Verbatim
Durée estimée : environ 3 h.
Cette page conserve le jeu dans son ordre réel : paroles des joueurs, côté Tal et côté Temps, hésitations, corrections, Focus, Mises et résultats de dés.
Les formulations sont conservées telles qu'elles ont été écrites pendant la partie, y compris les fautes, abréviations et échanges hors fiction qui ont participé à la conduite de la table.
[TEMPS]
Peu de temps après ton initiation, Hendrik t'a mené à Jonstown.
Tu avais entendu parler de sa Bibliothèque. Cela ne t'avait pas préparé à la voir : trois étages de pierre, des signes protecteurs taillés jusque dans les murs, et derrière les portes une quantité de textes telle que, pour la première fois, l'idée même de « tout lire » te paraît physiquement absurde.
Tu es assis depuis moins d'une heure auprès d'Hendrik lorsqu'une femme en robe blanche entre dans la salle. Sa manche porte du sang. Pas le sien.
— J'ai besoin d'un Sage Gris. À la Maison de la Paix. Maintenant.
Un vieux scribe lève à peine les yeux.
— Il y en a beaucoup, ici.
— Alors donne-moi celui qui marche le plus vite.
Hendrik referme la tablette qu'il consultait.
— Tal. Prends de quoi écrire.
Quelques minutes plus tard, vous approchez de la Maison de la Paix.
Tu entends la querelle avant de voir l'entrée.
Deux groupes se font face dans la rue : une quinzaine de personnes, hommes et femmes, plusieurs armés de lances ou d'épées. Personne n'a encore dégainé. Entre eux, sur le seuil du temple, une guérisseuse de Chalana Arroy se tient les mains ouvertes.
Derrière elle, à l'intérieur, tu aperçois un jeune homme étendu sur une couche. Son côté est enveloppé de bandages rouges de sang.
Une femme aux cheveux gris désigne le blessé.
— Il a tué mon fils.
Un homme de l'autre groupe répond aussitôt :
— Ton fils est mort les armes à la main !
Les voix repartent.
Hendrik ne hausse pas le ton. Il attend simplement assez longtemps pour que quelques personnes remarquent sa présence, puis dit :
— Si vous voulez que nous sachions quelque chose, vous allez devoir commencer par ne pas parler tous en même temps.
Le silence qui suit est incomplet, mais réel.
Hendrik se tourne vers toi.
— Qu'est-ce que tu regardes d'abord, Tal ?
[TAL]
Je prends très au sérieux ma nouvelle identité en tant que jeune sage gris:
- ne pas faire honte a Hendrik
- être digne de Lankhor Mhy Mais cela c'est de la posture, ce n'est pas ça l'essentiel et ça me detourne même du but qui est le nôtre: loi et vérité.
Et là je réponds: La vengeance n'est pas la justice donc au nom de la Loi, ces gens doivent partir. Le blessé ne va pas fuir de toute façon et la alors on pourra chercher la Vérité. Qui a ete témoins ici de la mort de ton fils? Qu'il reste, que les autres partent.
Je me rends compte que j'ai réagi de manière un peu plus péremptoire que je ne l'aurais voulu, faisant peut être de l'ombre a Hendrik.
Je réunis mes mises pour savoir comment sera perçue ma diatribe.
Argument de Loi + argument de Vérité + Argument du blessé - Hendrik vexé? - situation tendue pleine d'emotion - mon jeune âge ....
Ainsi je demande une resolution que tu peux valider, cadrer, modifier...
[TEMPS]
Intention : faire retomber la logique de vengeance, écarter ceux qui n’ont rien vu et créer les conditions d’une recherche de la vérité.
Focus — Zoom Action : Ta prise de parole est-elle reçue comme l’intervention légitime d’un Sage Gris qui remet la Loi et la Vérité au centre, ou comme la présomption d’un très jeune initié qui s’arroge une autorité qu’il n’a pas encore gagnée ?
Tes 3 Mises :
- Loi — « La vengeance n’est pas la justice. »
- Vérité — tu proposes immédiatement une méthode : garder les témoins, écarter les autres.
- Le blessé est immobilisé et soigné dans la Maison de la Paix — il n’y a pas d’urgence pratique à le saisir dans la rue.
Les 3 Contre-Mises :
- Le deuil et la colère de la mère.
- Deux groupes armés sont déjà pris dans une confrontation collective.
- Ton jeune âge et ton absence d’autorité établie ici.
3 contre 3.
Et Hendrik ? Il ne t’interrompt pas. Mais son visage ne t’aide absolument pas à savoir ce qu’il pense.
Tu es théiste : lance 3d6 et donne-moi les résultats bruts. Les pairs sont des Réussites ; chaque 6 pourra relever un impair.
[TAL]
6 4 1 qui finit en 6 4 4 après relance du 1 : 3 réussites :)
[TEMPS]
Oui : 3 Réussites. Ton 6 relève le 1 en 4 : le soutien divin transforme ce qui aurait pu manquer en quelque chose qui tient.
En face, je lance 3d6 : 6, 5, 2. Le 6 relève le 5 : 6. Comme il n'y a plus d'impair à relever, ce nouveau 6 ouvre un dé : 6, puis encore un : 3. Soit 4 Réussites.
Défaite, 3–4.
Ce qui échoue n'est pas ta recherche de la Vérité. C'est ton autorité à ordonner à ces gens de partir.
À peine as-tu fini que la femme aux cheveux gris se redresse.
— Partir ? Mon fils est mort et tu me demandes de partir ?
Un homme derrière elle ajoute, assez fort pour que tout le monde l'entende :
— Depuis quand un garçon décide-t-il qui a le droit de rester auprès du mort ?
De l'autre côté, quelqu'un répond aussitôt :
— Et nous, nous devrions partir et vous laisser seuls ici avec lui ?
La tension remonte d'un coup. Personne ne s'en va.
Puis une autre voix traverse les protestations :
— Moi. J'étais là.
Un homme d'une trentaine d'années, du côté de la femme aux cheveux gris, vient de parler. Il ne te regarde pas comme un Sage Gris. Il te regarde comme quelqu'un qui a posé une question à laquelle il peut répondre.
Hendrik intervient enfin.
— Personne ne part pour l'instant.
Puis, sans te regarder :
— Mais nous avons un témoin.
Il te laisse la parole.
[TAL]
Je reste stoïque face a mon échec précédent mais surtout essaie de pas céder a l'émotion car ça serait contre productif ici. Je jauge la situation et apparemment personne ne semble contester l'intervention de l'homme. Je lui demande "alors peut être peux tu nous éclairer sur ce qui s'est réellement passé?"
[TEMPS]
L'homme acquiesce une fois.
— Je m'appelle Darin, fils de Korl. J'étais là.
Il désigne d'un mouvement du menton le blessé dans la Maison de la Paix.
— Ils avaient pris six de nos bêtes. Nous les avons poursuivis jusqu'au ravin de Vieille-Pierre. Il y a eu des coups. Des lances. Tout le monde criait.
Il marque un temps.
— Mon cousin Beren a rattrapé celui-là. Ils se sont battus. Beren l'a blessé au flanc. Puis Beren est tombé. Sa lance était à terre, loin de sa main.
Sa mâchoire se serre.
— J'ai entendu Beren dire : « Ça suffit. » Et l'autre l'a frappé quand même.
La femme aux cheveux gris ferme les yeux une seconde.
De l'autre groupe, plusieurs commencent immédiatement à protester.
— Il ment ! — Il n'était pas assez près ! — Beren avait encore son couteau !
Hendrik lève une main. Les voix retombent, difficilement.
Darin te regarde.
— Voilà ce que j'ai vu.
Hendrik ne commente pas son récit. Il attend.
[TAL]
J'écoute et mon esprit bouillonne pour retenir le moindre détail. Qu'est ce qui est vrai? Qu'est ce qui manque? Voilà ce que Lankhor Mhy m'a enseigné. Ça s'applique ici. Je ne m'adresse pas a l'homme mais a Hendrik "a quelle distance était il? Quand on est loin on ne se rend pas compte des distances. Ça avait l'air d'être très agité. Il faudrait d'autres témoins. Le blessé pourrait nous dire pourquoi il a achevé un homme a terre pour des vaches. Peut être même le corps du .. mort pourrait nous indiquer quelque chose.." je frissonne de mon audace en parlant comme ça du corps du mort.
[TEMPS]
Hendrik tourne légèrement la tête vers toi.
— Pourquoi me demandes-tu à moi à quelle distance il était ?
Puis il regarde Darin.
Darin hésite.
— Vingt pas. Peut-être davantage. Je descendais vers eux.
— Et tu as entendu Beren dire « Ça suffit » à cette distance, au milieu des cris ? demande Hendrik.
Darin serre les mâchoires.
— Il a crié. Je l'ai entendu.
Avant que tu puisses reprendre, une femme du groupe opposé s'avance d'un demi-pas.
— Moi aussi, j'étais là. Plus près que lui.
Elle désigne Darin.
— Je suis Enissa, fille de Torvald. Beren était à terre, oui. Sa lance était tombée, oui. Mais il avait encore son couteau dans la main. Il a essayé de frapper Karest quand Karest s'est approché.
La mère de Beren se tourne vers elle avec une expression de haine nue.
— Menteuse.
Enissa ne lui répond pas.
À ta mention du corps, en revanche, la mère te regarde directement.
— Mon fils n'est pas une tablette qu'on examine.
Hendrik intervient, très calme :
— Non. Mais son corps peut porter des faits que ni votre douleur ni leurs intérêts ne peuvent modifier.
La femme ne répond pas tout de suite.
La guérisseuse de Chalana Arroy, restée sur le seuil, prend alors la parole :
— Le blessé s'appelle donc Karest. Et vous ne l'interrogerez pas maintenant. S'il passe la nuit, vous pourrez lui parler quand je dirai qu'il peut parler.
Hendrik acquiesce.
Puis il se tourne vers toi.
— Nous avons maintenant deux récits. Ils s'accordent sur certaines choses et se contredisent sur d'autres.
Il attend.
[TAL]
J'essaie de repérer parmi les témoins et si j'ai vu le blessé si je peux identifier des clans différents pour savoir qui serait dans quel camp et donc pas forcément neutre. Un raid de bétail qui tourne mal. Ça arrive malheureusement. Si Beren est un Carl ou fils de Carl le wergild sera élevé. Si Karest a tué Beren de façon indigne c'est qu'il y a autre chose. "Est ce que Beren et Karest s'etaient déjà rencontrés?" C'est ce que je demande à Enissa et au cousin de Beren mais n'importe qui peut entendre la question et répondre.
[TEMPS]
En regardant mieux, tu peux au moins séparer une chose des récits : les appartenances.
Les tatouages de clan sont visibles sur plusieurs bras et épaules. Darin porte les mêmes marques que la mère de Beren et que la plupart de ceux qui se tiennent près d'elle. Enissa porte celles du groupe de Karest ; tu en aperçois les mêmes sur l'épaule découverte du blessé. Tu ne connais pas assez bien ces marques pour nommer immédiatement les deux clans, mais tu sais ceci : ni Darin ni Enissa ne sont des témoins neutres.
À ta question, Darin répond le premier :
— Oui. Bien sûr qu'ils se connaissaient. Nos clans se croisent. On partage des pâtures d'été, on se vole des bêtes, on se les reprend.
Enissa secoue la tête.
— Pas seulement.
Darin tourne brusquement les yeux vers elle.
— L'année dernière, Beren et Karest se sont déjà battus. Au gué de Tor, après une querelle de bétail.
Darin intervient :
— Une querelle qui avait été réglée.
— Réglée devant les anciens, oui, dit Enissa. Pas entre eux.
Un silence bref tombe.
La mère de Beren fixe Enissa.
— Mon fils avait payé ce qu'on lui avait demandé.
Enissa ne baisse pas les yeux.
— Je n'ai pas dit le contraire.
Hendrik ne commente toujours pas. Mais cette fois, tu le vois écrire quelques mots sur sa tablette.
[TAL]
J'invite Enissa a nous dire ce qui, selon Karest, n'aurait pas été réglé en l'exhortant de se placer du coté de la Vérité et non du côté du Trickster.
[TEMPS]
Enissa te fixe un instant.
— Ne mets pas Eurm dans ma bouche, Sage.
Mais elle ne se dérobe pas.
— Karest ne disait pas que les anciens avaient mal jugé. Beren avait payé ce qu'on lui avait ordonné de payer après leur première bagarre. Pour la Loi, c'était fini.
Elle jette un regard vers la mère de Beren.
— Mais après, Beren s'en vantait. Chaque fois qu'il croisait Karest, il lui rappelait qu'il l'avait mis à terre. Il l'appelait parfois « l'homme qu'on rembourse ».
Darin fait un geste d'agacement.
— Des paroles.
— Oui, répond Enissa. Des paroles. Et Karest les retenait toutes.
Elle revient à toi.
— Alors si tu me demandes ce qui n'était pas réglé : rien devant les anciens. Entre eux, tout.
Hendrik cesse d'écrire une seconde, puis reprend.
[TAL]
Hendrik parle? Parce que là j'ai l'impression que poussé à bout Karest a laissé échapper sa rage sur Beren. Non pas que Beren le méritait mais il avait préparé le terrain. Je regarde Hendrik en pensant cela mais surtout l'écoute.
[TEMPS]
Hendrik finit par relever les yeux de sa tablette.
— C'est une histoire possible.
Il te regarde directement.
— Elle relie bien les faits que nous avons. C'est précisément pour cela qu'elle est dangereuse.
Puis il compte sur ses doigts.
— Nous savons qu'ils se connaissaient. Nous savons qu'ils s'étaient déjà battus. Nous savons que Beren provoquait Karest. Nous avons un témoin qui dit que Beren était à terre et avait dit « ça suffit ». Nous en avons un autre qui dit qu'il avait encore un couteau et qu'il a essayé de frapper.
Il baisse la main.
— Que Karest ait tué par rage, nous ne le savons pas encore.
Puis, plus doucement :
— Ne laisse pas une explication satisfaisante devenir une vérité avant d'avoir épuisé ce qui peut encore la démentir.
Il jette un regard vers la Maison de la Paix.
— Karest parlera peut-être demain. Le corps de Beren existe aujourd'hui. Et il y avait d'autres hommes au ravin.
Il attend de voir ce que tu veux examiner ensuite.
[TAL]
Note: j'étais silencieux avant car tu as dit Hendrik reprend, c'était mes pensées intérieures, sois vigilant. Mais avancons. "Si Karest a tué par rage, le corps en portera la trace." Dis je tout bas a Hendrik pour pas que la mère entende.
[TEMPS]
Noté.
Hendrik incline à peine la tête vers toi.
— Peut-être.
Il garde lui aussi la voix basse.
— Mais un corps porte la trace des coups. Pas forcément celle de la raison pour laquelle ils ont été portés.
Son regard glisse vers la mère de Beren.
— Si nous voulons le voir, il faudra lui demander. Et il faudra savoir exactement ce que nous cherchons avant de le toucher.
Puis il se tait.
[TAL]
"si il y a plusieurs coups portés ça peut aller dans le sens d'un accès de rage de Karest" Puis a la mere "nous devons voir le corps de votre fils avant que le bûcher ne le rende aux vents"
[TEMPS]
Hendrik te répond à voix basse :
— Oui. Cela peut aller dans ce sens. Pas davantage.
La mère de Beren a entendu que vous parliez d'elle avant que tu ne t'adresses directement à elle. Quand tu prononces le mot corps, quelque chose se ferme dans son visage.
— Vous voulez le déshabiller ? Le retourner ? Compter ses blessures comme celles d'une bête abattue ?
Personne, cette fois, ne parle à sa place.
Hendrik reste silencieux.
La femme te regarde longtemps, puis dit :
— Si cela peut empêcher qu'on dise plus tard que mon fils a tiré son couteau sur un homme qui voulait s'arrêter… alors vous le verrez.
Sa voix se durcit.
— Mais je serai là. Vous ne couperez rien. Vous ne prendrez rien. Et quand vous aurez fini, vous me direz ce que vous savez — pas ce que vous imaginez.
Elle se détourne déjà.
— Il est chez ma sœur. Venez.
Hendrik range sa tablette et te fait signe de la suivre.
[TAL]
J'écoute Hendrik psalmodier les mots rituels pour accompagner l'âme des morts dans le monde inférieur avant qu'elle puisse plus tard rejoindre le royaume d'Orlanth. Et nous procédons avec deference et minutie a l'examen du corps sans forcément avoir besoin de le déshabiller: on peut compter les blessures profondes sans le faire a mon avis. C'est la 1ere fois que je vois un mort d'aussi prêt et j'essaie de garder une contenance mais suis très troublé. La Mort! Pas celle du gibier mais celle d'un homme. Le grand secret qu'Humakt a amené dans le monde.
[TEMPS]
Hendrik ne récite pas fort. Sa voix reste basse, presque égale. Les mots que tu connais comme ceux qui accompagnent les morts ne cherchent pas à consoler les vivants ; ils marquent simplement que Beren a quitté ce côté-ci du monde.
Quand il a terminé, Hendrik demande d'un regard l'autorisation de la mère. Elle acquiesce.
Vous ne le déshabillez pas. Sa tunique a déjà été ouverte et découpée autour des blessures lorsqu'on a tenté de le secourir. Il suffit de relever l'étoffe là où c'est nécessaire.
De près, la Mort n'a rien d'abstrait. La peau de Beren a cette pâleur mate que tu n'as jamais vue sur un vivant. Sa bouche reste légèrement ouverte. Il y a encore de la terre séchée dans ses cheveux.
Vous trouvez peu de choses, mais elles sont nettes.
Sur l'avant-bras gauche : une entaille longue mais peu profonde, reçue manifestement pendant le combat.
Sur un genou et le côté de la hanche : des éraflures et de la terre incrustée, compatibles avec une chute.
Et surtout : une seule blessure profonde, sous les côtes, du côté droit. Une pénétration étroite, violente, qui est presque certainement celle qui l'a tué. La trajectoire entre dans le corps avec un angle descendant.
Hendrik observe longtemps, sans toucher davantage.
— Une seule, dit-il enfin.
Puis, après un silence :
— Cela ne ressemble pas à quelqu'un qui a frappé encore et encore.
Il désigne l'angle de la plaie sans poser le doigt dessus.
— Mais Beren était plus bas que son adversaire quand ce coup est entré. Tombé, à genoux, penché en avant... le corps ne nous dit pas lequel.
La mère de Beren reste derrière vous, parfaitement immobile.
Hendrik te regarde.
— Qu'est-ce que cela change, Tal ?
[TAL]
"il aurait demandé grâce à Karest? Ou bien Karest aurait frappé alors que Beren ne représentait pas une menace?"
[TEMPS]
Hendrik secoue lentement la tête.
— Peut-être l'un. Peut-être l'autre. Ou ni l'un ni l'autre.
Il désigne de nouveau la plaie.
— Le corps nous apprend seulement ceci : au moment du coup mortel, Beren était plus bas que Karest. Cela concorde avec Darin, qui le dit à terre. Cela n'infirme pas Enissa, qui dit qu'il avait encore un couteau et qu'il frappait.
Il rabaisse l'étoffe avec soin.
— Nous avons réduit l'incertitude. Nous ne l'avons pas supprimée.
La mère de Beren, derrière vous, dit alors :
— Darin l'a entendu demander que ça s'arrête.
Hendrik se tourne vers elle.
— Oui. Et Enissa dit qu'il attaquait encore.
Puis il te regarde.
— Le corps ne peut pas choisir entre eux pour nous.
[TAL]
"oui mais ca discredite quand meme beaucoup le témoignage d'Enissa. Nous devrions aller lui parler je pense." Et au fond de moi je commence a me preter au jeu. Je ne vois plus que le casse tete, ce qui m'arrange bien car comme ca j'en oublie la vision du corps de Beren. Nous quittons donc la mere et la soeur j'imagine a moins que Hendrik ait autre chose a faire avant de partir.
[TEMPS]
Hendrik secoue légèrement la tête.
— Non. Ça ne discrédite pas beaucoup Enissa. Son récit disait que Beren était à terre, mais encore dangereux. Le corps confirme la première partie et ne tranche pas la seconde.
Il jette un dernier regard vers Beren.
— Mais oui. Il faut lui reparler.
Avant de partir, Hendrik remercie la mère et sa sœur. Il leur répète exactement ce que vous avez observé : une seule blessure mortelle, portée alors que Beren était plus bas que Karest. Rien de plus.
La mère écoute sans répondre. Quand Hendrik a fini, elle replace elle-même l'étoffe sur son fils.
Vous reprenez ensuite le chemin de la Maison de la Paix, tous les deux.
À mesure que vous vous éloignez, la maison de la sœur disparaît derrière vous. La rue reprend ses bruits ordinaires.
Quand vous retrouvez le temple, les deux groupes sont toujours là, mais moins compacts qu'avant. Certains se sont assis contre les murs. Darin parle à voix basse avec deux parents.
Enissa est seule à quelques pas du seuil, les bras croisés.
Elle vous voit revenir.
— Alors ?
[TAL]
"tu confirmes avoir vu Beren attaquer Karest. Peux tu nous dire ou nous montrer comment ca s'est passé?" dis-je essayant presque de la flatter pour lui faire comprendre que grace a elle on saura ce qui s'est passé. Mon objectif est de déceler dans son récit ou sa reconstitution une incohérence démentie par ce que nous savons apres avoir vu le corps de Beren
[TEMPS]
Enissa fronce légèrement les sourcils au mot « attaquer ».
— J'ai dit qu'il avait essayé de frapper Karest.
Mais ton ton l'apaise plutôt qu'il ne la braque.
Elle regarde autour d'elle, puis désigne un espace libre près du mur.
— Ici, si tu veux.
Ton intention est claire : tu ne cherches pas seulement un nouveau récit, mais une reconstitution assez précise pour pouvoir la confronter à ce que vous avez vu sur le corps de Beren.
Focus — Zoom Action : Parviens-tu à amener Enissa à s'engager dans une description précise et vérifiable de la scène, au point qu'une éventuelle incohérence avec les faits matériels devienne visible ?
Tes 3 Mises :
- Vérité — tu cherches les détails qui peuvent être comparés aux faits.
- L'examen du corps de Beren — vous connaissez maintenant la position relative suggérée par la blessure et le fait qu'il n'y a eu qu'un coup mortel.
- Ton approche valorise son témoignage — tu lui donnes une raison de montrer précisément ce qu'elle a vu plutôt que de se refermer.
Les 3 Contre-Mises :
- Enissa appartient au camp de Karest — son témoignage engage directement les siens.
- Elle sait maintenant que vous avez examiné le corps — elle peut se sentir mise à l'épreuve.
- La scène reste publique, sous les yeux des deux groupes — chaque détail qu'elle donne peut être repris contre elle ou contre Karest.
3 contre 3.
Le jet ne décidera pas de ce qui s'est réellement passé. Il dira si tu réussis à obtenir d'elle une reconstitution assez nette pour éprouver son récit.
Lance 3d6 et donne-moi les résultats bruts.
[TAL]
4,5,1
[TEMPS]
Tes 4, 5, 1 donnent 1 Réussite.
En face : 3, 5, 3 — aucune Réussite.
Victoire, 1–0.
Enissa accepte de reconstituer la scène.
Elle se place près du mur et désigne le sol devant elle.
— Beren était là. Pas couché. Sur un genou, je crois. Ou à moitié relevé.
Elle plie légèrement la jambe pour montrer la hauteur.
— Karest était devant lui. Il saignait déjà au flanc. Beren avait perdu sa lance. Mais son couteau était dans sa main droite.
Elle lève brusquement la main, lame imaginaire tournée vers le haut.
— Il a frappé comme ça. Vers Karest.
Puis elle recule d'un pas et fait un mouvement bref, vertical, vers le bas.
— Karest a évité le coup et a frappé une fois. Une seule.
Hendrik intervient :
— Avec quoi ?
— Sa lance.
— Où étais-tu ?
Enissa montre un point sur le côté, à environ huit ou dix pas de l'endroit qu'elle vient de désigner.
Tu compares malgré toi cette reconstitution à ce que vous avez vu sur le corps de Beren : une seule blessure profonde, sous les côtes à droite, avec une trajectoire descendante.
La reconstitution d'Enissa n'entre pas en contradiction avec cela.
Mais elle rend une chose très nette : pour que Beren puisse frapper Karest de son couteau depuis cette position basse, Karest devait être très près de lui.
Hendrik te regarde, sans commenter.
[TAL]
Je la remercie et demande a Maitre Hendrik si nous pouvons parler seul a seul de l'affaire. Avant bien sur que j'ai vu qu'il n'a pas eu d'autres questions a poser a Enissa.
[TEMPS]
Tu remercies Enissa. Hendrik, lui, n'a pas tout à fait fini.
— Une chose encore. Quand Beren était à genou, as-tu entendu ce qu'il disait ?
Enissa réfléchit avant de répondre.
— J'ai entendu crier. Lui, Karest, d'autres derrière. Mais pas ses mots. Je n'ai pas entendu « Ça suffit ».
— Tu dis qu'il ne l'a pas dit ?
— Non. Je dis que je ne l'ai pas entendu.
Hendrik acquiesce.
— Merci.
Cette fois, il ne pose plus de question.
Quand tu lui demandes si vous pouvez parler seuls, il te fait signe de le suivre quelques pas plus loin, jusqu'à l'angle de la Maison de la Paix. Vous restez visibles de tous, mais hors de portée d'une conversation ordinaire.
— Je t'écoute, Tal.
[TAL]
"Ca m'a tout l'air d'un raid qui a mal tourné non? Ce sont des choses qui arrivent et nos lois sont là pour encadrer avec wergild la compensation d'un clan à l'autre clan. Je ne vois pas de mystere la dedans ni de grands enjeux. Pensez-vous qu'une divination soit nécessaire pour y voir plus clair?"
[TEMPS]
Hendrik reste un moment silencieux.
— Un raid qui a mal tourné, oui. C'est l'explication la plus simple.
Il regarde vers les deux groupes.
— Et peut-être la bonne.
Puis il ajoute :
— Mais le wergild ne répond pas à toutes les questions. Il répare entre clans. Il ne nous dit pas forcément si Karest a tué un homme qui combattait encore, un homme qui cessait de combattre, ou un ennemi qu'il haïssait assez pour ne plus voir la différence.
Il secoue légèrement la tête.
— Je ne demanderais pas encore aux dieux de trancher ce que des hommes vivants peuvent encore nous apprendre. Nous avons Enissa. Darin. D'autres témoins, peut-être. Et Karest, s'il passe la nuit.
Un temps.
— Une divination peut éclairer. Elle ne doit pas devenir un moyen d'abandonner l'enquête.
Puis, avec une pointe d'ironie :
— Lhankor Mhy nous a donné des questions avant de nous donner des réponses.
[TAL]
"le témoignage d'Enissa me semble sincere. Le "Ca suffit" peut signifier tellement de choses aussi vu que les deux semblaient se hair. Dans tous les cas, ca a été un combat à la loyale: Beren aurait pu tuer Karest. Je ne vois quelle justice divine nous cherchons encore: la vérité? La vérité mais quelle vérité? Et a quoi bon? Ne sommes nous pas les garants des lois? Je n'arrive pas a voir en quoi cette affaire releverait d'un assassinat en fait."
[TEMPS]
Hendrik t'écoute jusqu'au bout sans t'interrompre.
— Alors ne l'appelle pas un assassinat.
Il laisse passer un instant.
— Personne ne nous demande de fabriquer un crime. Et nous ne sommes pas les juges de tous les Orlanthi. Les anciens, les chefs, les clans ont leurs lois et leurs compensations. Notre devoir, ici, est plus étroit : dire honnêtement ce qui peut être établi, et ce qui ne peut pas l'être.
Il regarde vers Enissa, puis vers Darin.
— Tu as peut-être raison : Beren et Karest se battaient encore, Beren pouvait tuer Karest, et Karest l'a tué dans le combat. Si c'est ce que les faits supportent, c'est cela que nous dirons.
Puis il te fixe.
— Mais si nous écrivons « combat loyal » simplement parce que cette explication nous paraît suffisante, nous commettons la même faute que si nous écrivions « meurtre » pour satisfaire sa mère.
Un léger silence.
— La Vérité qui nous importe n'est pas une vérité grandiose. C'est peut-être seulement : nous ne savons pas si Beren avait cessé le combat. Et parfois, Tal, c'est tout ce qu'un Sage Gris peut dire sans mentir.
Il ajoute, presque sèchement :
— La Loi n'a pas besoin que nous rendions le monde plus net qu'il ne l'est.
[TAL]
Mes yeux s'écarquillent: "oo je comprends. Nous devons au clan de dire uniquement ce qui est attesté. merci pour la lecon Maitre." Et en effet, cet enseignement de terrain par Hendrik est un grand soulagement, car ma compréhension de vérité etait trop absolue et cela me mettait beaucoup de pression en fait. Note: je note dans mon portrait: "ne chercher et ne rapporter que les faits avérés"
[TEMPS]
Hendrik te regarde un instant, puis acquiesce.
— Oui. Et lorsque les faits ne sont pas avérés, rapporte aussi cela : nous ne savons pas.
Il laisse son regard revenir vers les deux groupes devant la Maison de la Paix.
— C'est souvent plus difficile à dire. Et parfois plus utile.
Puis il reprend sa tablette.
— Maintenant, il faut décider ce que nous pouvons dire à ces gens aujourd'hui — et ce qui devra attendre Karest, s'il peut parler demain.
[TAL]
"Nous pourrions leur dire qu'a ce stade rien ne nous permet d'affirmer qu'il y a eu un manquement dans nos lois lors du combat entre Beren et Karest. Que tous les amis et proches de Beren devraient se préparer aux funérailles, et que nous continuerons à chercher la vérité demain?" J'essaie de rentrer dans le nouveau moule mental que Hendrik m'a montré.
[TAL]
Je me dirige vers le groupe et attire leur attention ce qui n'est pas difficile car mon status de Sage Gris est respecté et attendu. "Moi, Talimar et maitre Hendrik, venons vous informer de l'évolution de notre enquete. Nos investigations confirment bien le combat entre Beren et Karest, qui a engendré la mort de Beran mais à ce stade, (.. silence pour marquer à ce stade), rien ne nous permet d'affirmer qu'il y a eu un manquement dan nos lois lors du combat. Pour autant, étant autant attachés à nos lois qu'a la vérité, nous continuerons demain l'enquete, en particulier si Karest survit et qu'il accepte de parler. Je vous invite tous à commencer les funérailles de Beren pour qu'il soit accueilli le mieux possible de l'autre côté."
[TEMPS]
Le silence que tu as ménagé sur « à ce stade » porte.
Personne ne t'interrompt.
Darin finit par répéter, plus bas :
— À ce stade.
Ce n'est pas une approbation, mais il a entendu la nuance.
Du côté de Karest, un homme commence :
— Alors vous reconnaissez que…
Hendrik l'arrête d'un simple geste.
— Nous reconnaissons exactement ce que Talimar vient de dire. Rien de plus.
Enissa baisse légèrement la tête vers toi. Darin regarde vers la rue qui mène à la maison où repose Beren.
— Nous allons nous occuper de lui, dit-il enfin.
Les deux groupes ne se réconcilient pas. Mais la confrontation cesse d'être une seule masse tendue : les proches de Beren commencent à se rassembler entre eux, certains quittant déjà la rue. Ceux de Karest restent près de la Maison de la Paix, sans chercher à les retenir.
La guérisseuse sur le seuil attend que les voix se soient apaisées, puis dit :
— S'il peut parler demain, je vous ferai prévenir.
Hendrik acquiesce.
Quand vous vous éloignez de quelques pas, il te dit simplement :
— Cette fois, tu as dit exactement ce que nous savons.