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La Nature

Au-delà de la lisière, le monde ne nous attend pas.

La Nature est l'Horizon de ce qui vit sans nous : la forêt, la bête, l'eau vive, le peuple des collines. Nous en venons, nous en vivons, et nous ne savons plus y vivre.

Chaque époque l'a vue autrement : une forêt peuplée d'esprits, une création offerte aux hommes, une horloge, une réserve de ressources, un écosystème fragile. Le monde moderne l'aurait désenchantée — le fer, l'électricité, les cartes. Mais les korrigans n'ont jamais tout à fait quitté les landes, et le loup revient.

Le retour des saisons appartient au Temps. La Nature est ce qui vit dans ces saisons.

Pourquoi des Agents​

La différence d'échelle. La Nature n'est pas au-dessus de nous, mais tout autour : elle nous précède, nous nourrit, et ne parle aucune langue humaine. Entre le village et la forêt, il y a la lisière, et ni l'un ni l'autre ne peut la franchir sans devenir autre chose. Il faut des êtres qui en viennent et y retournent.

Ce que chaque côté éprouve. Par les Agents, les humains retrouvent ce qu'ils ont quitté : la peur panique, l'émerveillement, l'instinct, la dette envers le vivant. Par eux, les Puissances de la Nature rencontrent ce qu'elles ne contiennent pas : le nom, le jardin, l'enclos, la domestication, le soin, la loi.

Ce qui se transforme. Un métamorphe qui a vécu parmi les hommes ne chasse plus de la même manière. Une Puissance qui accueille ce qu'il rapporte change ce que sauvage veut dire.

Puissances​

La Bête​

L'animal dans ce qu'il a de plus ancien : le Grand Loup, l'Ours des cavernes, le Maître des animaux que peignaient les chasseurs.

  • Chasse ou est chassée
  • Ne ment pas
  • Suit l'instinct
  • Craint le feu

Le Sauvage​

La forêt profonde et ce qui la garde : Pan, dont le cri fait fuir les troupeaux et a donné son nom à la panique ; Cernunnos le cornu ; le Léchi des forêts slaves.

  • N'a pas de chemins
  • Égare ceux qui s'y aventurent
  • Reprend ce qu'on lui abandonne
  • Ne se laisse pas posséder

La Colline creuse​

Le peuple qui vit sous les collines : les sídhe d'Irlande, les korrigans des landes bretonnes, les pixies de Cornouailles. Ni morts, ni anges, ni bêtes : autres.

  • Tient parole, à la lettre
  • Rien n'est donné sans retour
  • Le temps y passe autrement
  • Craint le fer froid

Les Eaux vives​

Sources, rivières, lacs : les nymphes des fontaines, la Dame du Lac, Mélusine au bain du samedi.

  • Coule toujours
  • Garde ce qui tombe en elle
  • Guérit ou noie
  • Ne se laisse pas retenir

Familles d'Agents​

Les traits proposés sont des traits du Lien : chacun vient de la relation elle-même ou de l'Attribut indiqué. Les Ancrages de l'Agent lui appartiennent et restent à écrire.

Métamorphes — la Bête​

Loups-garous, selkies qui cachent leur peau de phoque, femmes-renardes des contes d'Asie. Le Lien est une peau.

  • Prend la forme de sa bête, de la peau elle-même ;
  • Sent la peur, de Chasse ou est chassée ;
  • Parle aux bêtes de son espèce, de Suit l'instinct.

Ce que la figure permet de penser : la bête en nous ; appartenir à deux mondes par le corps ; ce que la civilisation retient en nous.

Sylvains — le Sauvage​

Dryades liées à leur arbre, hommes verts, satyres. Le Lien est un arbre, ou une forêt entière.

  • Meurt si son arbre meurt, de l'arbre lui-même ;
  • La forêt le cache, de N'a pas de chemins ;
  • Égare qui le poursuit, d'Égare ceux qui s'y aventurent.

Ce que la figure permet de penser : ne pas pouvoir partir ; un temps végétal ; ce que la forêt pense de nous.

Fées — la Colline creuse​

Pixies, korrigans, lutins, farfadets — et les changelins, laissés dans les berceaux humains à la place d'un enfant. Le Lien est une naissance sous la colline.

  • Charme d'un mot, de Tient parole, à la lettre ;
  • Invisible à qui ne croit pas, de la naissance elle-même ;
  • Le fer froid le brûle, de Craint le fer froid.

Ce que la figure permet de penser : l'hospitalité et ses règles ; la parole donnée ; être étranger au cœur du familier.

Élevés parmi les humains, les changelins sont les Agents les plus déchirés de cet Horizon.

Ondines — les Eaux vives​

Naïades, ondines, nixes, la Lorelei, Mélusine et ses filles. Le Lien est une source.

  • Respire sous l'eau, de la source elle-même ;
  • Sa voix attire, de Garde ce qui tombe en elle ;
  • Doit revenir à l'eau, de la source elle-même.

Ce que la figure permet de penser : l'amour entre deux mondes, et l'interdit qui le rend possible ; ce qu'on promet à qui n'est pas humain.

Ce qui apparaît​

  • le chien, premier compagnon, et le troupeau ;
  • le champ, la haie, la clôture ;
  • le fer, et les cloches des églises qui chassent les fées ;
  • le moulin, puis le barrage ;
  • le jardin botanique, le zoo, le parc national ;
  • la génétique, qui lit la bête sans la voir ;
  • le loup qui revient, les forêts qu'on laisse repousser, le renard des villes.

Un Agent​

Exemple — Ana, métamorphe de la Bête
  • Lien : une peau. Traits : Prend la forme de sa bête, Sent la peur.
  • Ancrage Bergère dans les Alpes, là où le loup est revenu : Garde le troupeau, Connaît les loups de la vallée.
  • Ancrage Élève des chiens de troupeau : Sait ce qu'un chien protège.

La Bête ne connaît que deux places : elle chasse ou est chassée. Ana, louve et bergère, en connaît une troisième : garder. Le chien n'est-il pas un loup qui a choisi ? Si elle fait reconnaître la garde du troupeau comme appartenant à la Bête, Garde le troupeau peut passer au Lien. La Bête connaîtra l'alliance entre espèces — et d'autres métamorphes apprendront à veiller plutôt qu'à chasser.

Situations​

Apporter une nouveauté. Une dryade découvre la greffe, qui fait de deux arbres un seul ; une fée découvre l'électricité, et se demande si c'est du fer.

Disputer une nouveauté. Une vallée est noyée par un barrage. Les Eaux vives y voient un lac nouveau. Le Sauvage y perd une forêt, la Bête un territoire. Du côté du Collectif, la Ville réclame le courant. Leurs Agents se disputent ce que deviendra la vallée — et le village englouti dont on entend encore les cloches.

Transformer sa propre Puissance. Un changelin a grandi parmi les humains, dans une ville où tout est de fer. Il veut que la Colline creuse cesse de craindre le fer froid : que le peuple des collines puisse revenir là où vivent les hommes.

D'autres situations :

  • une selkie a retrouvé sa peau de phoque, et doit choisir entre la mer et ses enfants ;
  • un sylvain voit abattre la forêt dont il est l'arbre ;
  • un voyageur a mangé à la table des fées, et on vient chercher ce qu'il doit.

Tonalités et temporalités​

La Nature se prête au conte, au merveilleux, à l'horreur rurale, au récit écologique.

Elle rejoint les Rêves, puisque sous la colline le temps passe comme en songe ; la Mort, puisque les fées sont parfois les morts ; le Temps, par le Cycle des saisons.

Elle se prête aussi aux campagnes à travers les âges : une même forêt peut être défrichée, plantée, abandonnée puis rendue au sauvage, et ses Agents s'en souvenir.