2. Cadrer une résolution
L’Intention : qu’est-ce que tu essaies réellement d’obtenir ?
Le joueur commence par dire ce qu’il cherche à accomplir dans la fiction.
Je veux empêcher le garde d’atteindre la porte.
L’Intention n’est pas une capacité, une action standardisée ou une entrée de menu.
C’est ce que le personnage cherche réellement à obtenir.
Une même Intention peut être poursuivie de nombreuses manières. Regard ne demande pas d’abord quelle règle correspond à l’action. Il demande ce qui, dans la fiction, va réellement peser sur ce que le personnage tente de faire.
Les conséquences importantes doivent être visibles
Le mot enjeu peut être utilisé dans son sens courant pour parler de ce qui risque d’être gagné, perdu ou transformé, mais il ne constitue pas un concept mécanique distinct de Regard.
Ce qui importe est plus simple : les joueurs doivent pouvoir connaître les conséquences significatives auxquelles leur décision les expose lorsqu’elles ne sont pas évidentes.
Joueur : Je saute du toit pour atteindre l’autre bâtiment.
Meneur : D’accord. À cette distance, si tu tombes, la chute peut être mortelle. Tu le fais quand même ?
La précision nécessaire dépend du contrat de table et du jeu utilisé.
Le but n’est pas d’annoncer tout ce qui pourrait arriver, mais de permettre au joueur de prendre une décision éclairée depuis la situation de son personnage.
Le Focus : qu’est-ce que nous ne savons pas encore ?
Une résolution ne sert pas nécessairement à tester si une action « réussit ».
Une réussite ou un échec peut déjà être établi par la fiction. Dans ce cas, la résolution porte sur ce qui reste ouvert : la forme du résultat, son prix, ses conséquences ou ce qu’il transforme.
Une résolution ne demande pas forcément : « Est-ce que ça marche ? » Elle demande : « Qu’est-ce que nous ne savons pas encore ? »
La table précise alors la question à laquelle la résolution doit répondre. Cette question définit le Focus.
Le garde parvient-il à donner l’alerte avant que tu l’arrêtes ?
Le Focus ne décrit pas tout ce qui se passe dans la scène. Il détermine ce que cette résolution regarde.
Tout ce qui existe sur la feuille de personnage n’est pas forcément pertinent.
Tout ce qui existe dans le monde n’est pas forcément pertinent.
Même un élément important dans l’histoire peut ne pas compter pour cette résolution précise.
Le Regard ne se limite toutefois pas à ce qui se trouve devant le personnage au présent. Pour répondre au Focus, la table peut regarder dans sa mémoire, son passé, son expérience, ses relations, le lore du monde ou ce qu’il projette et anticipe de l’avenir.
Le Focus détermine ce que nous regardons, pas l’endroit d’où doit provenir ce qui compte.
Le Focus doit porter sur une véritable incertitude.
Si la fiction a déjà établi qu’une possibilité est ouverte ou fermée, la résolution n’a pas à demander aux dés de revenir sur ce fait. Elle doit regarder ce qui reste réellement incertain autour de lui.
Une résolution ne demande pas aux dés ce que la fiction sait déjà. Elle les fait intervenir là où la fiction reste ouverte.
Un roi peut refuser nécessairement une demande sans que toute incertitude disparaisse : le Focus peut alors porter sur ce que les personnages préservent de leur relation avec lui. Un bateau peut être condamné à sombrer tandis que la résolution porte sur ce qui peut encore être sauvé.
Mettre deux issues en balance
Le Focus rend l’incertitude résoluble en mettant deux issues possibles en balance.
Une Intention donne souvent une première issue : ce que le personnage, le groupe ou la force cherche à obtenir. La situation permet de formuler ce qui se joue de l’autre côté. Les deux issues peuvent être directement opposées, mais ce n’est pas une obligation.
Dans l’exemple du garde, les deux issues pourraient être :
- le personnage arrête le garde avant qu’il donne l’alerte ;
- le garde donne l’alerte avant d’être arrêté.
Les deux issues disent ce que la résolution doit trancher. Elles ne prétendent pas décrire à elles seules tout ce qui pourra arriver.
D’autres événements restent possibles autour de ces issues. Ils appartiennent à l’interprétation, aux conséquences ou à la suite de la fiction, pas nécessairement à la question que cette résolution doit trancher.
Inversement, une fois le Focus accepté, ses deux issues engagent la table : chacune doit réellement pouvoir arriver. Le cadrage ne sert pas à laisser croire qu’une possibilité est en jeu pour la retirer après le tirage.
Le Zoom : à quelle échelle ?
Le Focus possède une échelle. Regard appelle cette propriété le Zoom.
Le Focus dit ce que nous résolvons.
Le Zoom dit à quelle échelle nous le résolvons.
Choisir le Focus, c’est donc aussi choisir la largeur de la question posée à la fiction.
Zoom Action
Le Focus porte sur un geste ou un moment précis.
Passer la porte avant qu’elle se referme.
L’espace des Mises est naturellement restreint. Plusieurs formulations d’un même avantage tendent à être redondantes parce que la résolution observe un instant étroit.
Zoom Séquence
Le Focus porte sur une succession cohérente d’actions.
Traverser les toits et semer les gardes avant d’atteindre le temple.
Des éléments qui auraient été redondants dans une action ponctuelle peuvent devenir distincts parce qu’ils concernent différentes dimensions ou étapes de la séquence : endurance, connaissance du quartier, aide d’un complice, pluie qui rend les tuiles glissantes, peur d’être reconnu.
Zoom Script
Le Focus couvre un ensemble plus large : voyage, enquête, campagne militaire, négociation prolongée, projet complexe.
Faire parvenir une caravane jusqu’à la cité assiégée.
Le personnage ou le groupe peut alors mobiliser plusieurs dimensions réellement différentes : relations, logistique, réputation, savoir, endurance, richesse, protection politique, préparation ou sacrifices.
Ce ne sont pas « plus de bonus parce que le conflit est plus long ».
Ce sont davantage de dimensions pertinentes parce que la question posée est plus vaste.
Le Zoom permet ainsi de contrôler le rythme sans inventer un sous-système pour chaque type de scène.
Le Zoom ne règle pas la difficulté
Choisir un Focus individuel ou collectif ne sert pas à ajuster artificiellement le nombre de Mises.
Le Zoom ne règle pas la difficulté. Il détermine quelles différences la fiction souhaite encore distinguer.
Imaginons une expédition qui traverse une montagne abrupte.
Si chaque personnage est résolu individuellement, Froid glacial, Corniche instable ou Manque d’expérience peuvent redevenir pertinents pour chacun parce que la fiction regarde plusieurs expériences distinctes.
Si le Focus devient collectif :
Le groupe parvient-il à traverser la montagne ?
alors Froid glacial est une seule dimension de cette situation collective. Il n’a pas à être dupliqué une fois par personnage.
Une Mise ne compte pas une fois par personnage. Elle compte une fois par dimension pertinente au Focus.
Le Focus collectif peut naturellement faire apparaître d’autres éléments propres au groupe : protéger un blessé, avancer au rythme du moins expérimenté, coordonner plusieurs personnes ou franchir un passage un par un.
Changer de Zoom change donc la question posée à la fiction, pas simplement le nombre de dés.