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Verbatim

Durée de jeu estimée : environ 3 h 30.

Cette page conserve les tours dans leur ordre de jeu, les Mises, les dés, les corrections et les échanges de procédure qui ont réellement participé à la partie.

Les annotations PROCÉDURE ont été ajoutées rétrospectivement et sont signalées comme telles.


Trouver Tal en jouant​

[TEMPS]

Session Zéro.

Avant de créer ton Héros, je te donne seulement ce qu’il pourrait savoir avant que son histoire commence.

Nous sommes dans la Passe du Dragon, à une époque où l’ordre politique établi paraît solide à ceux qui le servent et beaucoup moins à ceux qui vivent dessous.

Cette histoire commencera loin des grands héros et des batailles célèbres. Elle concernera d’abord des gens ordinaires, leurs obligations, leurs dieux, leurs voisins et quelque chose qui vient troubler un équilibre local.

Ton personnage naîtra de cette situation, progressivement. Tu n’as besoin d’aucune connaissance préalable particulière de Glorantha.

Pour commencer :

Quelle perspective as-tu envie d’habiter ?

1. Quelqu’un profondément enraciné dans une communauté orlanthi de la Passe du Dragon.
2. Quelqu’un qui appartient à cette société mais s’y sent déjà un peu à l’étroit.
3. Quelqu’un venu d’ailleurs, pour qui les coutumes locales ne vont pas de soi.
4. Quelqu’un lié, d’une manière ou d’une autre, au monde lunaire.
5. Tu préfères ne rien choisir encore : fais-moi découvrir qui je suis par la fiction.

[TAL]

J'aime bien l'idée d'un personnage appartenant à la communauté mais qui n'est pas satisfait de son sort ou du monde dans lequel il vit.

[TEMPS]

Tu appartiens donc à cette communauté. Tu en connais les usages, les histoires, les obligations. Ce n’est pas un monde étranger que tu rejettes : c’est le tien qui ne te suffit pas.

Mais il y a plusieurs manières d’être insatisfait.

Quand tu regardes la vie que l’on attend de toi, qu’est-ce qui te pèse le plus ?

A. La place qu’on t’a donnée. Tu devrais devenir quelqu’un que tu ne veux pas être.

B. Les décisions des anciens. Tu les respectes peut-être, mais tu trouves qu’ils acceptent trop facilement l’ordre des choses.

C. Les limites de votre horizon. Les mêmes terres, les mêmes querelles, les mêmes histoires… tu veux savoir ce qu’il y a au-delà.

D. Quelque chose dans vos traditions te trouble. Tu ne les rejettes pas, mais une vérité qu’on te présente comme évidente ne l’est plus pour toi.

E. Ce n’est pas encore aussi clair. Tu sais seulement que, lorsque tu imagines vivre ici dans vingt ans exactement comme aujourd’hui, quelque chose en toi se révolte.

Ou raconte-moi directement ce qui ne va pas.

[TAL]

D. J'ai du mal a me positionner contre l'Empire de maniere absolue mais j'ai du mal a cautionner leurs coutumes et leurs actes. Me sens donc non seulement tiraillé mais orphelin. Comme s'il me manquait quelque chose.

[TEMPS]

Tu n’es donc pas un rebelle par certitude.

Lorsque les anciens parlent de l’Empire, leurs mots sont simples : ils ont envahi, nous résistons. Les récits savent très bien où placer chacun.

Toi, moins.

Tu as vu assez de choses pour comprendre pourquoi certains peuvent regarder vers l’Empire sans n’y voir que des ennemis. Mais tu as vu aussi ce qu’il exige, ce qu’il transforme, ce que certains de ses hommes se permettent. Et quelque chose en toi refuse d’appeler cela simplement le prix de la paix.

Le problème, c’est que cette hésitation ne t’a rapproché de personne.

Elle t’a laissé entre deux certitudes qui ne sont pas les tiennes.

Et ce mot que tu viens d’employer — orphelin — touche quelque chose de plus profond. Ce n’est peut-être pas seulement une opinion politique qui te manque. Tu as parfois l’impression que les autres possèdent quelque chose que tu n’as pas : une évidence sur leur place dans le monde.

Alors revenons à quelque chose de beaucoup plus intime.

Quand as-tu ressenti ce manque pour la première fois ?

Était-ce déjà là lorsque tu étais enfant ?

Ou peux-tu te souvenir d’un moment précis où quelque chose s’est fissuré ?

[TAL]

Peut être lorsque j'ai vu les bienfaits du mode de vie lunaire: des thermes, des constructions, une organisation, une facon de gérer les conflits par l'exposition des différentes faces. Très différent de notre mode de vie plus rustre, plus vent, violent parfois. Et pourtant cette société lunaire c'est la Chauve Souris Pourpre aussi, des esclaves, de la domination

[TEMPS]

Oui.

Tu as connu l’Empire autrement que par les récits que l’on raconte autour du feu.

Tu as marché sur des rues que la pluie ne transforme pas immédiatement en boue. Tu as connu la chaleur des thermes, l’eau, la pierre, des bâtiments dont la taille et l’ordre disent qu’ils seront encore là longtemps après leurs bâtisseurs. Tu as rencontré des gens pour qui un conflit n’appelle pas nécessairement à déterminer immédiatement qui a raison et qui a tort — qui peuvent en examiner plusieurs faces.

Et tu as aimé certaines de ces choses.

C’est peut-être cela qui est difficile à avouer.

Car la même civilisation capable de cela enchaîne des hommes. Elle soumet des peuples. Et quelque part sous la même Lune qui éclaire ces bains et ces temples existe la Chauve-Souris Pourpre.

Tu ne parviens pas à faire de l’une de ces vérités le mensonge qui permettrait d’accepter l’autre.

Et lorsque tu reviens parmi les tiens, tu retrouves le vent, les liens du clan, les dieux que tu connais depuis l’enfance — mais aussi les vieilles colères, les querelles, cette facilité parfois à faire de la force une réponse.

Alors peut-être que ton sentiment d’être orphelin vient de là :

tu as découvert qu’il existait plusieurs manières de vivre, sans en trouver encore une à laquelle tu puisses appartenir tout entier.

Mais il me manque maintenant quelque chose d’important sur toi.

Ces choses lunaires, tu ne les connais pas seulement par ouï-dire.

Comment les as-tu découvertes ?

As-tu vécu quelque temps dans une ville sous forte influence lunaire ? Accompagné quelqu’un qui travaillait avec eux ? Été accueilli chez des Lunaires ? Ou est-ce une histoire plus personnelle encore ?

[TAL]

Peut être un oncle marchand et que j'ai accompagné souvent en Tarsh.

[TEMPS]

Ton oncle est marchand.

Pas l’un de ces hommes qui parlent du Tarsh sans l’avoir vu. Il y va. Régulièrement. Et assez tôt, il t’a pris avec lui.

Au début, probablement parce qu’une paire de bras supplémentaire est toujours utile sur la route. Puis tu as appris : surveiller une cargaison, reconnaître ceux avec qui on peut négocier, écouter avant de parler, comprendre qu’un homme avec lequel ton clan aurait une vieille querelle peut devenir, ailleurs, quelqu’un avec qui on partage un repas.

Avec lui, tu as franchi plusieurs fois la frontière vers le Tarsh.

C’est là que l’Empire a cessé pour toi d’être une abstraction.

Et ton oncle, lui, est devenu important dans cette histoire. Car il t’a montré ce monde sans nécessairement t’expliquer ce que tu devais en penser.

Un soir, sur le chemin du retour, vous êtes seuls tous les deux. Derrière vous, les lumières d’une ville tarshite disparaissent peu à peu. Devant, la route vers chez vous.

Ton oncle remarque ton silence.

Après un moment, il te demande :

— Alors ? Qu’est-ce que tu envies le plus chez eux ?

Que lui réponds-tu ?

[TAL]

J'étais jeune, exalté: "tu as vu leurs constructions? Leurs statues? Leurs vêtements? Ceux des femmes même (j'ai rougi)" A l'époque je n'avais vu que la façade.

[TEMPS]

Ton oncle éclate de rire à ta dernière remarque.

Pas un rire moqueur. Un rire franc, qui te fait rougir davantage.

— Ah ! Les femmes, maintenant. Voilà donc ce que la civilisation lunaire apporte de meilleur à notre jeunesse.

Il laisse sa mule avancer quelques pas.

Puis son amusement retombe.

— Les pierres sont belles. Les étoffes aussi. Et leurs bains… je reconnais que leurs bains rendent le retour chez nous particulièrement cruel.

Il regarde derrière lui, vers les dernières lumières.

— Mais quand tu admires une grande maison, demande-toi toujours qui a porté les pierres.

Tu n’as probablement pas compris tout de suite pourquoi il te disait cela.

Les années ont passé depuis.

Tu es retourné en Tarsh avec lui. Plus d’une fois. Et tu as commencé à regarder derrière les façades.

Mais quelque chose d’autre s’est produit également : tu as grandi.

Aujourd’hui, dans ta communauté, on ne te considère plus comme le garçon que son oncle emmène sur les routes. On commence à attendre de toi que tu prennes ta place parmi les adultes.

Alors il est temps que je sache quelle place on imaginait pour toi.

Dans ta famille, qu’aurait-on trouvé naturel que tu deviennes ?

Guerrier ? Éleveur ou cultivateur ? Artisan ? Marchand comme ton oncle ? Serviteur d’un dieu ? Quelque chose d’autre ?

[TAL]

Je pense qu'on pensait que je serais marchand comme lui sauf que ça m'intéresse pas du tout. Peu de chance que je finisse initié d'Issaries ou alors je serais un piètre initié. J'aspirais a autre chose intérieurement en fait. Lankhor Mhy pourrait avoir ete une planche de salut: les mythes, l'histoire et les savoirs et la possibilité de voyager.

[TEMPS]

Le commerce aurait dû être ton chemin.

Ton oncle t’apprécie, tu connais déjà les routes, quelques usages du Tarsh, peut-être même les visages auxquels il faut sourire et ceux devant lesquels il vaut mieux compter deux fois les pièces. Tout semblait s’aligner vers Issaries.

Sauf toi.

Les marchandises t’ennuient. Leur prix plus encore. En revanche, pendant les voyages, tu poses constamment des questions qui n’aident guère aux affaires.

Pourquoi cette stèle est-elle là ? Qui vivait ici avant ? Pourquoi les Tarshites racontent-ils cette histoire autrement que nous ? Comment deux peuples peuvent-ils connaître le même dieu et ne pas raconter le même mythe ?

Et surtout : comment savoir lequel dit vrai ?

C’est peut-être ainsi que Lhankor Mhy est entré dans ta vie.

Pas comme une vocation évidente. Comme une ouverture.

Quelqu’un, dans ta communauté ou rencontré au cours de tes voyages, a compris que tes questions n’étaient pas seulement celles d’un jeune homme curieux. Cette personne t’a fait découvrir quelque chose que tu ignorais presque : des textes, des généalogies, des récits conservés précisément parce que la mémoire des hommes déforme les choses.

Et cela t’a happé.

Car pour la première fois, tu entrevoyais peut-être une troisième voie. Ne pas devoir choisir immédiatement entre « les nôtres ont raison » et « les Lunaires ont raison ».

Chercher.

Comparer.

Comprendre.

Alors dis-moi : qui a ouvert cette porte pour toi ?

Quelqu’un de chez toi ? Un sage rencontré en Tarsh ? Ou souhaites-tu que cette personne entre dans ton histoire maintenant, sans que tu saches encore qui elle sera ?


Une possibilité : Lhankor Mhy, puis le choix de la jouer​

[TAL]

Off: je ne sais pas quel scénario, situation, tu as prévu, mais oui ça peut être très sympa de jouer ça jusqu'à l'initiation. J'aimerais bien que ça soit lié à une situation de jeu.

[TEMPS]

On ne décidera donc pas maintenant « qui t’a recruté chez Lhankor Mhy ». Cette rencontre — et la possibilité même que tu sois jugé digne d’aller jusqu’à l’initiation — adviendra en jeu. Ton personnage n’en connaît pas l’issue.

Quelques années ont passé depuis cette conversation avec ton oncle.

Tu voyages toujours parfois avec lui. Pas parce que le commerce t’intéresse davantage, mais parce que les routes t’offrent quelque chose que ton foyer ne peut pas t’offrir.

Cette fois, vous revenez du Tarsh.

La journée a été longue. Le vent s’est levé. Ton oncle marche devant toi en tenant la bride d’une mule chargée ; la seconde est sous ta responsabilité.

Puis il s’arrête.

Sur le bord du chemin se dresse une vieille pierre que tu avais déjà vue lors de voyages précédents. Une borne, pensais-tu. Couverte de marques anciennes suffisamment érodées pour que personne ne leur prête grande attention.

Aujourd’hui, quelqu’un a dégagé la terre à son pied.

Et à côté de la pierre, assis dans l’herbe malgré le vent, un vieil homme est en train de recopier les inscriptions sur une tablette.

Ton oncle le regarde.

— Nous devrions continuer.

Mais toi, pour la première fois, tu distingues quelque chose dans ces marques.

Ce ne sont pas simplement des décorations.

C’est de l’écriture.


La pierre au bord de la route​

[TAL]

  • Oncle Grimar la journée a ete longue, on pourrait pas faire une pause? En fait mon objectif est de réussir a établir le contact avec ce vieil homme. Voilà sur quoi je mise: que mon oncle accepte l'arrêt, proposer un peu de partager le sel avec le vieil homme au nom des lois Heortiennes, ma curiosité. Contre moi: mon oncle qui pourrait être contre l'arrêt (pas le moment de s'arrêter avec ce vent), ....

[TEMPS]

Grimar plisse les yeux vers le ciel.

— Une pause ? Maintenant ?

Le vent tire sur vos manteaux. La mule dont tu tiens la bride baisse la tête.

Mais tu ne demandes pas simplement à t'arrêter : tu veux établir le contact avec le vieil homme. C'est assez incertain pour que nous le résolvions.

Focus​

Tes mises me paraissent justifiées :

  • Grimar est ton oncle — tu as voyagé souvent avec lui ; ta demande n'est pas celle d'un étranger.
  • Partager le sel selon l'hospitalité heortienne — une fois l'arrêt obtenu, tu as une manière culturellement légitime d'aborder le vieil homme.
  • Ta curiosité — elle est sincère, et précisément éveillée par ce qu'il fait.

J'ajoute une contre-mise que la fiction rend visible : le vent se lève et la route est encore longue.

Et Grimar lui-même fournit l'autre : il voulait explicitement continuer.

Cela nous donne donc 3 mises contre 2.

Ton objectif n'est pas de faire du vieil homme ton ami en un jet. Si tu l'emportes, Grimar accepte l'arrêt et tu obtiens une véritable occasion d'entrer en relation avec l'étranger.

Tu es encore profondément de ton monde : pour cette résolution, ta perspective est théiste.

Lance 3d6 et donne-moi les trois résultats bruts.

[TAL]

2,3,6 -> 2,5,6 : j'ai mis toutes les formes pour convaincre mon oncle et inviter le vieil homme a partager le sel.

[TEMPS]

Ton résultat final : 2, 5, 6 → 2 réussites.

Je lance les deux dés de l’opposition :

3, 1 → 0 réussite.

Exploit

Grimar lève les yeux au ciel.

— Très bien. Mais si nous arrivons trempés, tu expliqueras toi-même à ta tante pourquoi.

Tu conduis les mules légèrement à l’écart de la route. Puis tu prends le sel et quelque nourriture. Le vieil homme a bien remarqué votre arrêt, mais il continue méthodiquement son travail.

Tu t'approches et accomplis les gestes de l’hospitalité.

Cette fois, il s’arrête.

Ses yeux passent du sel à ton visage, puis reviennent vers Grimar.

— Les lois de l’hospitalité sont donc encore enseignées aux jeunes gens. Voilà un savoir que je croyais en déclin.

Il accepte.

Mais ton Exploit t’apporte davantage que l'occasion de lui parler.

Alors que tu t'assieds près de lui, il te tend sa tablette.

— Puisque tu sembles si curieux… regarde.

Il désigne successivement la tablette et la pierre.

— Dis-moi ce qui ne va pas.

Tu ne sais presque rien des écritures anciennes.

Mais maintenant que tu regardes vraiment, quelque chose te frappe.

Ce qu'il a recopié sur sa tablette ne correspond pas exactement à ce qui est gravé sur la pierre.

[TAL]

Je plisse les yeux. Donc si je comprends bien, ça semble pareil si on regarde de manière superficielle. Mais ma curiosité et ma vivacité m'a fait de suite voir les différences.
Je montre toutes les différences que je vois. Le jeu m'amuse. Un peu comme un jeu des 7 differences. Que j'en oublie même la politesse presque. Je ne sais absolument pas pourquoi il y a des différences mais a ce stade je les vois, je les constate et curieusement le fait que ça soit reduit a la pierre et la tablette m'apaise beaucoup. Comme si le monde devenait enfin moins lourd, plus compréhensible.

[TEMPS]

Tu rapproches la tablette de la pierre.

Au début, ton doigt hésite. Puis il court.

— Là.

Le vieil homme ne dit rien.

— Et là… Ce trait descend plus bas sur la pierre. Ici, tu as recopié deux marques, mais j'en vois trois. Et celle-ci…

Tu te penches davantage.

Le vent disparaît presque de ta conscience. Grimar, les mules, la route : tout recule.

— Celle-ci est pareille… non. Attends.

Tu tournes la tablette.

— Elle est inversée.

Tu souris malgré toi.

Tu en trouves une autre.

Puis une autre.

Tu oublies même que cet homme est ton aîné et que tu viens à peine de le rencontrer.

— Et ici aussi !

Un silence.

Tu lèves enfin les yeux.

Le vieil homme ne regarde plus la pierre.

Il te regarde, toi.

Il reprend doucement la tablette de tes mains.

— Sept.

Tu ne comprends pas.

— Il y avait sept différences. Tu as trouvé les sept.

Puis, avec une expression difficile à lire :

— Mais tu n'as pas trouvé ce que je t'avais demandé.

Il pose la tablette sur ses genoux.

— Je ne t'ai pas demandé combien il y avait de différences.

Son doigt désigne la pierre.

— Je t'ai demandé ce qui ne va pas.

Grimar, derrière vous, laisse échapper un petit grognement amusé.

Le vieil homme poursuit :

— Tu supposes que ma copie est fausse.

Il retourne la tablette vers toi.

— Pourquoi pas la pierre ?

[TAL]

Et là je n'ai pas compris. Trop jeune. "Comment ça fausse? Elle était la avant votre tablette. C'est vous qui vous êtes trompés en recopiant. Ou alors vous êtes un de ces sorciers de l'Ouest?"

[TEMPS]

Le vieil homme te fixe une seconde.

Puis il éclate de rire.

Grimar aussi.

— Un sorcier de l'Ouest !

Il semble sincèrement ravi de l'accusation. Il ramasse la tablette et la tient devant son visage comme s'il la découvrait.

— Voilà qui expliquerait beaucoup de choses.

Puis son expression change. Pas beaucoup. Juste assez pour que tu comprennes qu'il va te répondre sérieusement.

— Tu as raison sur une chose : la pierre était là avant ma tablette.

Il tapote la pierre.

— Mais était-elle là avant l'homme qui l'a gravée ?

Tu hésites.

— Et cet homme, avait-il vu ce qu'il a gravé ? Ou quelqu'un le lui avait-il raconté ? Et celui qui lui avait raconté… avait-il vu ?

Il te rend sa tablette.

— Tu as fait exactement ce que font la plupart des hommes. Tu as trouvé deux récits différents et tu as décidé que le plus ancien devait être le vrai.

Il désigne tes sept différences.

— Pourtant, il y avait une chose que tu pouvais savoir avec certitude sans connaître un seul de ces signes.

Il sourit.

— Ils ne disent pas la même chose.

Le vent souffle entre vous.

Curieusement, tu retrouves cette sensation.

Pas celle d'avoir obtenu une réponse.

Presque le contraire.

Mais la question est devenue plus petite. Elle tient entre une pierre et une tablette.

Et cela la rend supportable.

Le vieil homme commence à ranger son matériel.

— Je m'appelle Hendrik.

Il t'observe.

— Et toi, jeune accusateur de sorciers ?

[TAL]

"Tal, Talimar, fils de Calimar et Urestona, carls du clan du Heron gris, de la tribu Colymar et vous juste Hendrik?" Dis je en montrant ma deception qu'il m'ait juste donné un simple nom en énumérant un max de choses sur ma lignee ce qui j'espère l'incitera a faire de même.

[TEMPS]

Hendrik hausse un sourcil à mesure que la liste s’allonge.

— Talimar, fils de Calimar et Urestona, carls du Héron Gris, de la tribu Colymar…

Il hoche gravement la tête.

— Je vois.

Puis :

— Hendrik.

Grimar toussote derrière toi. Tu soupçonnes fortement qu’il dissimule un rire.

Tu regardes le vieil homme, incrédule.

Hendrik laisse durer ton agacement juste assez longtemps.

— Tu viens de me donner ton nom, tes parents, leur rang, ton clan et ta tribu. C’est beaucoup de réponses à une question que je n’ai pas posée.

Il incline légèrement la tête.

— Mais puisque tu sembles considérer qu’un homme sans généalogie est nécessairement suspect…

Il se redresse avec une solennité manifestement exagérée.

— Hendrik, fils d’Enderos, Sage Gris de Lhankor Mhy.

Il marque une pause.

— Et si cela peut rassurer Talimar du Héron Gris : aucun sorcier occidental connu dans ma famille.

Cette fois, Grimar rit franchement.

Mais toi, tu as cessé d’écouter à Sage Gris.

Hendrik le remarque immédiatement.

— Ah.

Un petit sourire.

— Voilà une différence que tu as également repérée.

[TAL]

"Mais quel genre de Sage Gris etes vous? Le genre grincheux a rabâcher les lois d'Heort ou vous lisez les écrits des Lunaires pour mieux les combattre? Vous avez déjà voyagé au delà?" Je dis ça car on a effectivement un initié de Lankhor Mhy au clan, un vieil homme qui radote traditionaliste, sans aucune saveur que j'ai interrogé et harcelé de questions et qui sans le vouloir m'avait fait comprendre qu'il y a d'autres sages gris, a l'opposé de lui.

[TEMPS]

Hendrik ne répond pas immédiatement.

Il te regarde avec une attention nouvelle.

— Quel genre de Sage Gris…

Il semble goûter la question.

— Celui qui sait que les lois d’Heort méritent mieux que d’être rabâchées.

Il jette un regard vers Grimar.

— Et que pour comprendre pourquoi les Lunaires se trompent, il faut d’abord courir le risque de découvrir les endroits où ils ne se trompent pas.

Cette phrase-là te frappe.

Hendrik reprend sa tablette.

— J’ai lu des textes lunaires. J’ai parlé avec leurs prêtres et leurs érudits. Avec des Tarshites qui les aiment, d’autres qui les servent, et quelques-uns qui les haïssent beaucoup plus intelligemment que ceux qui ne les ont jamais rencontrés.

Tu attends la suite.

— Et oui, j’ai voyagé au-delà.

Il compte sur ses doigts.

— Tarsh. Esrolia. Prax. Une partie de la Terre Sainte. J’ai même rencontré des hommes de l’Ouest suffisamment longtemps pour savoir qu’ils ne transforment pas tous les jeunes Colymar insolents en grenouilles.

Un temps.

— Seulement certains.

Tu n’es pas entièrement certain qu’il plaisante.

Puis Hendrik pointe brusquement son doigt vers toi.

— Mais toi, Talimar fils de Calimar et Urestona du Héron Gris…

Il imite ostensiblement ta longue présentation.

— …tu ne m’as pas demandé ce que j’ai appris.

Son doigt se tourne vers la vieille pierre.

— Tu m’as demandé jusqu’où je suis allé.

Il sourit.

— Pourquoi ?

[TAL]

"parce que c'est là que je veux aller aussi" dis je entre mes dents, un peu craintif que mon oncle m'entende.

[TEMPS]

Les mots sortent plus bas que tu ne l'aurais voulu.

Hendrik les entend.

Et, à en juger par le silence derrière toi, Grimar aussi.

Tu n'oses pas te retourner.

Le Sage Gris, lui, ne sourit plus. Son regard reste sur toi quelques instants.

— Là où je suis allé ?

Tu acquiesces.

— Non.

Le mot tombe sans dureté.

— Si tu veux seulement aller loin, reste avec ton oncle. Les marchands parcourent davantage de routes que bien des sages.

Grimar intervient derrière vous :

— Pour une fois, écoute-le.

Hendrik reprend :

— Moi, je m'arrête devant des pierres pendant que les hommes raisonnables poursuivent leur chemin.

Il tapote la tablette.

— Je vais là où une question m'oblige à aller.

Puis il désigne la pierre.

— Celle-ci, par exemple, m'a déjà coûté six jours, deux nuits sous la pluie et une dispute avec un prêtre d'Orlanth qui estime que certaines questions sont une forme particulièrement pénible d'impiété.

Une lueur amusée revient dans ses yeux.

— Et je ne sais toujours pas pourquoi elle ment.

Il se relève et commence à remettre ses affaires dans une besace.

Derrière toi, Grimar dit enfin :

— Tal.

Tu connais cette voix.

Pas celle du marchand pressé.

Celle de ton oncle.

— Regarde-moi.

Quand tu te retournes, il a les bras croisés.

— Qu'est-ce que tu viens de dire ?


La rencontre devient apprentissage​

[TAL]

Et c'est peut être cette nuit là que mon oncle et moi se sont mis d'accord pour que je devienne un apprenti aupres de Hendrik. Il y a peut être eu un accord scellé: mes parents étant carls et mon oncle marchand je pense qu'ils ont pu fournir de quoi pour régler ma charge auprès d'Hendrik.

[TEMPS]

Grimar ne répond pas tout de suite.

Et finalement, tu lui dis tout.

Pas seulement que tu veux voyager. Il le savait déjà. Tu lui parles de ce que tu n'avais peut-être jamais réussi à formuler : que tu ne veux pas passer ta vie à savoir combien vaut une amphore à Alda-Chur ou combien de laine chargera une mule. Que ce que tu aimes sur les routes, ce sont les choses que tu ne comprends pas encore.

Hendrik écoute sans intervenir.

Plus tard, tous trois abrités du vent, la discussion devient beaucoup plus concrète.

Grimar négocie.

Évidemment.

Il négocie même ton apprentissage comme s'il achetait une cargaison, ce qui t'agace prodigieusement.

Hendrik exige que ta famille assure ta charge : nourriture, vêtements, matériel d'écriture et une contribution suffisante pour qu'un Sage puisse consacrer du temps à un apprenti plutôt qu'à ses propres travaux. Grimar marchande les termes, discute les saisons où tu pourrais encore devoir revenir aider les tiens, et obtient que rien ne soit définitivement engagé avant l'accord de Calimar et Urestona.

Puis Hendrik pose une condition qui ne se négocie pas.

— Je peux lui apprendre à lire. À écrire. À chercher. À distinguer ce qu'il sait de ce qu'il croit savoir. Je peux lui montrer comment conserver ce que d'autres hommes ont appris.

Il te regarde.

— Mais je ne promets pas d'en faire un Sage Gris.

Grimar fronce les sourcils.

— Alors pourquoi paierions-nous ?

— Pour découvrir s'il peut le devenir.

Ton oncle le dévisage longtemps.

Puis il éclate de rire.

— Je déteste déjà ta manière de commercer.

Et cette nuit-là, quelque chose est effectivement scellé.

Pas encore ton initiation.

Pas même ton destin.

Mais ton apprentissage auprès d'Hendrik.

Quelques semaines plus tard, pour la première fois de ta vie, tu quittes le Héron Gris sans suivre Grimar.

Ta mère a soigneusement emballé tes affaires. Ton père t'a confié un couteau qui appartenait au sien. Grimar t'a donné une petite bourse et beaucoup trop de conseils.

Hendrik t'attend sur le chemin.

Il ne te demande pas si tu es prêt.

Il te tend simplement la tablette de la pierre aux sept différences.

— Porte ça.

Et il commence à marcher.

Après quelques pas :

— Première leçon, Talimar.

Il désigne la route devant vous.

— Où allons-nous ?

Tu attends la réponse.

Elle ne vient pas.

Hendrik continue de marcher.

— Eh bien ?

PROCÉDURE (annotation rétrospective) — Le [TAL] propose que la rencontre débouche sur un accord d’apprentissage ; le [TEMPS] en joue les conséquences sociales et matérielles plutôt que de résumer « Tal devient apprenti ».

[TAL]

Et là je le suis en sortant toutes les réponses que je peux trouver. Évidemment il ne répond pas. Mais intérieurement je suppose qu'il est amusé, ignorant qu'en fait il me jauge.
"Ou allons nous?"
"Chez vous?"
"Dans un temple de Lankhor Mhy?" "Là où nous portent nos pas?" "Dans un magasin de tablettes d'argile?" "Là où le vent nous montrera le chemin?" "Dans le monde inférieur comme les Porteurs de Lumière?" "Nous ne sommes que deux. Nous allons chercher les cinq autres?" "Nous allons jusqu'à la limite du monde" "Nous allons la ou les eaux du monde tombent?" "Nous allons vaincre La Lune Rouge?" "..." "..." Et ainsi de suite.. plus pour passer le temps. Et c'est ainsi que j'entrais en enseignement avec Hendrik. Avec d'autres jeunes.


La formation de Tal​

[TAL]

Je pense qu'à un moment ça serait bien d'exposer les mythes de Lankhor Mhy, puis de traiter de l'initiation. A ce stade aussi il y a la question des runes. Je pense que la chose est claire maintenant, quelles sont les runes de LK?

[TEMPS]

Oui. Et maintenant que Tal commence à exister, les Runes deviennent intéressantes parce qu’on peut les reconnaître en lui, plutôt que les lui attribuer abstraitement.

Pour Lhankor Mhy, les deux Runes fondamentales qui ressortent des sources sont Vérité et Loi. Storm Tribe le fait naître d’Orenoar, Maîtresse de la Vérité, sur Mostal, la Montagne de la Loi ; il y discerne et énonce la Loi cosmique. Le même ouvrage le qualifie explicitement de dieu de la « Truth, Knowledge, and Law ». Les formulations HeroQuest plus tardives traduisent cela en affinités Knowledge, Law, Literacy.

Et ça rend notre Tal assez savoureux.

Vérité, chez lui, me paraît déjà presque évidente. Pas « je possède la vérité », justement. Plutôt cette incapacité à être satisfait d'une réponse parce qu'elle est confortable. Le contraste Orlanthi/Lunaires l'a mis en crise parce qu'il a découvert que ce qu'on lui racontait ne suffisait plus. Et devant la pierre, il s'est immédiatement absorbé dans : qu'est-ce qui est effectivement là ?

Loi est plus surprenante - et potentiellement plus intéressante. Tal ne paraît pas du tout amoureux de la loi sociale, de la tradition ou de l'ordre établi. Mais la Loi de Lhankor Mhy est plus profonde : l'idée qu'au milieu du vacarme du monde, il existe des relations qu'on peut comprendre, distinguer, nommer. C'est précisément ce qui l'apaise devant la pierre et la tablette.

Donc je ne voudrais surtout pas conclure trop vite : « apprenti de Lhankor Mhy = Tal reçoit Vérité + Loi ». Son dieu possède ces Runes ; Tal, lui, doit encore montrer comment il entre en résonance avec elles.

Quelques années d'apprentissage peuvent maintenant nous permettre de découvrir trois choses : les Runes propres de Tal, sa compréhension progressive des mythes de Lhankor Mhy, puis le moment où Hendrik estime - ou non - qu'il peut tenter l'initiation.

Je proposerais même de ne pas choisir les Runes maintenant. Hendrik a plusieurs apprentis. On fait 2 ou 3 situations très elliptiques de sa formation, chacune posant à Tal un problème différent. Ses réponses devraient faire émerger naturellement ses affinités runiques.

Puis Hendrik lui enseigne les mythes qui donnent sens à ce qu'il vient de vivre : la naissance sur la Montagne de la Loi ; la perte d'Elasa et de la Lumière de la Connaissance ; l'invention de l'écriture ; Lhankor Mhy parmi les Porteurs de Lumière ; ses réussites mais aussi ses échecs lors de la Quête. Storm Tribe insiste d'ailleurs sur une idée que j'aime beaucoup pour Tal : Lhankor Mhy embrasse toute connaissance, mais les mortels ne le peuvent jamais ; leur connaissance demeure nécessairement incomplète.

Et seulement ensuite : l'initiation.

Je pense que celle-là, contrairement aux années d'apprentissage, mérite probablement d'être jouée.

Les trois témoignages​

[TAL]

Tal est prêt a découvrir ce nouveau monde.

[TEMPS]

Les premières semaines auprès d’Hendrik détruisent rapidement une illusion : devenir Sage Gris ne consiste pas à écouter un vieil homme fascinant raconter des mythes sur les routes.

Il y a d'autres jeunes avec toi. Certains lisent déjà mieux. Une fille possède une mémoire exaspérante. Un garçon semble capable de réciter des généalogies entières sans hésitation. Hendrik ne paraît d'ailleurs pas chercher la même chose chez chacun.

Un matin, il vous conduit devant une réserve de tablettes.

Il en sort trois.

— Trois hommes ont assisté à la même dispute entre deux clans. Trois hommes ont ensuite raconté ce qui s'était passé.

Il pose les tablettes devant vous.

— Ils ne sont d'accord ni sur celui qui a commencé, ni sur les paroles prononcées, ni même sur le nombre d'hommes présents.

Un autre apprenti demande :

— Lequel dit vrai ?

Hendrik répond :

— Voilà précisément la mauvaise question pour commencer.

Il vous assigne chacun à une tablette.

Ton travail n'est pas encore de décider qui ment.

Tu dois établir trois choses :

ce que ton témoin affirme avoir vu lui-même ; ce qu'il rapporte d'après d'autres ; et ce qu'il présente comme évident sans jamais expliquer comment il le sait.

Les autres commencent.

Et Tal retrouve quelque chose qu'il connaît déjà.

Une pierre.

Une tablette.

Un monde suffisamment petit pour pouvoir être regardé.

Mais bientôt apparaît la difficulté : ton témoin est manifestement du côté de l'un des clans. Il décrit ses hommes comme patients et raisonnables ; les autres comme colériques et provocateurs.

Et pourtant, certaines choses qu'il rapporte sont extrêmement précises.

Hendrik passe derrière toi.

— Alors, Talimar : que fais-tu de ce témoignage ?

[TAL]

"Il n'a aucune mesure. Si on l'ecoutait on soutiendrait son clan. Il faudrait que je lise les autres témoins. Et même la ce n'est pas sur qu'on connaisse la vérité.. seul LK sait." faisait référence a la totalité de la vérité inaccessible aux hommes. Mais je crois que j'ai déjà intégré que trouver la vérité est un des pouvoirs des Sages Gris.

[TEMPS]

Hendrik acquiesce à la première partie.

— Oui. Lis les autres.

Puis à la seconde :

— Oui. Même alors, tu pourrais ne pas savoir.

Mais lorsque tu ajoutes « seul Lhankor Mhy sait », il s'arrête.

— Non, Talimar.

Il prend ta tablette et trace lentement le signe de la Vérité.

— Ne fais pas de notre ignorance une excuse pour abandonner la recherche. Lhankor Mhy connaît des vérités que nous ignorons. Mais il nous a aussi enseigné à les chercher.

Il te rend la tablette.

— Un Sage Gris peut découvrir qu'un homme ment. Il peut retrouver ce qui a été caché, distinguer une contradiction, faire parler ce qui a été écrit, conserver une connaissance que tous les autres ont oubliée. Et certaines vérités, par Lhankor Mhy, peuvent effectivement lui être révélées.

Puis il désigne les trois témoignages.

— Mais même un Sage Gris doit apprendre cette phrase : « Je ne sais pas. »

Il te laisse lire les deux autres.

Et quelque chose change.

Le deuxième témoin appartient à l'autre clan. Sans surprise, son récit inverse presque exactement les responsabilités.

Le troisième est plus étrange. Il n'appartient à aucun des deux clans. Son récit paraît beaucoup plus neutre…

…jusqu'à ce que tu remarques qu'il omet entièrement un événement que les deux ennemis, eux, mentionnent.

Hendrik revient plus tard.

— Alors ?

Cette fois, la question n'est plus seulement qui dit vrai ?

Tu as devant toi trois fragments imparfaits d'un événement disparu.

Qu'est-ce que Tal cherche en premier pour commencer à reconstruire ce qui s'est réellement passé ?

[TAL]

Étant donné que je n'en sais strictement rien peut être qu'une résolution permettrait de résoudre cette énigme?

[TEMPS]

Oui. Là, Tal essaie réellement de tirer quelque chose de fragments contradictoires, et nous ne savons pas s'il y parvient. Ça mérite une résolution.

Intention : reconstruire assez du déroulement réel pour formuler une hypothèse solide — pas obtenir magiquement toute la vérité.

Pour tes Mises, j'en vois déjà deux qui viennent clairement de ce que Tal est devenu :

  • Curiosité — c'est probablement son trait le plus manifeste jusqu'ici.
  • Enseignement d'Hendrik — tu as appris à distinguer vu, rapporté et supposé.

Et je t'en proposerais une troisième issue directement de ce que tu viens de faire :

  • « La vérité peut rester incomplète » — tu n'es plus obligé de forcer les trois récits à produire une certitude qu'ils ne permettent peut-être pas.

Contre toi :

  • Trois témoignages contradictoires.
  • Chaque récit possède son angle mort.

Donc 3 contre 2, à nouveau.

Tu es encore apprenti, pas initié : aucune magie de Lhankor Mhy ne vient te fournir la réponse. C'est Talimar qui enquête avec ce qu'il possède déjà.

Perspective théiste.

Lance 3d6.

PROCÉDURE (annotation rétrospective) — C’est le [TAL] qui propose explicitement de résoudre l’énigme par GP lorsqu’il ne sait pas comment la performer lui-même.

[TAL]

4,5,2

[TEMPS]

4, 5, 2 → 2 réussites.

Pas de 6 : rien ne se prolonge.

L’opposition : 1, 5 → 0 réussite.

Exploit

Tu ne découvres pas soudainement la vérité. Tu fais quelque chose de plus méthodique.

Tu commences par ce sur quoi les deux ennemis sont d'accord.

Ils divergent sur les intentions, les responsabilités, les paroles. Mais certains faits résistent à leur hostilité mutuelle : un homme est arrivé après le début de la dispute ; une arme a été sortie ; un animal s'est enfui ; surtout, tous deux mentionnent ce même événement que le troisième témoin omet.

Alors tu inverses ton raisonnement.

Si deux hommes qui veulent raconter deux histoires incompatibles conservent malgré tout le même détail, ce détail mérite ton attention.

Et l'absence dans le troisième témoignage cesse d'être du vide.

Elle devient une information.

Tu commences à griffonner : ce que les trois confirment ; ce que deux seulement confirment ; ce qu'un seul affirme ; ce qui est contradictoire ; ce qui est inexplicablement absent.

À la fin, tu n'as toujours pas reconstitué toute la dispute.

Mais tu peux montrer à Hendrik quelque chose de plus précieux :

où chercher ensuite.

Hendrik examine longtemps ton travail.

— Bien.

Puis il raye brutalement une de tes conclusions.

— Ça, tu ne le sais pas.

Il en entoure une autre.

— Ça, en revanche, personne ne te l'a dit. Tu l'as découvert.

Et pendant les mois qui suivent, cette distinction devient presque une obsession chez toi.

Ce que je te propose pour la suite de la Session Zéro, c'est une ellipse : Talimar apprend.

Lire et écrire correctement. Comparer des sources. Interroger sans mettre immédiatement la réponse dans la bouche de celui qu'il questionne. Mémoriser. Reconnaître certaines écritures. Connaître les généalogies et les précédents. Et surtout apprendre les récits sacrés de celui qu'il espère un jour servir.

Quelques années passent.

Et parmi tous les récits qu'Hendrik vous enseigne, vient enfin celui qu'il présente différemment des autres :

la naissance de Lhankor Mhy.

Cette fois, il ne vous demande pas de prendre vos tablettes.

— Celui-là, vous devez d'abord l'entendre.

Et Tal écoute.

Correction de table : l’Exploit, puis le mythe​

[TAL]

Off: je sais que ce n'est pas simple et nécessite un niveau d'impro mais je trouve que l'exploit n'a pas été bien narré au niveau consequence. Je pense que ce jour Tal a fait l'admiration d'Hendrik mais aussi des autres apprentis. Même si la résolution de l'énigme n'est pas connue, Tal a donné une interprétation possible qui explique les 3 témoignages mais a admis avec humilité que ce n'était pas suffisant pour l'affirmer car il a su donner une autre interprétation aussi. Bref un moment memorable dans la vie du jeune homme.

[TEMPS]

Oui, je suis d’accord sur la conséquence. J’ai traité le +2 comme une meilleure résolution intellectuelle, alors qu’un Exploit devait aussi changer quelque chose dans la fiction autour de Tal. Ta version est plus juste : ce jour-là devient un souvenir fondateur de son apprentissage. Il propose une reconstruction qui explique les trois témoignages, puis surprend tout le monde en en produisant une seconde, également compatible, et refuse donc de prétendre savoir laquelle est vraie. Hendrik est impressionné ; les autres apprentis commencent à regarder Tal autrement. Je retiens cette correction comme conséquence canonique de l’Exploit.

Pour ce qu’Hendrik va raconter maintenant, je veux en revanche éviter de fabriquer un « joli mythe de Lhankor Mhy » de mémoire. Je vérifie le récit dans nos suppléments Glorantha, puis Hendrik parlera.

Hendrik attend que chacun soit installé.

Pour une fois, aucune tablette n'est distribuée. Aucun stylet. Lorsque l'un des apprentis garde malgré tout le sien sur les genoux, Hendrik lui fait signe de le ranger.

— Vous l'écrirez plus tard. D'abord, vous devez savoir pourquoi nous écrivons.

Il laisse passer un instant.

— Lhankor Mhy naquit d'Orenoar, Maîtresse de la Vérité, alors qu'elle se tenait sur Mostal, la Montagne de la Loi.

— Certains disent qu'Acos, dieu de la Loi, fut son père. D'autres disent que ce fut la Montagne elle-même.

Un apprenti sourit devant la contradiction. Hendrik la laisse volontairement là.

— Pendant des âges, Lhankor Mhy demeura sur la Montagne de la Loi. Il chantait la Connaissance et le Pouvoir. Il pouvait discerner la Loi cosmique qui gouverne même les dieux et l'énoncer. Et il se souvenait de tout ce qu'il avait vu ou appris.

Hendrik regarde brièvement Tal.

— Ce qui ne signifie pas que quelqu'un pensait à lui poser les bonnes questions.

Quelques rires.

— Jusqu'au jour où Orlanth eut besoin de savoir où trouver l'arme capable de tuer Sh'hakarzeel, le Dragon.

Puis le récit s'assombrit.

— Vint l'Obscurité.

— Les dieux et les déesses de Lumière suivirent Yelm dans les Enfers. Parmi eux se trouvait Elasa, Maîtresse de la Lumière de la Connaissance.

— Elle était l'épouse de Lhankor Mhy.

— Lorsqu'Elasa disparut, quelque chose disparut du monde avec elle.

Hendrik cherche ses mots, ce qui chez lui est assez rare pour que vous le remarquiez.

— L'inspiration.

— Lhankor Mhy savait toujours ce qu'il savait. Mais ses disciples ne pouvaient plus recevoir de lui ce qui auparavant passait entre eux.

Il vous regarde.

— Alors Lhankor Mhy fit quelque chose qu'aucun de vous ne devrait jamais oublier.

— Il inventa l'écriture.

Cette fois, Hendrik sort une tablette.

Il la pose entre vous.

— Puisqu'il ne pouvait plus partager avec ses disciples comme auparavant, il plaça quelque chose de lui dans des signes. Ainsi, lorsqu'il partit chercher Elasa, ses disciples purent continuer d'accéder à son savoir grâce à ce qu'il avait laissé derrière lui.

Et soudain les semaines passées à copier, recopier, comparer, corriger des tablettes prennent une autre dimension.

Hendrik continue.

Lhankor Mhy partit.

Il subit des épreuves. Il participa à la formation des Porteurs de Lumière.

Et Hendrik insiste sur quelque chose d'étrange :

— Ne racontez jamais cette histoire comme celle du dieu savant qui connaissait toutes les réponses.

— Il réussit. Et il échoua.

Il sut vaincre certains ennemis. Ailleurs, avoir raison le laissa sans voix. À un autre moment, il démontra quelque chose avec tant de succès qu'il ne put plus écrire. Pourtant, lorsqu'Orlanth atteignit l'Énigmatique Fin, ce fut Lhankor Mhy qui lui fournit la clef dont il avait besoin.

Et lorsque les Porteurs de Lumière revinrent enfin victorieux…

Elasa revint avec lui.

La Lumière de la Connaissance était revenue dans le monde.

Hendrik se tait.

Puis vient la leçon qu'il semble considérer comme plus importante que tout le reste.

— Lhankor Mhy embrasse toute connaissance.

— Nous, non.

— Aucun mortel ne le peut.

Il regarde les apprentis un à un.

— Notre connaissance sera toujours incomplète. Et même ce que nous savons peut ne pas être ce dont nous avons besoin lorsque vient le moment d'agir.

Puis, enfin :

— Voilà pourquoi nous cherchons.

Un des apprentis demande :

— Alors pourquoi Lhankor Mhy ne nous donne-t-il pas simplement ce qu'il sait ?

Hendrik sourit.

— Excellente question.

Mais il ne répond pas.

Il se tourne plutôt vers Talimar.

— Tu as dit autrefois : « seul Lhankor Mhy sait ».

— Maintenant que tu connais cette histoire…

— pourquoi crois-tu qu'il nous laisse chercher ?

PROCÉDURE (annotation rétrospective) — Le premier traitement de l’Exploit des trois témoignages est corrigé à la table : la conséquence canonique inclut l’admiration d’Hendrik et des autres apprentis et le fait que Tal formule deux interprétations compatibles sans prétendre savoir laquelle est vraie.

[TAL]

"Parce que lui même qui sait tout continue de chercher. C'est sa quête, c'est notre quête." (Et je note des bribes de mots clés que Tal tire du mythe raconté, quitte à ce que le [TEMPS] répète le mythe).

[TEMPS]

Hendrik reste silencieux un instant après la réponse de Tal.

Puis :

— Oui.

Et, chose suffisamment rare pour être remarquée, il n'ajoute aucune correction.

— C'est sa quête. Et c'est la nôtre.

Il reprend alors le récit depuis le commencement. Mais cette fois, plus lentement. Il vous autorise à prendre vos tablettes.

Tal comprend pourquoi.

Il ne s'agit plus seulement de connaître l'histoire de Lhankor Mhy. Il commence à y chercher ce que fait le dieu, comment il affronte le monde, ce qu'un homme pourrait tenter de reproduire.

Certaines choses lui paraissent déjà dignes d'être inscrites à côté du récit :

Distinguer ce qui est vrai.

Se souvenir de ce qui a été appris.

Conserver le savoir par l'écriture.

Chercher ce qui manque.

Et Tal hésite avant d'en inscrire une dernière :

Continuer à chercher, même lorsque l'on sait déjà.

Hendrik passe derrière lui et voit les annotations.

Il ne les corrige pas.

— Garde-les.

Puis il ajoute :

— Mais ne commets pas l'erreur de croire que parce que tu as écrit ce que fit Lhankor Mhy, tu sais déjà ce que cela signifie de le faire.

Et l'enseignement continue.


Les Runes de Tal​

[TAL]

J'ai hâte de voir comment les runes vont se révéler a Tal.

[TEMPS]

Alors refermons le debrief temporaire.

Et justement : je ne vais pas te proposer une liste de Runes parmi lesquelles choisir. Tal ne voit pas sa feuille de personnage. Il vit dans un monde où les Runes sont des réalités, et nous verrons lesquelles semblent répondre à ce qu'il devient.

Nous reprenons donc son apprentissage.

Les saisons passent auprès d'Hendrik. Tal sait désormais suffisamment lire pour qu'on lui confie de vrais textes, suffisamment écrire pour que ses erreurs deviennent embarrassantes, et suffisamment questionner pour qu'Hendrik puisse parfois regretter de l'avoir encouragé.

Puis vient une étape différente de son enseignement.

Jusqu'ici, Hendrik vous a surtout appris à regarder les paroles des hommes.

Cette fois, il vous annonce :

  • Vous allez apprendre à regarder le monde.

Et il vous emmène dehors.

Pas de tablette.

Pas de témoignage.

Pas d'énigme préparée.

Il demande simplement à chacun de partir seul pendant une partie de la journée.

  • Ne cherchez rien.

Évidemment, quelqu'un demande ce qu'il faut rapporter.

  • Ce que vous aurez trouvé.

Les apprentis se dispersent.

Et Tal se retrouve seul, avec quelques heures devant lui.

Nous n'allons pas résoudre cela par un jet : il n'y a encore ni opposition ni intention incertaine.

Où Tal va-t-il spontanément ?

Pas besoin de penser en termes de Runes. Dis-moi simplement quel endroit attire ce jeune homme lorsqu'on lui donne, pour une fois, plusieurs heures durant lesquelles personne ne lui dit quoi chercher.

PROCÉDURE (annotation rétrospective) — Pour « Ne cherchez rien », le [TEMPS] annonce explicitement l’absence de jet : il n’y a ni opposition ni intention incertaine à résoudre.

[TAL]

Je pense que l'esprit de Tal bouillonne depuis des mois. Il est loin des querelles de clan, des inquiétudes sur l'Empire Lunaire. Il a déjà écrit a sa famille et sait que la vieille barbe blanche (comme ça qu'il surnomme le sage gris traditionnaliste du clan du Héron Gris). Je pense qu'il aspire a un décalage: quitter l'effervescence intellectuel pour trouver du calme. Il va chercher a monter le plus haut possible. Il cherche un point de vue: il veut sentir le vent (en s'éloignant du clan ses racines lui paraissent plus proche et lui manque), mais c'est même l'air en fait plutôt: pas le mouvement, le milieu qui est entre deux, l'interface, là où se trouvent le vent , la lune, les nuages. Il s'interroge sur au dessus: yelm, puis les étoiles. Il comprend les échelles et pense a l'en-dessous: LK y est allé. La aussi cela existe. Toutes ses couches superposées. Il s'abandonne a la douceur de la rêverie. C'est de ça dont Tal a besoin après ces mois intenses.

[TEMPS]

Tal monte.

D'abord par un sentier, puis hors du sentier lorsque celui-ci cesse de monter assez vite à son goût. Il cherche moins un endroit particulier que de la hauteur.

Quand enfin il s'assied, personne ne lui demande rien.

Et pendant un long moment, Tal ne cherche rien non plus.

Le vent lui rappelle son clan. Pas une loi, pas une querelle, pas même Orlanth : quelque chose de beaucoup plus simple. Une odeur. Une sensation sur le visage. Des gens qui lui manquent.

Puis son regard monte.

Les nuages.

Au-delà, le ciel.

Yelm parcourt ce ciel. Plus tard viendront les étoiles. Et quelque part, visible certains jours et certaines nuits, cette Lune Rouge qui occupe tant les pensées des hommes.

Mais ici elle cesse momentanément d'être l'Empire.

Elle est là-haut.

Et Tal commence à rêver en couches.

La terre sous lui. L'air autour de lui. Le ciel au-dessus. Plus loin encore.

Puis son esprit accomplit naturellement le mouvement inverse.

Sous ses pieds, la terre possède une profondeur.

Plus bas encore sont les Enfers.

Lhankor Mhy y est allé.

Pendant quelques instants, ce ne sont plus des noms appris dans les récits. Tal éprouve presque physiquement cette immensité : quelque chose existe au-dessus de lui, quelque chose existe sous lui, et lui se trouve entre les deux.

Petit.

Mais pas écrasé.

Curieusement, cela lui fait du bien.

Lorsqu'il redescend quelques heures plus tard, les autres apprentis sont déjà presque tous revenus.

Hendrik ne demande pas :

— Qu'avez-vous appris ?

Il demande :

— Qu'avez-vous trouvé ?

L'un rapporte une plante qu'il ne connaissait pas. Une autre a observé longtemps des ouvriers et revient avec une question sur la manière dont ils mesurent. Un troisième a trouvé une pierre étrange et l'a rapportée.

Lorsque vient le tour de Tal, il n'a rien dans les mains.

Hendrik regarde ses mains vides.

— Alors, Talimar ?

[TAL]

J'ai trouvé ma nature: air (le milieu) et harmonie (réconcilier les contraires, voir au delà des différences...). (C'est un peu abrupt mais je trouve qu'à ce stade les runes de Tal me semblent évidentes) Et bien sûr il y a la rune qui a tout déclenché: mouvement (curiosité).

[TEMPS]

Hendrik regarde Talimar.

Il ne sourit pas. Cette fois, il semble prendre la réponse très au sérieux.

— Air. Harmonie. Mouvement.

Il les répète lentement, comme s'il ne voulait pas seulement entendre les mots mais ce que Tal met derrière.

— Tu es monté là-haut pour chercher le calme et tu en reviens avec trois Runes.

Un des apprentis étouffe un rire. Hendrik lui jette un regard.

— Ne ris pas. C'est souvent ainsi qu'elles commencent. On nous apprend leurs signes lorsque nous sommes enfants. Cela ne signifie pas que nous les avons reconnues en nous.

Puis à Tal :

— Explique-moi Harmonie.

Il désigne le ciel, derrière toi.

— L'Air, je peux comprendre ce que tu as éprouvé. Le Mouvement…

Il te connaît assez pour avoir un léger sourire.

— …je crois que nous en avons tous subi les conséquences.

Quelques rires cette fois, y compris parmi ceux qui, depuis l'histoire des trois témoignages, considèrent Tal avec un peu plus d'attention.

Mais Hendrik revient à l'essentiel.

— Harmonie est une affirmation beaucoup plus étrange.

— Tu as passé des années à découvrir que deux récits peuvent se contredire sans que l'un soit simplement faux. Tu es parti de chez toi parce que ton propre peuple et les Lunaires t'ont laissé avec des vérités que tu n'arrivais pas à faire tenir ensemble.

Il marque une pause.

— Et maintenant tu me dis que l'une de tes Runes est Harmonie.

— Alors dis-moi, Talimar :

qu'est-ce que l'Harmonie, si les contraires restent contraires ?

PROCÉDURE (annotation rétrospective) — Air, Harmonie et Mouvement sont proposés explicitement par le [TAL] après la Situation ; le [TEMPS] ne les avait pas donnés dans une liste à choisir.

[TAL]

C'est le but de ma quête: les choses sont, mêmes contraires, elles sont, la, ensemble et l'harmonie est ce qui les lie. L'harmonie est l'antithèse du chaos.

[TEMPS]

Hendrik ne répond pas immédiatement.

Puis il ramasse deux pierres différentes et les pose côte à côte.

  • Elles sont ensemble. Est-ce de l'Harmonie ?

Il attend à peine avant de poursuivre :

  • Deux clans peuvent partager une vallée et s'entre-tuer. Le Jour et la Nuit appartiennent au même monde. Orlanth et la Lune Rouge aussi.

Son doigt se pose entre les deux pierres.

  • Tu as dit quelque chose de plus précis : ce qui les lie.

Puis, lorsque Tal parle du Chaos, l'expression d'Hendrik change.

  • Voilà une affirmation que je comprends mieux.

Il écarte les pierres, puis les rapproche à nouveau.

  • Le Chaos ne serait donc pas, pour toi, simplement une chose différente des autres. Il serait ce qui détruit la possibilité même qu'elles puissent appartenir ensemble à un monde.

Il regarde Tal.

  • Si c'est ce que tu veux dire, alors ne grave pas trop vite « réconcilier les contraires » sur ta tablette. Tu pourrais finir par croire que l'Harmonie exige que l'un cesse d'être ce qu'il est pour ressembler à l'autre.

  • Peut-être ta quête sera-t-elle plus difficile.

Et Hendrik reprend exactement les mots de Tal :

  • Les choses sont. Même contraires, elles sont là, ensemble.

Un silence.

  • Garde Harmonie.

Puis, avec une pointe d'amusement :

  • Quant à Mouvement, je doute que nous parvenions à t'en débarrasser.

Et ainsi, pour la première fois, trois signes runiques apparaissent sur la tablette où Tal conserve ce qu'il découvre de lui-même :

Air. Harmonie. Mouvement.

Pas parce qu'un Sage Gris les lui a attribués.

Parce que Talimar a commencé à reconnaître leur présence dans sa propre vie.


L’initiation​

[TAL]

Jouons donc cette initiation

[TEMPS]

Quelques saisons plus tard, Hendrik cesse simplement de traiter Tal comme un apprenti ordinaire.

Il ne l'annonce pas. Tal s'en aperçoit parce que les questions changent. On lui demande moins souvent ce qu'un texte signifie, davantage pourquoi il mérite d'être conservé. On lui confie des documents que les plus jeunes ne manipulent pas. Hendrik l'envoie parfois vérifier seul une information.

Puis vient la semaine de la Vérité.

Un matin, Hendrik pose devant Tal la tablette des sept différences — celle du bord de la route.

— Tu te souviens de ta première réponse ?

Bien sûr.

La tablette est fausse. La pierre était là avant.

— Tu étais insupportablement certain.

Un sourire.

— Tu as fait quelques progrès.

Il reprend la tablette.

— Talimar, fils de Calimar et d'Urestona, du Héron Gris. Je peux encore t'enseigner pendant des années. Mais ce que tu cherches maintenant, je ne peux pas te le donner.

Tal connaît assez les usages du culte pour comprendre ce que ces paroles annoncent.

Hendrik poursuit :

— Un apprenti apprend auprès d'un Sage. Un initié demande à Lhankor Mhy de l'accepter parmi ceux qui poursuivent sa quête.

Cette fois, pas de plaisanterie.

— Je suis prêt à te présenter.

Puis il ajoute immédiatement :

— Cela ne signifie pas que lui soit prêt à te recevoir.

Et quelques jours plus tard, Tal entre pour la première fois non plus dans un lieu où l'on enseigne Lhankor Mhy, mais dans un sanctuaire où on l'adore.

À l'entrée, Hendrik lui retire ses tablettes.

Toutes.

Même celle où Tal a inscrit Air, Harmonie, Mouvement.

— Tu n'emportes pas ce que tu sais.

Tal proteste peut-être du regard.

— Tu vas justement découvrir ce qui reste quand tu ne peux plus le consulter.

À l'intérieur attendent plusieurs Sages Gris. Certains sont vieux. Une femme est beaucoup plus jeune qu'Hendrik. Des barbes véritables, des barbes postiches, des tablettes, des rouleaux, des objets dont Tal ignore l'usage.

Au centre est tracée la Rune de Vérité.

Plus loin, celle de Loi.

Et Hendrik ne reste pas à côté de Tal.

Un Sage que Tal n'a jamais rencontré lui pose la première question :

— Que viens-tu chercher ici ?

Cette fois, ce n'est pas un exercice.

Tal sait qu'il pourrait donner une réponse savante. Il en connaît désormais beaucoup.

Mais c'est Lhankor Mhy qu'il vient trouver.

[TAL]

Tal écarte les bras et declare "je viens chercher l'accord et le soutien du premier d'entre les sages, le dieu a la barbe grise, le gardien de la connaissance, celui qui se fait appeler Lankhor Mhy. S'il m'accepte je voudrais ma vie a la Loi et la Vérité." Et la Tal doute, ni la rune de la Loi, ni celle de la Vérité n'ont été révélées chez lui (oops).

[TEMPS]

Le Sage ne répond pas immédiatement.

Et ce silence suffit à faire naître le doute.

Tal regarde les deux signes tracés dans le sanctuaire.

Loi. Vérité.

Il connaît leurs noms. Il connaît leur place dans les récits de Lhankor Mhy. Il vient même de leur offrir sa vie.

Mais Air, Harmonie et Mouvement, il les a reconnus en lui.

Loi et Vérité... non.

Le Sage l'observe assez longtemps pour que Tal comprenne qu'il a vu son hésitation.

— Tu as parlé avec beaucoup d'assurance jusqu'aux derniers mots.

Puis :

— Est-ce à Lhankor Mhy que tu viens d'offrir ta vie, Talimar...

Il désigne successivement les deux Runes.

— ...ou à celles-ci ?

Un autre Sage intervient :

— Un homme n'a pas besoin d'être le Vent pour adorer Orlanth.

La jeune Sage reprend :

— Et un homme qui possède la Vérité ne viendrait probablement pas ici la chercher.

Quelques sourires apparaissent.

Mais le premier Sage ne sourit toujours pas.

— Nous ne t'avons pas demandé quelles Runes tu portes. Nous t'avons demandé ce que tu cherches.

Il fait un pas de côté, laissant entièrement visibles Loi et Vérité.

— Alors ne corrige pas ta réponse parce que tu as peur d'avoir donné la mauvaise.

— Regarde ton doute.

— Tu viens de promettre ta vie à la Loi et à la Vérité. Maintenant que cette promesse t'effraie un peu...

...est-ce toujours ce que tu veux ?

[TAL]

Tal tombe a genoux. Il pleure. "Merci O gardien des secrets, tu viens de me faire comprendre mes erreurs. Et c'est pour cela que je veux être ton disciple le plus assidu. Bien sûr, ce que j'ai pris pour l'Harmonie était la Loi, celle qui lie les choses!! Et me voilà devenu homme, la Vérité est ma raison d'être et est mon mouvement !!" Il ne sait pas vraiment s'il a réussi ou échoué mais peu importe, il a la sensation que tout prend sens, s'emboîte, il semble même hors du monde. Derrière ses larmes, il a l'impression d'être dans le monde des dieux même.

[TEMPS]

Pendant un instant, Tal ne sait plus s'il est à genoux sur les dalles du sanctuaire.

Les voix se sont éloignées.

Les Sages aussi.

Même Hendrik.

Devant lui, les deux Runes ne sont plus seulement des signes tracés par des hommes.

Loi.

Ce qui lie.

Non pas ce qui efface les différences. Ce qui permet aux choses différentes d'appartenir au même Cosmos.

La pierre et la tablette.

Les trois témoignages contradictoires.

Son clan et l'Empire.

La terre, l'Air, le ciel, les Enfers.

Tal avait appelé cela Harmonie parce qu'il avait aperçu quelque chose sans encore savoir le nommer.

Et puis :

Vérité.

Non pas la réponse.

La quête de la réponse.

La raison pour laquelle une différence entre une pierre et une tablette peut arrêter un garçon sur une route. La raison pour laquelle deux explications également possibles doivent rester deux explications tant que rien ne permet de les départager.

Et Tal comprend soudain pourquoi sa certitude précédente était fausse.

Mouvement l'a conduit jusqu'ici.

Mais ce qu'il poursuivait en bougeant était la Vérité.

Il pleure davantage.

Quelque chose se tient devant lui.

Ou peut-être cela a-t-il toujours été là.

Une silhouette impossible à regarder entièrement. Une barbe grise. Des yeux qui semblent avoir vu davantage de choses que Tal ne pourrait en apprendre durant cent vies.

Et la sensation vertigineuse qu'autour d'eux s'étend quelque chose de beaucoup plus vaste que le sanctuaire.

Des mots.

Des signes.

Des noms.

Des histoires.

Tout ce que quelqu'un a su.

Tout ce que quelqu'un a oublié.

Et infiniment plus encore : tout ce qui reste à chercher.

Tal ne saurait dire s'il entend réellement une voix.

Mais une question existe.

La toute première question.

Celle d'une route venteuse, devant une vieille pierre.

« Dis-moi ce qui ne va pas. »

Seulement cette fois, il n'y a pas de tablette à comparer.

Il y a le monde.

Et Tal comprend que la question pourrait demander toute une vie.

Puis tout revient brutalement.

La pierre froide sous ses genoux.

Ses larmes.

Les Sages.

Hendrik.

Personne ne rit.

La jeune Sage s'est agenouillée devant lui.

Elle trace du pouce humide une Rune sur son front.

Vérité.

Puis le premier Sage en trace une seconde.

Loi.

  • Relève-toi, Talimar du Héron Gris.

Et Hendrik, derrière eux, dit simplement :

  • Maintenant, cherche.

PROCÉDURE (annotation rétrospective) — Aucun jet d’initiation. La réinterprétation Harmonie → Loi et Mouvement → Vérité naît de la réponse du [TAL] au doute apparu dans la scène ; elle n’était pas préparée comme correction de fiche.