Le Divin
Ce qui est absolu ne peut pas toucher ce qui est particulier sans cesser d'être absolu.
Le Divin est ce qui fonde, commande ou juge : l'origine, la loi, le sacré, ce qui vaut plus que tout le reste. Chaque époque lui a donné d'autres visages — un tonnerre sur la montagne, un trône entouré de chœurs, un ciel qui accorde ou retire son mandat, une voix intérieure, un vide que l'on ne sait plus nommer.
Ange vient du grec angelos : le messager. Aucune figure n'est plus exactement un Agent.
Pourquoi des Agents
La différence d'échelle. Le Divin est éternel, entier, sans exception. Le monde humain n'est fait que d'exceptions : des cas, des circonstances, des personnes. Une loi parfaite ne sait pas ce qu'est un cas particulier. Il faut quelqu'un pour la porter jusque-là.
Ce que chaque côté éprouve. Par les Agents, les humains rencontrent l'appel, la loi, la grâce, la tentation — quelque chose qui leur demande plus qu'eux-mêmes. Par eux, le Divin rencontre ce qu'il ne contient pas : la liberté, le doute, la pitié, le choix de ne pas obéir.
Ce qui se transforme. Un ange qui a vécu parmi les hommes apprend ce que coûte une vie particulière. Une Puissance qui accueille ce qu'il rapporte peut apprendre la miséricorde — ou la chute.
Puissances
Le Glaive
Un Archange : protection et jugement. Il garde ce qui lui est confié et tranche ce qui doit l'être.
- Protège ce qui lui est confié
- Juge sans appel
- Ne peut mentir
- Obéit au Trône
L'Abîme
Un Prince-Démon : l'adversaire, le tentateur, celui qui a dit non.
- Tente, ne contraint pas
- Offre toujours un choix
- Connaît le désir de chacun
- Ne crée rien
Le Tonnerre
Un dieu d'un panthéon ancien — de ceux qui frappent, protègent les leurs et se querellent entre pairs.
- Frappe
- Protège les siens
- Exige des offrandes
- Querelleur parmi ses égaux
Le Ciel
Un ordre impersonnel du monde, qui ne parle pas mais accorde et retire sa faveur.
- Tout a sa place
- Accorde et retire le mandat
- Ne parle pas
- Punit le désordre par le désordre
La Cour
Le Glaive et l'Abîme ne sont pas seuls. Une table qui veut une Cour céleste et infernale peut faire de chaque Archange et de chaque Prince une Puissance à part entière. Il part des Attributs du Glaive ou de l'Abîme, et les infléchit par ce qui n'appartient qu'à lui : l'Attribut proposé ci-dessous peut en remplacer un, ou s'y ajouter.
Les traditions en fournissent beaucoup. En voici quelques-uns.
Les Archanges du Glaive
- Michel, chef des armées célestes, qui terrasse le dragon de l'Apocalypse : Ne recule devant aucun ennemi.
- Gabriel, le messager de l'Annonciation : Annonce ce qui va naître.
- Raphaël, qui guérit et accompagne le jeune Tobie sur la route : Guérit ceux qu'il accompagne.
- Uriel, la lumière de Dieu, qui dans le livre d'Hénoch veille sur le monde et sur le Tartare : Éclaire ce qui est caché.
- Raguel, l'ami de Dieu, qui dans le même livre châtie le monde des astres : Rappelle à l'ordre ce qui s'écarte.
- Azraël, qui dans les traditions de l'islam sépare l'âme du corps : Sait l'heure de chacun. Il regarde aussi vers la Mort.
- Mashit, l'Exterminateur, qui frappe l'Égypte puis Jérusalem : Frappe quand on le lui ordonne.
- Métatron, le scribe céleste : Écrit tout ce qui arrive.
Les Princes de l'Abîme
En 1589, le théologien Peter Binsfeld attribua à chacun des sept péchés capitaux son Prince.
- Lucifer, l'orgueil, le porteur de lumière tombé : Ne plie devant personne.
- Mammon, l'avarice, qui chasse sur les terres d'Argent : Tout a son prix.
- Asmodée, la luxure, que Raphaël enchaîne dans le livre de Tobie : Défait les unions.
- Satan, la colère, l'accusateur du livre de Job : Accuse.
- Belzébuth, la gourmandise, le seigneur des mouches : N'est jamais rassasié.
- Léviathan, l'envie, le monstre des eaux : Veut ce qui est à l'autre.
- Belphégor, la paresse : Rend tout effort inutile.
D'autres n'ont pas de péché attitré :
- Azazel, vers qui l'on chasse au désert le bouc chargé des fautes du peuple, et qui selon le livre d'Hénoch enseigna aux hommes les armes et les parures : Porte la faute des autres.
- Lilith, qui refusa de se soumettre à Adam : Ne se soumet pas.
Une Cour fait du Divin un Horizon d'intrigues. Les Archanges ne s'affrontent pas plus directement que les autres Puissances, mais leurs Anges se croisent sans cesse — et ceux des Princes aussi.
Familles d'Agents
Les traits proposés sont des traits du Lien : chacun vient de la relation elle-même ou de l'Attribut indiqué. Les Ancrages de l'Agent lui appartiennent et restent à écrire.
Anges — le Glaive
Créés pour servir. Le Lien est une création.
- Ailes de lumière, de la création elle-même ;
- Voix de l'Archange, de Juge sans appel ;
- Sent la présence du mal, de Protège ce qui lui est confié.
Ce que la figure permet de penser : peut-on porter un message sans être changé par lui ? L'obéissance, et la liberté qu'elle suppose.
Démons — l'Abîme
Déchus, révoltés ou nés de l'ombre. Le Lien est une allégeance.
- Sent le mensonge, de Connaît le désir de chacun ;
- Lit le désir, de Connaît le désir de chacun ;
- Propose un pacte, d'Offre toujours un choix.
Ce que la figure permet de penser : la tentation ; le prix de ce qu'on désire ; la liberté de dire non, même à ce qui nous dépasse.
Enfants des dieux — le Tonnerre
Demi-dieux, héros, descendants d'une union entre un dieu et une mortelle. Le Lien est une filiation.
- Force surhumaine, de Frappe ;
- Le sang du dieu parle en lui, de la filiation elle-même ;
- Ne peut refuser un défi, de Querelleur parmi ses égaux.
Ce que la figure permet de penser : être à moitié ; hériter de ce qui nous dépasse ; ce qu'on doit à des parents plus grands que soi.
Prophètes — toute Puissance du Divin
Des humains appelés. Le Lien est un appel qu'ils n'ont pas choisi.
Entend la voix · Voit ce qui vient · Sa parole trouble ceux qui l'écoutent, qui viennent de l'appel lui-même. Les autres traits dépendent de la Puissance qui appelle.
Ce que la figure permet de penser : être la voix humaine de ce qui n'est pas humain ; la frontière entre révélation et folie.
Ce qui apparaît
- l'écriture, et avec elle les textes sacrés ;
- l'imprimerie, qui met ces textes dans toutes les mains ;
- le pardon devenu institution : l'amnistie, les commissions de vérité ;
- les droits de la personne, un sacré sans dieu ;
- la laïcité, la liberté de conscience, l'athéisme ;
- la psychiatrie, qui soigne ceux qui entendent des voix.
Un Agent
- Lien : une création. Traits : Ailes de lumière, Voix de l'Archange.
- Ancrage Avocat commis d'office : Plaide pour ceux qui ont tort, Connaît les couloirs du palais.
- Ancrage Aime une femme qui ne croit en rien : aucun trait écrit pour l'instant.
Le Glaive juge sans appel. Azriel, lui, a passé des années à défendre des coupables. S'il fait reconnaître la défense — plaider pour celui qui a tort — comme appartenant au Glaive, Plaide pour ceux qui ont tort passera au Lien, et l'Archange aura appris que juger demande d'abord d'écouter. Et d'autres anges commenceront à plaider.
Situations
Apporter une nouveauté. Un ange découvre qu'un tribunal humain peut pardonner ; un démon découvre qu'on peut croire sans rien désirer.
Disputer une nouveauté. Les droits de la personne apparaissent : un sacré sans dieu. Le Glaive veut les protéger ; l'Abîme y voit la liberté de choisir ; le Ciel y voit un nouvel ordre. Leurs Agents se disputent ce que ce sacré deviendra.
Transformer sa propre Puissance. Un démon a appris à composer de la musique. Il veut que l'Abîme puisse créer — et doit, pour cela, défaire l'un de ses Attributs : Ne crée rien.
Tonalités et temporalités
Le Divin se joue en guerre secrète contemporaine, en tragédie épique, en satire — la hiérarchie céleste se prête volontiers à la bureaucratie.
Il rejoint le Pouvoir : le Ciel accorde son mandat à la Couronne, et la Révolution le lui reprend.
Il se joue aussi à travers les âges : un ange peut avoir vu naître l'écriture, brûler les hérétiques, puis se vider les églises.