suis levé, la peau bleutée de guède et le torse offert au vent, arborant les Runes de mon Dieu.

« Je suis Edkored. Orlanth m'a guidé jusqu'ici. »

Gringolf, le chef de l'esquif, a baissé son arme et m'a offert l'hospitalité. En prenant place dans leur barque pour rejoindre leur repaire secret, je suis resté silencieux. La patrouille rôdait encore derrière moi, l'Empire pesait sur Sartar. Satané Empire. Arriverons-nous un jour à avoir le dessus ?

Mais en regardant le garçon respirer, je me suis rappelé nos ancêtres Heortlings, survivants des Grandes Ténèbres. Tant que le vent soufflera, nous tiendrons.