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Verbatim

Durée estimée : environ 2 h.

Cette page conserve le jeu dans son ordre réel : paroles des joueurs, côté Tal et côté Temps, hésitations, échanges Off:, Focus, Mises et résultats de dés.


[TEMPS]

Quand vous quittez la maison où les représentants des deux clans ont parlé, Jonstown a déjà repris son bruit.

Hendrik marche à côté de toi sans commenter l'accord. Ce n'est qu'en approchant de la Bibliothèque qu'il dit :

— Tu as faim ?

Il désigne d'un mouvement du menton la colline du marché.

— Moi oui. Après, j'ai deux jours ici avant de repartir. Profite de Jonstown tant que tu l'as devant toi.

Vous atteignez presque les marches de la Bibliothèque lorsqu'un chariot vous barre à moitié le passage.

Deux servants du temple tirent un coffre vers l'entrée. Trois hommes de clan le retiennent par les poignées. Personne ne crie encore, mais tout le monde parle en même temps.

Une femme d'âge mûr, poussiéreuse de la route, tient contre sa poitrine un petit paquet enveloppé de cuir.

— Celui-là ne vous appartient pas.

Un Sage Gris lui répond, très froidement :

— Il appartenait à Jorstan. Jorstan l'a laissé à la Bibliothèque.

Hendrik s'arrête.

Son regard passe du coffre à la femme, puis à toi.

— Eh bien.

[TAL]

Je m'approche du Sage Gris: "salut a toi, il se passe quoi ici?" Est ce que je l'ai déjà vu, aperçu a la bibliothèque, quelle impression me fait il?

[TEMPS]

Tu l'as déjà aperçu deux ou trois fois dans la Bibliothèque sans lui parler : un homme d'une cinquantaine d'années, sec, barbe courte grisonnante, qui travaille vite et parle peu. Il t'avait donné l'impression de quelqu'un de précis, peu patient avec le désordre — pas spécialement hostile, mais pas porté à arrondir les angles non plus.

À ton salut, il te dévisage une seconde, puis reconnaît manifestement les marques de ton initiation.

— Tu es le jeune d'Hendrik, n'est-ce pas ?

Il désigne le coffre d'un geste bref.

— Jorstan fils d'Argrathor est mort. Il avait laissé ses livres, ses tablettes et ses effets écrits à la Bibliothèque. Sa parenté les apporte aujourd'hui.

Son regard tombe sur le paquet que la femme serre contre elle.

— Sauf que maintenant ils disent qu'une partie n'était pas à lui. Que ce sont des archives de leur famille, confiées seulement pour être copiées et conservées.

La femme l'entend et réplique aussitôt :

— Parce que c'est vrai.

Le Sage Gris soupire par le nez.

— Et moi, je dis seulement que nous ne pouvons pas laisser chacun reprendre ce qui lui plaît dans le legs d'un Sage mort parce qu'il affirme que cela lui appartenait avant.

Hendrik, derrière toi, ne dit rien.

[TAL]

Je regarde la dame et viens me présenter a elle "Talimar, Je me joins a votre peine et si vous le souhaitez je vais m'occuper personnellement de ce petit paquet. S'il ne présente aucun intérêt pour le temple nous vous le rendrons. Qu'en pensez vous?" Et je m'adresse autant a elle qu'a l'autre sage gris en espérant qu'il comprenne ma tentative de trouver une issue. Pas très orthodoxe certes. (Tu penses que ça vaut une résolution).

[TEMPS — Off:]

Oui, je pense que ça vaut une résolution. Ton idée peut réellement résoudre le blocage, mais ni la famille ni le temple n'ont de raison évidente de te confier le paquet sans réserve.

Il y a cependant une limite dans ce que tu viens de promettre : tu peux proposer de prendre personnellement le paquet et de l'examiner, mais tu n'as pas encore l'autorité d'engager la Bibliothèque à le rendre. Le Sage Gris en face de toi doit accepter cette partie de l'arrangement.

La femme te regarde longuement. Ses bras se desserrent à peine autour du paquet.

— Personnellement ? Et personne ne l'ouvre sans moi ?

Le Sage Gris tourne la tête vers toi.

— Et si tu décides qu'il n'intéresse pas le temple, jeune Sage, qui t'a donné autorité pour le restituer ?

Il ne dit pas non. Mais il attend ta réponse.

Intention : sortir le paquet de l'affrontement immédiat afin de pouvoir l'examiner et établir ce qu'il est réellement.

Focus — Zoom Action : parviens-tu maintenant à obtenir assez de confiance des deux parties pour examiner le paquet sous ta responsabilité ?

Issue favorable : la femme te remet le paquet et le Sage accepte qu'il soit placé sous ta responsabilité pour examen, sans poser de condition supplémentaire sur la manière dont tu l'ouvres ou le manipules.

Issue contraire : l'un des deux refuse ; le paquet reste entre les mains de la famille et le conflit demeure ouvert.

Je vois pour l'instant 2 Mises de ton côté :

  • Tu présentes d'abord tes condoléances et reconnais sa perte — tu ne traites pas la femme comme quelqu'un qui cherche simplement à soustraire un bien au temple.
  • Tu proposes ta responsabilité personnelle plutôt qu'une saisie — il y a une personne identifiable qui répondra de ce qui arrive au paquet.

Et 3 Contre-Mises :

  • La famille refuse précisément de remettre le paquet au temple — te le remettre reste, de son point de vue, un acte de confiance important.
  • Le legs de Jorstan est déjà revendiqué par la Bibliothèque — le Sage ne veut pas créer un précédent où une simple contestation suffit à retirer des documents d'un legs.
  • Tu es un très jeune initié sans autorité propre sur la Bibliothèque — ton engagement personnel ne lie pas encore l'institution.

Tu peux contester ces Mises, en proposer d'autres, ou répondre d'abord à leurs deux objections avant qu'on ferme le Focus.

[TAL]

Ça me va. Le Sage Gris n'a pas compris ma ruse, ce qui me donne une opinion sur lui: savant peut être, austere sans doute mais surtout pas très malin. En effet il aurait compris que c'était une façon de récupérer en douceur le paquet et de trouver ensuite n'importe quel argument pour le garder. Mais ça me fait aussi m'interroger sur ma propre ruse et mon positionnement dans ce monde de sages. Loi et Vérité en toile de fonds. Mais tout ça me passe dans la tête de manière furtive car là c'est le moment de savoir s'ils acceptent ou pas.

Tirage: 4, 5 -> 1 réussite

[TEMPS]

Le Temps lance les 3 Contre-Mises : 3, 5, 2 → 1 réussite.

1 contre 1 : Status Quo.

Personne ne cède réellement le contrôle du paquet. Mais personne ne rejette non plus ton idée de l'examiner.

La femme ne te le tend pas encore. Elle ne se referme pas non plus comme avant.

Le Sage Gris te fixe quelques secondes, puis dit :

— Tu proposes donc que nous te fassions confiance alors que ni elle ni moi ne savons encore ce que tu feras lorsque tu l'auras ouvert.

La femme ajoute, presque aussitôt :

— Et moi je ne veux pas qu'il disparaisse dans votre Bibliothèque pendant qu'on discute de savoir à qui il appartient.

Le Sage Gris reprend:

— Très bien. Tu en réponds. Mais tu ne décideras pas seul de ce qui appartient au temple.

La femme se tourne vers lui.

— Et moi, je reste pendant qu'il l'ouvre.

Cette fois, le Sage ne discute pas.

Elle hésite encore, puis détache lentement ses bras de sa poitrine et te tend le paquet enveloppé de cuir.

— Talimar. Je te le confie à toi.

Derrière toi, Hendrik n'a toujours rien dit.

[TAL]

J'invite donc la femme a rentrer dans le temple pour qu'on trouve une table ou un lieu assez calme pour que je puisse regarder le paquet. Je lui demande son nom et qui elle est par rapport à Jorstan Interaction minimale avec l'autre Sage Gris et Hendrik.

[TEMPS]

Le Sage Gris vous indique simplement une petite table libre près d'un mur, à l'écart du passage.

La femme s'y assied en face de toi, le paquet entre vous.

— Je m'appelle Enastina. Jorstan était mon frère aîné.

Elle pose les deux mains à plat de chaque côté du cuir.

— Il est parti vivre ici il y a longtemps. Mais ces choses-là viennent de chez nous.

Un bref regard vers le paquet.

— Tu veux que je l'ouvre ?

[TAL]

"oui s'il te plaît. Tu as l'air de savoir ce qu'il contient, je me trompe?" Dis je en observant Enastina (physique, âge, beauté, runes, autre...)

[TEMPS]

Enastina défait lentement la lanière de cuir.

— Je sais ce qu'on y a mis, oui. Pas forcément tout ce que Jorstan en a fait depuis.

À cette distance, tu peux mieux l'observer. Elle doit avoir un peu plus de quarante ans, peut-être quarante-cinq. Le visage est marqué par la route et le deuil, mais encore très vivant : pommettes hautes, yeux sombres, cheveux bruns mêlés de quelques fils gris, attachés sans recherche. Elle n'est pas parée comme quelqu'un venu impressionner Jonstown.

Belle ? Oui, à ta manière de voir, mais sans rien de délicat : une beauté ferme, adulte, qui tient surtout dans le regard et la présence.

Sur sa tunique, près de l'épaule, tu remarques une petite broche portant la rune de Terre. À son poignet, un motif plus usé que décoratif évoque Harmonie. Rien ne te permet de savoir si ce sont des appartenances cultuelles, familiales ou simplement des signes auxquels elle tient.

Elle ouvre enfin le cuir.

À l'intérieur : plusieurs fines tablettes de bois, deux petits rouleaux de parchemin, et une tablette plus épaisse enveloppée séparément dans un morceau de laine.

Enastina pose un doigt sur l'ensemble.

— Ça, ce sont des listes de naissance, de mariages et de morts. Ça… des accords de terres. Et celle-là…

Elle touche la tablette enveloppée de laine, sans encore l'ouvrir.

— Celle-là, mon père disait qu'elle ne devait jamais quitter la famille.

[TAL]

  • Voilà donc le cœur du problème. Ton père c'est Argrathor c'est ça? Parle moi un peu de lui. Tu permets?" Dis je en tendant la main vers la tablette mystérieuse.

[TEMPS]

Enastina hoche la tête.

— Argrathor était notre père. Il n'était pas Sage. Il élevait du bétail, siégeait aux assemblées du clan, et surtout… il se souvenait de tout. Qui avait juré quoi, à qui appartenait telle terre avant tel mariage, pourquoi deux familles ne devaient pas partager le même feu.

Elle a un bref sourire sans joie.

— Jorstan disait qu'il avait une bibliothèque dans la tête et aucune patience pour les livres.

Quand tu tends la main, elle garde un instant ses doigts sur la laine, puis les retire.

— Tu peux.

La tablette est lourde pour sa taille. Le bois est ancien, assombri par les mains. Sous la laine apparaît une face couverte d'une écriture plus ancienne que celle des listes ordinaires du paquet, avec plusieurs noms propres et des marques de témoins.

Enastina t'explique que cela établissait pourquoi leur famille possède encore certaines terres malgré un partage qui aurait dû les faire sortir de leur lignée.

— Jorstan l'avait prise pour en faire une copie. Il ne l'a jamais rendue.

[TAL]

"si Jorstan en a fait une copie, a quoi bon garder l'original? La bibliothèque est immense mais il y a un système de classement. Je pourrais chercher la copie." Je réfléchis. Et là j'ai une idée: "je vais garder l'original et nous allons laisser au temple le reste. Je vais recopier l'original ou retrouver la copie de Jorstan et demain soir retrouvons nous a coté du temple d'Ernalda. Je vous rendrais l'original"

[TEMPS]

Enastina suit ton raisonnement sans t'interrompre. Mais à « nous allons laisser au temple le reste », son expression change.

— Attends. Je n'ai pas dit que le reste leur appartenait.

Elle indique les autres documents.

— Tout cela vient aussi de chez nous. Jorstan pouvait les copier, les conserver un temps, les étudier. Mon père ne les lui a pas donnés.

Puis elle revient à la tablette ancienne.

— Pour celle-ci… si toi tu la gardes, si tu cherches sa copie et si tu me la rends demain au temple d'Ernalda, oui. Ça, je peux l'accepter.

Elle relève les yeux vers toi.

— Mais je ne t'ai pas encore autorisé à abandonner le reste à la Bibliothèque.

[TAL]

"je ne comptais pas parler de l'autre tablette a l'autre sage gris. Tu es vraiment attachée aux autres listes? Conservées ici elles sont protégées et consultables. Je te propose de fermer les yeux sur la tablette par respect pour votre père. Certes je ne le connais pas mais je pense qu'on a tout a gagner a respecter les morts. Donc pour cela il faut qu'on donne quelque chose au temple."

[TEMPS]

Enastina te regarde quelques secondes.

— Tu me proposes donc de laisser à ton temple des documents qui sont à ma famille… en échange de ton silence sur celui auquel nous tenons le plus.

Elle ne paraît ni choquée ni offensée ; elle mesure surtout ce que tu proposes.

Elle finit par séparer les documents en deux groupes. Les listes de naissances, mariages et morts lui importent moins : « Les morts ne changeront pas de nom. » Les accords de terres, en revanche, peuvent encore contenir une vieille promesse oubliée qui vaut davantage qu'un champ.

Elle propose que le temple garde les listes, que Tal copie s'il le souhaite les accords de terres, puis qu'il rende le lendemain les originaux avec la tablette de son père.

[TAL]

"non. Votre père voulait que la tablette reste dans votre famille. Il ne parlait pas du reste. D'après la Loi d'Heort, tout devrait rester au temple. Tu veux en discuter avec mon maître ou un autre Sage Gris?"

[TEMPS]

Enastina pince légèrement les lèvres.

— Je ne connais pas assez la Loi d'Heort pour te dire que tu te trompes. Mais je sais ce que mon père avait confié à Jorstan.

Elle garde la main posée sur les accords.

— Si la Loi dit ce que tu dis, je veux l'entendre de quelqu'un qui n'est pas en train de négocier avec moi.

Son regard cherche derrière toi.

— Oui. Ton maître.

Puis elle ajoute :

— Et je lui dirai exactement ceci : Jorstan devait les garder et les copier. Pas en hériter.

Hendrik est toujours dans la grande salle, à quelques pas, occupé à parler avec un servant. Enastina attend que tu l'appelles.

[TAL — Off:]

Off: je comprends rien. Tu as dit plus haut que c'était la tablette seulement quu devait rester dans leur famille. Pas le reste. Elle est lunatique? Vu la tournure j'ai presque envie de la laisser avec les Vieux Sages. J'essaie de l'arranger et elle comprend rien.

J'hausse les épaules. "Comme tu veux, je doute que les autres sages soient plus accomodants que moi" Sèchement. Me lève et vais chercher Hendrik "Maître je vous laisse avec Enastina. Elle est inflexible. On a ouvert le paquet et ses documents doivent revenir au temple car ce sont des preuves de titres, des dates de naissance, de mort, bref tout ce qui est nécessaire pour trancher un cas. Et en plus ça appartenait a Jorstan."

[TEMPS — Off:]

Non, elle n'est pas lunatique. Il y a surtout une distinction que j'ai mal rendue et qui t'a donné l'impression que sa position changeait.

Depuis l'entrée, Enastina soutient que tout le paquet est constitué d'archives familiales confiées à Jorstan pour être copiées ou conservées, pas données. Ce qui est particulier à la grosse tablette, c'est que son père avait explicitement dit qu'elle ne devait jamais quitter la famille. Donc elle est beaucoup plus attachée à celle-là, mais elle revendique aussi les autres comme appartenant à sa famille.

Si ma formulation précédente t'a fait comprendre que seule cette tablette était familiale, c'est une erreur de mise en scène de ma part.

Hendrik interrompt sa conversation avec le servant et t'écoute jusqu'au bout.

— Non. Là, tu vas trop vite.

Il jette un regard vers la table où Enastina est restée.

— Nous savons que ces documents étaient chez Jorstan. Nous ne savons pas qu'ils lui appartenaient. C'est précisément ce qui est disputé.

Puis il te regarde de nouveau.

— Et qu'un document soit utile pour juger quelque chose ne suffit pas, à lui seul, à en faire la propriété du temple.

Il marque une courte pause.

— Tu veux que je prenne la suite, ou tu veux que je tranche ?

[TAL]

"prenez la suite Hendrik car moi ça me dépasse. Je serais d'avis de l'autre sage de laisser ses documents au temple. Elle ne sait même pas lire en plus si ça se trouve. Bref" suis pas de très bonne humeur et ça se sent. Me mets en retrait et suis même a deux doigts de quitter la scène.

[TEMPS]

Hendrik te regarde une seconde, voit ton humeur, et n'insiste pas.

— D'accord. Je prends la suite.

Il retourne vers Enastina et s'assied à la table, sans rappeler le Sage Gris pour l'instant.

— Reprenons depuis le début. Qu'est-ce que votre père a confié à Jorstan, et dans quelles conditions ?

Enastina commence à répondre.

Personne ne te retient. La porte de la Bibliothèque est à quelques pas.

[TAL]

Je sors et monte vers la colline pour me changer les idées. Je retrouve l'insatisfaction qui j'avais auprès de mon oncle Grimar quand je le suivais dans ses tournées de marchand et qu'il tentait de me faire participer. J'aimais les voyages mais pas les marchandises. Et la, j'aime suivre ma curiosité et la connaissance mais le niveau des affaires locales est d'un ennui terrible.

[TEMPS]

Dehors, l'air frais te prend immédiatement.

Plus tu montes vers le marché, plus les voix de la Bibliothèque disparaissent sous d'autres bruits : sabots sur la pierre, appels des vendeurs, marteau d'un forgeron, bêlements, rires. Personne ici ne débat de la propriété d'une tablette vieille de trois générations.

Au sommet de la pente, Jonstown s'ouvre davantage. Entre les toits, tu distingues les routes qui quittent la ville dans plusieurs directions. Sur l'une d'elles, une petite caravane approche encore des portes : quelques mules chargées, deux chariots, des voyageurs couverts de poussière.

À côté de toi, un vendeur retourne des galettes sur une plaque chaude.

— Sage ! Tu as l'air d'avoir besoin de manger quelque chose avant de condamner quelqu'un.

Il rit tout seul de sa plaisanterie.

[TAL]

Je le fusille du regard et continue.

[TEMPS]

Le vendeur cesse de rire aussitôt et baisse les yeux sur ses galettes.

Tu continues jusqu'à ce que les étals s'espacent près du bord de la colline. Ici, le vent passe franchement entre les maisons et emporte une partie du vacarme du marché.

En contrebas, la petite caravane franchit maintenant les portes de Jonstown. Au-delà, les routes se divisent dans la campagne.

Pour quelques instants au moins, personne ne te demande de décider à qui appartient quoi.

[TAL]

Je repense a mes voyages avec Oncle Grimar. Dans 2 jours nous partirons avec Hendrik. L'Empire est toujours là. Et les Sartarites se disputent des vaches et se chamaillent pour des tablettes! Je doute que les Lunaires soient aussi rustres.

[TEMPS]

Le vent te fouette le visage.

La comparaison revient presque malgré toi : avec Grimar, les routes impériales, les relais, les villes où tout semblait avoir une place et un usage. Même les marchés paraissaient obéir à quelque chose de plus vaste que les querelles d'un seul clan.

En contrebas, Jonstown paraît soudain petite.

Une ville de pierre, une grande Bibliothèque, des Sages capables de conserver des siècles de mémoire — et autour, des hommes prêts à se battre pour quelques bêtes ou pour savoir à qui appartient une tablette.

La caravane qui vient d'entrer dans la ville disparaît derrière les premières maisons.

Deux jours.

Puis la route de nouveau.

[TAL]

Par nostalgie je décide d'aller retrouver la caravane qui vient d'arriver. Et surtout de venir de lui demander d'où elle vient et si elle a des nouvelles fraîches d'ailleurs.

[TEMPS]

Tu redescends vers la porte et retrouves la caravane avant qu'elle ne se disperse complètement dans le marché.

Deux chariots bâchés, quatre mules, une demi-douzaine de voyageurs. À leurs vêtements et à leurs marchandises, ce ne sont pas des gens d'un seul clan : laine, sacs de grain, quelques ballots soigneusement ficelés, deux amphores maintenues dans de la paille.

Un homme large d'épaules, la barbe rousse coupée court, supervise le déchargement. Quand tu lui demandes d'où ils viennent, il répond sans cesser de vérifier ses ballots :

— Alda-Chur. Six jours de route, parce qu'une roue nous a trahis.

Puis il remarque tes marques de Sage et devient un peu plus attentif.

— Mais si tu demandes d'où viennent les nouvelles plutôt que les marchandises… on a croisé des gens descendus de Tarsh. Certains venaient même de Furthest.

Il essuie ses mains sur sa tunique.

— Qu'est-ce que tu veux savoir, jeune Sage ? Les prix, les routes, les Lunaires, les guerres… ou les histoires qu'on raconte le soir quand on a assez bu ?

[TAL]

"tout ça a la fois, ma curiosité est insatiable. Dans l'ordre d'importance pour toi. Et je t'invite à le faire autour d'une bouteille."

[TEMPS]

L'homme éclate de rire.

— Ah. Voilà une manière civilisée d'interroger un marchand.

Il donne deux ordres à ses compagnons, confie le reste du déchargement à une femme plus jeune, puis t'entraîne vers une petite échoppe adossée au mur intérieur de la ville. Une bouteille de vin âpre apparaît bientôt entre vous.

— Daran fils de Orlev, dit-il en remplissant deux gobelets. Et puisque tu paies, je vais te dire les choses dans l'ordre où elles comptent pour moi.

Il lève un doigt.

— Les routes d'abord. Jusqu'à Alda-Chur, rien qui empêche un homme prudent de passer. Mais plus au nord, les voyageurs parlent de davantage de contrôles, davantage d'hommes armés qui veulent savoir qui transporte quoi, pour qui, et pourquoi. Certains appellent ça de l'ordre. Les marchands appellent ça du temps perdu.

Un deuxième doigt.

— Les prix. Le grain monte au nord. Pas assez pour provoquer une famine, assez pour que ceux qui en ont stocké sourient beaucoup. Le bétail, lui, se vend bien presque partout. Comme toujours, ceux qui se battent pour les vaches prétendent ensuite que les marchands sont des voleurs.

Il boit.

— Les Lunaires ? Les gens qui descendent de Furthest disent surtout que les fonctionnaires continuent à compter, écrire, taxer, construire, vérifier, enregistrer… Tu sais, toutes ces choses que les barbares trouvent insupportables jusqu'au jour où ils ont besoin d'un acte vieux de vingt ans.

Un sourire passe sur son visage.

— Mais ils disent aussi qu'il y a beaucoup de soldats qui circulent. Trop, selon certains. Pas assez, selon d'autres. Et chaque homme qui vient du nord prétend savoir pourquoi.

Il hausse les épaules.

— La guerre, donc : j'ai entendu cinq versions différentes avant même de quitter Alda-Chur. Une armée va marcher. Non, deux. Non, aucune, c'est seulement une relève. Non, c'est une démonstration. Non, c'est une rumeur lancée par ceux qui veulent faire monter le prix des chevaux.

La bouteille a déjà bien baissé. Daran remplit de nouveau ton gobelet, puis s'interrompt avec un petit sourire qui grandit à mesure qu'une idée lui revient.

— Attends. Toi qui es Sage Gris, j'en ai une pour toi.

Il se penche au-dessus de la table, visiblement ravi de son histoire avant même de l'avoir racontée.

— Un conducteur de mule descendu de Furthest jurait qu'un homme avait réussi à vendre la même maison trois fois dans la même journée.

Il lève un doigt.

— Une première fois selon la coutume locale.

Un deuxième.

— Une deuxième avec un acte lunaire parfaitement enregistré.

Puis il lève le troisième en retenant déjà un rire.

— Et avant le coucher du soleil, un prêtre est arrivé pour expliquer que personne n'avait jamais eu le droit de vendre quoi que ce soit, parce que la maison appartenait à son temple depuis deux générations.

Daran boit une gorgée et te regarde par-dessus son gobelet.

— Alors, Sage ? À qui appartient la maison ?

Il se cale sur son siège, manifestement curieux de voir ce que tu vas répondre.

[TAL]

J'hausse les épaules mais son histoire m'amuse car elle met le doigt peut-être sur l'absurdité des lois ou bien me rappelle à quel point mon rôle de Sage Gris n'est peut etre pas si inutile que cela. Peu après, je le remercie pour les nouvelles du monde et décide de rentrer au temple. Discrètement je vais chercher dans les écrits tout ce qui concerne Jorstan et surtout Argrathor. Pour clore le sujet. Avec un très infime espoir de trouver un quelconque intérêt quand même grace a eux ou a ce qu'on a écrit sur eux.

[TEMPS]

Tu rentres à la Bibliothèque sans retourner voir Hendrik ni Enastina.

Tu commences par les catalogues, puis les registres de copie et enfin les papiers de travail attribués à Jorstan. Personne ne t'empêche de consulter cela, et tu peux le faire sans attirer particulièrement l'attention.

Au bout d'un moment, tu trouves quelque chose.

Dans un ancien registre de travail, plusieurs documents sont regroupés sous une mention de la main de Jorstan : « Papiers d'Argrathor — de la maison. À copier. » Plus loin, une autre note, plus récente, précise : « originaux à rendre après copie ».

Et les descriptions correspondent assez bien à ce que tu as vu sur la table : naissances, unions, morts, accords de terres. La grosse tablette ancienne est évoquée séparément comme « partage ancien — original du père ».

Puis tu trouves autre chose, qui n'a rien à voir avec la propriété des documents.

Quelques pages de notes personnelles de Jorstan sur Argrathor. Il y décrit un homme incapable de supporter qu'on lise lentement un texte qu'il connaissait déjà par cœur, et raconte qu'un jour, lors d'une assemblée, son père avait corrigé trois anciens successivement sur les termes exacts d'un accord conclu vingt-sept ans plus tôt.

Jorstan conclut simplement :

— Mon père ne savait pas écrire. Cela ne l'empêchait pas de conserver des choses que nous aurions perdues sans lui.

Tu as maintenant quelque chose de beaucoup plus solide sur le statut du paquet.

[TAL]

J'imagine qu'Hendrik a su demeler ça tout seul. C'est bien la femme a récupéré ses documents. C'est pas ça qui sauvera le Sartar. Bougon je file dîner au réfectoire. Je ne demande même pas ce qu'est devenu le paquet de la femme.

[TEMPS]

Au réfectoire, l'odeur du ragoût et du pain chaud couvre enfin celle des vieux parchemins.

Tu prends place sans chercher Hendrik. Quelques initiés discutent à voix basse d'un texte mal recopié ; plus loin, deux servants se chamaillent pour savoir qui a oublié de rentrer une jarre avant la pluie.

Personne ne vient te parler d'Enastina, de Jorstan ni du paquet.

Devant toi : un bol fumant, du pain, et enfin quelque chose qui ne réclame aucun jugement.

[TAL]

Je vais coucher. Et je crois que je vais passer la journée suivante a étudier la vie de Sartar pour essayer de voir si déjà on parlait de la Lune Rouge a son époque. En espérant qu'on viendra pas me sortir de mon étude pour une histoire sans intérêt

[TEMPS]

Le lendemain, personne ne vient te chercher. Tu peux enfin passer des heures à suivre une question qui t'intéresse vraiment : que savait le Sartar de Sartar de cette Lune Rouge qui domine maintenant le monde au nord ?

Tu passes la matinée entre chronologies, récits dynastiques et archives de la fondation du royaume.

Le premier fait est sans ambiguïté : la Lune Rouge était déjà dans le ciel bien avant Sartar. Les chronologies donnent son ascension en 1247. Sartar, lui, est couronné en 1492 et s'élève parmi les dieux en 1520. Lorsqu'il fonde son royaume, la Lune Rouge est donc là depuis près de deux siècles et demi.

Mais les textes font une distinction intéressante. Chez les Heortlings, son apparition avait été reçue comme un mauvais présage, et de vieilles prophéties la désignaient déjà comme une ennemie. Pourtant, les premiers missionnaires vêtus de rouge ne viennent en Sartar qu'après l'apothéose de Sartar. C'est alors, disent les chroniques, que les gens du royaume commencent véritablement à apprendre qui est la Déesse Rouge et ce que les Lunaires prétendent qu'elle est.

Durant son règne, Sartar échange en revanche des ambassadeurs avec le roi de Tarsh pour favoriser la paix et le commerce.

Tu trouves donc une réponse assez nette à ta question : Sartar a vécu toute sa vie sous la Lune Rouge, mais le Sartar qu'il a fondé ne connaissait pas encore les Lunaires comme les générations suivantes les connaîtront.

Ce que tu ne trouves pas, en revanche, c'est une parole claire de Sartar lui-même disant ce qu'il pensait de cette nouvelle puissance du nord. Les biographies racontent ses alliances, ses fondations, ses serments, ses routes et ses mariages politiques beaucoup mieux que son opinion sur la Lune.

Si tu veux poursuivre, c'est là que la recherche devient plus difficile : chercher non plus quand la Lune était là, mais ce que Sartar lui-même en savait et en pensait.

[TAL]

Je considère en effet Sartar comme un grand roi, si ce n'est LE grand roi du 3eme Age. Il ne pouvait ignorer la Lune Rouge. Peut être a t'il mis en place quelque chose? Les routes royales? L'ironie c'est qu'elles ont servi l'armée lunaire pour mieux nous vaincre. Je continue de chercher donc.

[TEMPS]

Plus tu remontes les chronologies, plus les dates deviennent intéressantes.

Sartar arrive en Passe-Dragon vers 1470. Il fonde Wilmskirk, puis Jonstown, puis Swenstown. Les Lunaires conquièrent Tarsh en 1490. Deux ans plus tard, Sartar fonde Boldhome et devient Premier des Quivini.

Donc non : lorsqu'il achève son royaume, il ne peut absolument pas ignorer l'Empire. Il vient de voir le royaume immédiatement au nord tomber entre ses mains.

Tu continues à croiser les sources. Un texte cultuel, manifestement postérieur à Sartar lui-même, résume son œuvre par une formule beaucoup plus nette que les biographies : Sartar « nous organisa pour résister à l'avance lunaire ». Ce n'est pas une parole de Sartar, mais c'est bien ainsi qu'une partie de la tradition comprend son œuvre.

Les documents sur les routes deviennent alors plus intéressants. Elles ne sont pas de simples pistes commerciales : ce sont des propriétés royales, placées sous la protection de la Maison de Sartar, avec gardes, postes et tours de guet. La Route du Roi relie Jonstown, Boldhome et Wilmskirk. Ses successeurs poursuivent le réseau.

Mais les premières villes et les premières routes sont antérieures à la chute de Tarsh. Tu ne trouves donc rien permettant d'affirmer qu'elles furent conçues contre les Lunaires. Les textes insistent plutôt sur la paix entre tribus, le commerce, le mouvement et l'unification du royaume.

Et l'ironie que tu soupçonnais apparaît noir sur blanc dans les documents plus récents : aujourd'hui, les autorités lunaires contrôlent ces routes au nom du roi, occupent leurs postes, y perçoivent des péages et dressent des barrages contre les rebelles. Depuis que la Flamme de Sartar a été éteinte, la magie qui entretenait les routes s'est elle-même affaiblie.

Tu ne trouves toujours pas de « plan secret » de Sartar contre l'Empire. Mais tu trouves quelque chose de plus concret : il a bâti un royaume capable de faire circuler hommes, marchandises, messages et autorité à travers des terres qui auparavant relevaient surtout des clans et des tribus — et il l'a achevé au moment précis où Tarsh tombait aux mains des Lunaires.

[TAL — Off:]

ce que tu as du comprendre c'est que Talimar essaie de trouver un peu plus de sens ou de souffle épique. On est dans Glorantha et il veut participer. Cela dit, c'est intéressant de voir a quel point le jeu permet au joueur protagoniste de driver lui même l'histoire a défaut du Temps

Talimar n'a pas de but précis quant a tel ou tel élément où mettre le focus mais il cherche un moyen, une piste, un indice vers un but plus élevé et plus stimulant que sa vie de "notaire".

[TEMPS — Off:]

Oui, je le lis exactement comme ça. Tal n'est pas en train de choisir un « arc » précis ; il cherche du souffle, quelque chose qui lui donne le sentiment de participer à Glorantha plutôt que d'enregistrer ses petits litiges.

Et ton observation sur le jeu est juste : ici, ton initiative est en train de déplacer l'histoire. Le Temps ne lui attribue pas rétrospectivement un destin parce qu'il le désire, mais ce qu'il choisit de chercher détermine réellement la portion du monde qu'il va rencontrer. C'est une distinction importante : Tal peut provoquer l'ouverture vers quelque chose de plus grand sans que cette chose ait été fabriquée pour lui.

[TEMPS — version jouée]

En cessant de chercher une réponse et en cherchant plutôt où l'œuvre de Sartar reste inachevée, tu obtiens enfin quelque chose de différent.

Dans des notes cultuelles plus récentes, au milieu de commentaires sur la conquête, une formule revient : le culte public de Sartar a presque disparu sous la domination lunaire, mais certains continuent à lui offrir des sacrifices en secret. Un copiste rapporte même une tradition selon laquelle Sartar agit désormais caché, auprès de ceux qui entretiennent sa force et préparent la rébellion.

Ce n'est pas une prophétie qui te désigne. Ce n'est même pas la preuve que cette tradition est vraie.

Mais pour la première fois de la journée, ce que tu lis ne concerne ni un héritage, ni un bornage, ni la propriété d'une vache.

Cela concerne des hommes qui risquent leur vie pour maintenir vivant le fondateur du royaume.

Et dans la marge, quelqu'un a ajouté d'une autre main, beaucoup plus récemment :

— « Demander aux Sages de Boldhome ce qu'ils savent encore des anciens rites. »

Retcon de consolidation

Après le Debrief, les joueurs ont décidé que cette phrase était trop directive et ressemblait trop à un crochet fabriqué pour répondre immédiatement au désir d'épique exprimé pour Tal.

Dans la version canonique publiée de la fiction, la phrase n'existe pas. Dans la marge se trouve seulement, tracée d'une autre main, la Rune de Sartar :

Rune de Sartar

Boldhome reste une idée et un désir de Tal, pas une destination prescrite par le document.

[TAL]

Je mémorise l'écriture dans la marge et j'écris la phrase dans mon Portrait donc.

Un culte de Sartar secret. Voilà qui est intéressant. Et Boldhome! La grande ville du royaume. Dans les mains d'une marionnette des Lunars. J'espère pouvoir y aller un jour.

Et donc le jour de notre départ de Jonstown, je peux de nouveau aborder le cas de la femme et son paquet avec Hendrik en lui montrant que j'avais trouvé les réponses dans les archives dans la bibliothèque. Une façon de lui demander ce qu'il pense du roi Sartar et si on allait un jour aller a Boldhome.

[TEMPS]

Le matin du départ, pendant que Hendrik ajuste les sangles de son paquetage, tu lui reparles d'Enastina et lui montres ce que tu avais trouvé dans les registres.

Il lit les deux mentions, puis hoche la tête.

— J'ai trouvé la même chose.

Il replie soigneusement le feuillet.

— Elle est repartie avec les originaux. La Bibliothèque a conservé ce qu'elle avait déjà en copie, et nous avons consigné le reste. Jorstan avait écrit assez clairement ce qu'il devait en faire. Il fallait seulement aller regarder.

Il te rend le document. L'affaire, cette fois, est véritablement close.

Quand tu lui parles ensuite de Sartar, des routes, de Tarsh, puis de Boldhome, Hendrik prend davantage de temps avant de répondre.

— Ce que je pense de Sartar ?

Il regarde la route devant vous.

— Qu'il a réussi quelque chose que les Heortlings réussissent rarement longtemps : faire travailler ensemble des gens qui avaient d'excellentes raisons de se quereller.

Un petit sourire.

— Des routes, des villes, des marchés, des temples communs… Cela paraît moins héroïque qu'un combat contre un dieu. Jusqu'au jour où tu comprends que tout cela a créé un royaume.

Puis, à ta question sur Boldhome :

— Un jour, certainement. Pas aujourd'hui.

Il remet son sac sur l'épaule.

— Et si tu continues à poser des questions sur Sartar à ce rythme, j'imagine que tu trouveras toi-même une raison d'y aller avant que quelqu'un t'y envoie.

Derrière vous, les portes de Jonstown s'éloignent.

Devant vous, la route reprend.