Verbatim
Durée estimée : environ 2 h.
Cette page conserve le jeu dans son ordre réel : paroles des joueurs, côté Tal et côté Temps, hésitations, corrections, Focus, Mises et résultats de dés.
Les formulations sont conservées telles qu'elles ont été écrites pendant la partie, y compris les fautes, abréviations et échanges hors fiction qui ont participé à la conduite de la table.
[TEMPS]
Le lendemain matin, tu te rends à la Bibliothèque — du moins pendant un moment. La grande salle est déjà éveillée. Des stylets courent sur la cire ; quelque part plus loin, quelqu’un récite lentement un texte pendant qu’un autre le copie. L’odeur de l’encre, du parchemin et de la fumée chaude venue des cuisines se mêle dans l’air. Hendrik est assis devant une pile de tablettes. Pour une fois, personne ne semble avoir besoin de lui. Puis une robe blanche apparaît à l’entrée. C’est la guérisseuse de la Maison de la Paix. Sa manche n’est plus tachée de sang. — Karest a passé la nuit. Il s’est réveillé à l’aube. Elle regarde Hendrik, puis toi. — Il peut parler. Un peu. Pas longtemps. Je suis venue comme promis. Hendrik referme la tablette qu’il avait devant lui. Mais il ne se lève pas encore. Il tourne simplement les yeux vers toi. — Hier, tu leur as dit que nous continuerions s’il pouvait parler.
[TAL]
en fait la nuit j'ai eu du mal à m'endormir et je pense que Tal est allé rôdé du côté de la Maison de la Paix. Je sais que ce n'est peut etre pas le role d'un Sage Gris mais je suis jeune et cette histoire m'ébranle plus qu'il ne faudrait sans doute. Qu'est ce que je risque. Et si discrètement, j'arrivais à entendre quelqu'un parler qui pourrait me révéler une indication essentielle. Et je crois que c'est aussi pour moi le moyen d'arrêter de retourner le cas dans ma tete en me demandant s'il n'y a pas un détail important que j'aurais pu raté. Et avant de partir je fais meme le rituel suivant: les yeux voient, les oreilles entendent, la tete comprend, ils vont ensemble pour concourir à la recherche de la vérité. Une facon pour moi de justifier mon acte en m'en remettant a un accord silencieux avec Lankhor Mhy. Puis je revets une tenue neutre et sors.
[TEMPS]
Oui. On remonte à la nuit. Tu n'arrives pas à dormir. Chaque fois que tu fermes les yeux, l'affaire revient sous une autre forme : la position de Beren, le couteau, la voix de Darin, la reconstitution d'Enissa, puis cette phrase devenue presque insupportable parce qu'elle est juste : nous ne savons pas. Avant de sortir, tu restes un moment immobile et tu accomplis ton rituel : — Les yeux voient. Les oreilles entendent. La tête comprend. Ils vont ensemble pour concourir à la recherche de la Vérité. Tu ne demandes pas à Lhankor Mhy de te livrer une réponse. Tu lui offres plutôt ta vigilance. Puis tu quittes tes marques les plus évidentes de Sage Gris et prends une tenue sans caractère particulier. La Maison de la Paix n'est pas endormie. Une lampe brûle encore près de l'entrée. Par instants, une silhouette en robe blanche traverse derrière une ouverture éclairée. Ailleurs, Jonstown s'est largement tue. Tu peux mesurer ton risque. Si quelqu'un te surprend à rôder autour du lieu où repose Karest, on pourra difficilement croire que tu prenais simplement l'air. Si l'on découvre ensuite que tu es l'un des Sages chargés de l'affaire, ta neutralité pourra être mise en doute, et les gens que tu dois encore interroger pourront devenir beaucoup plus méfiants. Si tu n'es pas reconnu, tu peux tout simplement être pris pour quelqu'un qui cherche à atteindre le blessé et être chassé, retenu ou livré aux gardes. Et même si tu entends quelque chose : ce seront des paroles. Pas automatiquement des faits. Ton Intention est néanmoins claire : surprendre, sans être vu, quelque chose que tu n'aurais pas pu apprendre dans l'enquête officielle et qui mérite ensuite d'être examiné. Focus — Zoom Séquence : parviens-tu à rôder assez discrètement autour de la Maison de la Paix pour surprendre une parole réellement utile à l'enquête, sans être repéré comme observateur ?
Tes 3 Mises :
- Vérité, mise en acte par ton rituel — tu disciplines volontairement tes sens et ton jugement vers ce qui peut être réellement significatif.
- Tu connais déjà précisément l'affaire — noms, témoignages, contradictions et faits matériels ; tu peux reconnaître l'importance d'un détail que d'autres laisseraient passer.
- Ta tenue neutre — rien, au premier regard, ne proclame le jeune Sage Gris venu enquêter la veille.
Les 3 Contre-Mises :
- La Maison de la Paix veille même la nuit — guérisseuses, malades et assistants y circulent encore.
- Karest est un blessé au cœur d'une querelle entre deux groupes — sa présence attire naturellement l'attention et la vigilance.
- Tu es étranger aux habitudes nocturnes de ce quartier — tu sais ce que tu cherches, mais pas encore quels passages, portes ou silhouettes sont ordinaires à cette heure.
3 contre 3.
Ton tirage est lu selon le Théisme ordinaire. L'opposition relève ici du monde extérieur. Lance 3d6 et donne-moi les résultats bruts.
[TAL]
6,5,4 -> mes sens sont exacerbés, mon esprit vivace, je relance le 5 et fais un 2 -> résultat final: 6,4,2 : 3 réussites. A toi.
[TAL]
Mon coeur bat la chamade. Je me rends compte du risque que je cours. Mais je décide de le prendre ce rique. Advienne ce qu'il arrivera. Je quitte donc un peu mon point de vue protégé qui semble trop protégé justement pour apprendre quelque chose, pour contourner la maison et peut etre me rapprocher des murs, ou d'une ouverture... Je relance avec 4 mises donc: 6,6,4,3 -> 1er 6, le 3 devient 5 -> 2eme 6, le 5 devient 4 -> résultat final: 6, 6, 4, 4 : 4 réussites. Ce n'est pas encore la manifestation de LK mais j'ai l'impression d'etre bien inspiré, l'esprit aiguisé pour chercher le moindre indice tout en restant discret.
[TEMPS — résolution corrigée]
Surenchère : 4 Mises contre 4 Mises. Tal : 4 Réussites. Temps, Monde médian : 3, 6, 4, 6 → 3 Réussites. Victoire de Tal, 4-3.
[TAL]
Je serais curieux de savoir ce que Tal découvre: une conversation entre deux personnes associées à l'affaire, du coté du clan de Beren ou du coté du clan de Karest, ou bien une discussion d'une pretresse de Chalanna Arroy avec une autre parlant de Karest ou d'un mot que celui ci aurait prononcé, ou tout autre indice :)
[TEMPS]
Tu quittes ton abri et longes lentement le mur extérieur de la Maison de la Paix. À deux reprises, tu dois t’immobiliser complètement : une silhouette blanche traverse une galerie, puis quelqu’un ouvre une porte donnant sur la cour. Personne ne regarde dans ta direction. Un peu plus loin, une ouverture étroite laisse passer de la lumière — et des voix. Deux guérisseuses parlent bas. L’une semble prendre la relève de l’autre. — Il s’est réveillé une première fois avant le milieu de la nuit. — Vraiment réveillé ? Un silence. — Pas longtemps. Il ne savait peut-être même pas où il était. Il m’a attrapé le poignet. — Il a parlé ? — Il a demandé : « Beren ? » L’autre ne répond pas immédiatement. Puis la première ajoute : — Je lui ai dit de ne pas parler. Il a essayé quand même. Il a dit : « Il avait encore le couteau. » Après ça, il a reperdu connaissance. Tu restes parfaitement immobile. La seconde guérisseuse demande : — Tu es certaine des mots ? — Ceux-là, oui. Puis leurs voix s’éloignent. Ce n’est pas une preuve. Karest était grièvement blessé, à demi conscient, et rien ne dit ce qu’il croyait voir ou à quel moment exact il pensait. Mais tu viens d’obtenir quelque chose que personne ne t’avait donné jusque-là : une parole spontanée de Karest, prononcée avant son interrogatoire. Et surtout, demain, s’il parle, tu sauras exactement quelle phrase garder en mémoire.
[TAL]
Je retourne donc me coucher avec cet élément en tete qui va dans le sens d'un Beren armé quand Karest l'a embroché avec sa lance. Et donc on peut revenir à la scene du matin. Je suis en pleine forme et pret a aller voir Karest.
[TEMPS]
Hendrik se lève enfin. — Alors allons-y. La guérisseuse vous ramène à la Maison de la Paix. Au matin, le lieu paraît presque plus silencieux que pendant la nuit : moins mystérieux, mais davantage habité par la fatigue. Karest est couché sur le côté, maintenu par des coussins et des couvertures roulées. Son teint est gris, sa respiration courte. Un bandage épais lui ceint le flanc. Il a les yeux ouverts. La guérisseuse s'approche de lui. — Les Sages sont venus te parler de ce qui s'est passé hier. Quelques questions seulement. Si je dis que cela suffit, cela suffit. Karest hoche faiblement la tête. Son regard passe sur Hendrik, puis s'arrête sur toi. Hendrik reste légèrement en retrait. — Tal. Rien de plus. Il te laisse commencer.
[TAL]
"Bonjour Karest, je m'appelle Tal et suis accompagné de mon maitre Hendrik. Te souviens tu de ce qui s'est passé hier pendant votre raid de bétail? Comment as tu été blessé et ce qui s'est passé avant et apres ta blessure? " Dis-je en m'approchant suffisamment pour pouvoir l'entendre vu qu'il est tres affaibli.
[TEMPS]
Karest ferme les yeux un instant, comme s’il devait remettre les événements dans l’ordre avant de trouver les mots. — Oui… Je me souviens. Sa main glisse faiblement vers le bandage qui lui ceint le flanc. — Beren m’a pris ici avec sa lance. Je pensais qu’il m’avait ouvert jusqu’au ventre. Il reprend son souffle. La guérisseuse ne le quitte pas des yeux. — Après… il est tombé. Ou il a glissé. Sa lance était loin de lui. Un nouveau silence. — Je suis allé vers lui. Il avait encore son couteau. Il a frappé vers moi… d’en bas. Karest fait un mouvement minuscule de l’épaule, comme s’il revoyait le geste. — J’ai reculé. Puis j’ai frappé une fois avec ma lance. Il garde les yeux fermés quelques secondes. — Après ça… des cris. Quelqu’un m’a attrapé. Je crois que je suis tombé. Je ne me souviens plus de ce qui s’est passé avant de me réveiller ici. La guérisseuse pose deux doigts sur son poignet, puis te regarde. — Encore une ou deux questions. Pas davantage. Hendrik n’intervient toujours pas.
[TAL]
"Comment as tu fait pour avancer vers lui alors qu'il t'avait salement amoché? Et dans quel but surtout Karest? Tu voulais l'embarquer dans la mort avec toi hein vu qu'il t'avait ouvert le ventre?"
[TEMPS]
Karest rouvre les yeux. Cette fois, quelque chose de plus dur passe dans son regard. — Non. Le mot sort plus vite que les autres, puis il doit reprendre son souffle. — Je ne savais pas à quel point j’étais touché. Ça brûlait… mais je tenais encore debout. Il avale difficilement. — Et j’étais en colère. Oui. Je croyais qu’il m’avait presque tué. Sa main se crispe légèrement sur la couverture. — Mais je ne suis pas allé vers lui en me disant que j’allais mourir avec lui. Je voulais qu’il reste au sol. Qu’il cesse de se battre. Il tourne les yeux vers toi. — S’il avait lâché son couteau… je ne sais pas ce que j’aurais fait après. Mais il ne l’a pas lâché. Il a frappé vers moi. La guérisseuse intervient aussitôt : — Cela suffit. Karest ferme les yeux. Cette fois, il ne les rouvre pas. Hendrik attend que vous soyez à quelques pas du lit avant de parler, très bas : — Nous avons sa réponse. Pas davantage.
[TAL]
Nous ressortons apres avoir remercié Karest et les guérisseuses. Je dis a Hendrik: "il semble sincere. Et de toute facon je crois en sa version concernant le couteau dans la main de Beren. Mais evidemment concernant le fait que Beren ait ensuite tenté de le frapper ca releve du témoignage de Enissa et maintenant de celui de Karest. 2 témoignages contre aucun en face qui affirme le contraire. Voila ce que nous savons Maitre"
[TEMPS]
Hendrik marche quelques pas en silence à côté de toi avant de répondre. — Presque. Il tourne légèrement la tête vers toi. — « Il semble sincère », c’est ton jugement. Garde-le, mais ne le confonds pas avec ce que nous savons. Puis il poursuit : — Enissa affirme que Beren avait encore son couteau et qu’il a tenté de frapper Karest. Karest affirme maintenant la même chose. Personne ne nous a dit avoir vu Beren sans arme à ce moment-là, et ce que nous avons observé sur son corps n’est pas incompatible avec leurs récits. Il laisse passer quelques pas. — Darin, lui, affirme avoir entendu Beren dire : « Ça suffit », puis avoir vu Karest le frapper. Cela n’établit pas que Beren avait cessé de se battre. Pas plus que les deux autres témoignages n’établissent avec certitude qu’il ne l’avait pas fait. Hendrik s’arrête enfin. — Mais oui : nous avons désormais deux témoignages concordants sur le couteau et le geste de Beren, et aucun témoignage direct qui affirme le contraire. Un bref regard vers toi. — Voilà ce que nous savons.
[TAL]
"Quand est ce que les clans vont se réunir pour statuer?"
[TEMPS]
Hendrik secoue légèrement la tête. — Pas encore fixé. Il reprend sa marche. — Ils attendaient de savoir si Karest survivrait assez pour parler. Maintenant que c’est fait, rien ne les oblige à attendre davantage. Les anciens des deux groupes peuvent se réunir dès aujourd’hui s’ils le souhaitent. Puis il ajoute : — Mais ce ne sont pas les Sages qui convoquent cette réunion. Nous pouvons leur remettre ce que nous avons établi. Ensuite, ce sera à eux de décider quand ils siègent — et ce qu’ils en font. Il réfléchit un instant. — Je m’attends à ce qu’ils cherchent à se voir avant la fin de la journée, précisément parce que plus ils attendront, plus chacun aura le temps de transformer les faits en récit.
[TAL]
"Allons leur dire ce que nous savons et ce que nous ne savons pas alors Maitre" (avec une pointe d'ironie sur le ce que nous ne savons pas) "A moins que vous pensiez que nous devrions faire autre chose maintenant?"
[TEMPS]
Hendrik perçoit la pointe d’ironie. Un coin de sa bouche bouge, à peine. — Non. Pas autre chose. Il reprend sa marche vers la ville. — Nous avons interrogé ceux qui pouvaient parler, examiné le corps, confronté les récits à ce que nous pouvions observer. Continuer maintenant simplement parce que l’incertitude nous déplaît ne rendrait pas notre enquête meilleure. Après quelques pas, il ajoute : — Mais nous n’allons pas porter deux versions différentes à deux groupes différents. Nous allons demander aux anciens des deux côtés de nous entendre ensemble. Les mêmes faits. Les mêmes limites. Puis il te regarde. — Et c’est toi qui parleras. Je serai là si tu oublies quelque chose.
[TAL] Et la ca suscite ma curiosité car on est a Jonstown, je ne sais pas encore vraiment qui sont les clans respectifs de Karest et Beren. Sans doute des clans pas tres éloignés puisqu'on a amené Karest ici pour etre soigné et que Beren a été amené dans une maison de Jonstown, donc son clan doit etre le clan de Jonstown. Pour une telle affaire, est ce que les rings sont assemblés? Ca me parait beaucoup? Ou juste un émissaire ou deux de chaque ring? Y aura t'il d'autres Sages Gris? C'est nouveau pour moi et assez stimulant vu que c'est la 1ere fois pour moi. Comme si j'accédais a un nouveau monde via mon statut de jeune Sage Gris qui en plus a participé activement a l'enquete.
[TEMPS]
Ta curiosité est justifiée — et il y a une chose que tu comprends en y réfléchissant : tu as imaginé un peu trop vite un “clan de Jonstown”. Jonstown ne fonctionne pas ainsi.
La ville possède son propre Ring de Jonstown et une citoyenneté qui ressemble par certains côtés à l’appartenance clanique, mais elle accueille des gens de nombreux clans et de plusieurs tribus. La Maison de la Paix soigne bien au-delà de la population de la ville. Le fait que Karest y ait été transporté ne dit donc presque rien sur son origine, et la maison où repose Beren est simplement un lieu où sa parentèle a pu l’installer.
Et, maintenant que tu remets les noms et les gens en ordre, les appartenances deviennent claires : Beren est du clan Blueberry ; Karest du clan Greenhaft. Tous deux appartiennent à la tribu Cinsina. Ce sont donc bien deux clans suffisamment proches pour que des histoires de bétail, de pâturages, de mariages et de vieilles rancunes puissent les mettre régulièrement en contact.
Mais Hendrik ne t’emmène effectivement pas vers une assemblée solennelle des deux Rings au complet.
Pour une affaire comme celle-ci, ce serait beaucoup trop lourd.
Ce qui peut se réunir aujourd’hui est plutôt quelque chose de plus resserré : quelques personnes capables d’engager leur côté — un ancien ou un proche important de Beren, quelqu’un parlant pour les Greenhaft puisque Karest est incapable de siéger, et surtout des gens reconnus pour connaître la coutume. Un lawspeaker ou un juré peut en faire partie. Les clans peuvent ainsi entendre ce que les Sages ont établi et tenter de trouver un accord sur la responsabilité et la compensation.
Le Ring clanique est autre chose : c’est le cercle qui conseille le chef et porte l’autorité du clan. Il peut naturellement être consulté, surtout si l’affaire menace de devenir une véritable querelle entre clans, mais on ne déplace pas nécessairement tout le Ring pour chaque mort survenue lors d’un raid.
Et si les deux parties refusent l’accord ou contestent réellement le droit, alors l’affaire peut devenir beaucoup plus formelle : jurés des deux côtés, juge acceptable par tous, et éventuellement une cour ayant juridiction sur les deux clans. Comme Blueberry et Greenhaft sont tous deux Cinsina, la tribu constitue leur juridiction commune naturelle. Jonstown offre également des institutions et des personnes capables de faciliter ce genre de règlement.
Quant aux Sages Gris : non, tu ne vas probablement pas découvrir une rangée entière de barbes grises attendant votre rapport.
Hendrik et toi avez été mêlés à cette affaire parce que vous avez recueilli et vérifié les faits. D’autres connaisseurs de la loi pourront intervenir si la dispute devient une véritable procédure. Mais pour cette première rencontre, vous êtes les Sages qui savez ce que l’enquête a effectivement établi.
Et cela change quelque chose dans ta manière de voir les rues de Jonstown.
Hier encore, tu étais surtout un jeune initié venu apprendre à la Bibliothèque.
Aujourd’hui, lorsque tu marches derrière Hendrik vers ceux qui attendent votre rapport, tu comprends que ton initiation t’a ouvert une porte beaucoup plus vaste : derrière les maisons, les troupeaux et les disputes que tu voyais autrefois de l’extérieur existe tout un réseau de clans, de Rings, de jurés, de compensations, de serments et de mémoire.
Et, cette fois, tu ne vas pas simplement l’observer.
Tu vas parler devant lui.
[TAL]
Je suis pret a livrer notre version au nom de la vérité: ce que nous savons et ce que nous ne savons pas. Mais avant de m'exprimer je vais d'abord observer, écouter, repérer ce qui se joue, ce qui se trame pour ajuster au mieux ce qu'on attend de moi en tant que Sage Gris. C'est ma premiere fois et ca serait irrespectueux et meme insensé de m'imposer.
[TEMPS]
Hendrik incline légèrement la tête quand tu lui expliques ton intention.
— Bien.
Il ne développe pas.
La rencontre n’a rien d’une grande assemblée. Dans une salle prêtée près du marché, deux petits groupes se font face avec, entre eux, suffisamment d’espace pour que cet espace lui-même paraisse avoir une signification.
Du côté de Beren, tu reconnais Darin. À côté de lui siège un homme nettement plus âgé, large d’épaules malgré l’âge, qui ne t’accorde qu’un bref regard avant de reprendre sa conversation à voix basse. Une femme d’âge mûr est également présente, silencieuse.
En face, Enissa est là. Avec elle, deux hommes que tu n’as encore jamais vus. L’un porte les signes d’un homme habitué à parler pour les autres ; l’autre semble surtout écouter. Il y a aussi un homme qui n’appartient visiblement à aucun des deux groupes. Plus âgé qu’Hendrik, sans ostentation particulière, il tient une tablette sur ses genoux. À sa manière de se placer — ni au centre, ni avec un camp — tu comprends qu’il est là pour la procédure plus que pour l’affaire elle-même.
Personne ne commence immédiatement.
Tu observes.
Darin regarde beaucoup Enissa, mais Enissa évite soigneusement de répondre à son regard. L’homme âgé du côté de Beren parle peu, mais quand il murmure quelque chose, Darin se tait. Chez les Greenhaft, c’est l’homme que tu avais remarqué en premier qui semble détenir l’autorité de parole.
Et surtout, tu comprends assez vite qu’ils ne sont pas venus ici pour entendre une histoire.
Ils connaissent déjà leurs histoires.
Ils attendent autre chose de vous.
L’homme à la tablette finit par lever les yeux vers Hendrik.
— Vous avez parlé au blessé ?
— Oui.
— Et vous considérez votre enquête terminée ?
Hendrik tourne alors la tête vers toi.
Il ne répond pas.
Autour de la pièce, plusieurs regards viennent se poser sur toi pour la première fois avec une attention véritable.
Tu comprends que c’est maintenant.
[TAL]
"Notre enquete est effectivement terminée. Lankhor Mhy l'a guidée et elle est prête à être consignée. Ce que vous ferez de la Vérité n'est plus de notre ressort. Voici ce que nous savons: Karest du clan Greenhaft a procédé à un raid de bétail sur des betes du clan Blueberry. Ils ont surprise et intercepté par des membres du clan Blueberry dont Beren. Un combat a eu lieu. Beren et Karest se sont retrouvés un peu isolés et ont combattu. Beren a blessé au ventre Karest, puis s'est retrouvé en mauvaise posture en perdant sa lance. Pour autant, deux témoins affirment que Beren avait alors toujours son couteau en main et aucun témoin n'affirme le contraire. Karest s'est approché de Karest pour l'intimer d'arrêter le combat, d'apres ces dires. Un témoin a affirmé avoir entendu de loin un "Ca suffit" mais vu la distance et la cohue ambiante de l'affrontement, rien ne permet d'affirmer que ces mots aient été dit par Beren ou par Karest. Deux témoins affirment ensuite avoir vu Beren tenter de planter Karest avec son couteau mais que Karest s'est défendu en plantant sa lance dans les cotes de Beren. Karest s'est ensuite écroulé et les acteurs de deux clans ont eu la sagesse de ne pas envinemer la situation en amenant le blessé a la Maison de la Paix et d'emmener le corps de Beren pour qu'hommage lui soit fait. Nous vous laissons juges. Lankhor Mhy sait, Humakt tranche" (tu peux procéder à une résolution pour cela?)
[TEMPS]
Oui. Ici, cela mérite clairement une résolution : tu ne cherches pas seulement à réciter des faits, mais à faire entrer votre enquête dans l’espace commun comme une parole de Sage Gris reconnue pour exacte et impartiale.
Et il y a un point fragile dans ce que tu viens de dire : Darin n’a pas seulement rapporté avoir entendu « Ça suffit » ; il affirme que Beren l’a dit. Ton rapport transforme donc son témoignage en une incertitude sur l’auteur des mots. Cela peut être une prudence légitime de ta part, mais Darin peut aussi considérer que tu déformes ce qu’il a dit.
Focus — Zoom Séquence : parviens-tu à livrer devant les deux clans un rapport que tous reconnaissent comme suffisamment fidèle, précis et impartial pour servir de base à leur jugement ?
Tes 5 Mises :
- Tu parles comme initié de Lhankor Mhy, au nom de la Vérité et non d’un des clans.
- Tu as participé directement à toute l’enquête : témoignages, corps de Beren, reconstitution, entretien avec Karest.
- Hendrik est présent et peut attester de la méthode suivie.
- Les deux camps entendent exactement le même rapport, ensemble.
- Tu refuses de prononcer le jugement à leur place : « Lhankor Mhy sait, Humakt tranche. »
Les 5 Contre-Mises :
- Beren est mort : les Blueberry écoutent avec le poids d’un mort entre eux.
- Karest est vivant et appartient à l’autre camp : les Greenhaft ont eux aussi quelque chose à défendre.
- Darin a donné un témoignage précis sur “Ça suffit”, et ta formulation en affaiblit la portée.
- Beren et Karest avaient déjà une histoire de rancune connue, qui colore tout ce qui est entendu.
- Tes paroles vont désormais avoir des conséquences concrètes : compensation, honneur, responsabilité ; chacun va écouter chaque nuance comme quelque chose dont il pourra se saisir.
5 contre 5.
Ta parole relève ici sans ambiguïté du Théisme : tu agis explicitement comme Sage de Lhankor Mhy, dans l’exercice de ta fonction. L’opposition sera également lue selon le Théisme, car ce qui te répond ici n’est pas un obstacle matériel mais une assemblée orlanthi prise dans ses obligations de clan, d’honneur, de droit et de parole.
Lance 5d6 et donne-moi les résultats bruts.
[TAL]
Aie: 5,5,5,4,2 :( C'est rude. 2 réussites seulement.
[TEMPS]
Le Temps lance 5d6 : 1, 4, 1, 6, 3. Le 6 relance l’un des 1 : 3. Résultat final : 3, 4, 1, 6, 3 → 2 réussites. 2 contre 2 : Status Quo. Quand tu termines par : — Lhankor Mhy sait, Humakt tranche. personne ne parle immédiatement. Puis Darin se redresse. — Non. Son visage s’est fermé. — Ce n’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit que Beren avait crié « Ça suffit ». J’ai reconnu sa voix. L’homme âgé des Blueberry ne l’interrompt pas. Enissa intervient, plus calmement : — Moi, je n’ai pas entendu ces mots. L’homme qui parle pour les Greenhaft tourne la tête vers elle. — Ce qui n’est pas la même chose que dire qu’ils n’ont pas été prononcés. L’homme à la tablette lève une main. Le silence revient. Puis il te regarde directement. — Sage, réponds seulement à ceci. Darin affirme-t-il, oui ou non, avoir entendu Beren dire « Ça suffit » ? Hendrik ne bouge pas. Tu comprends exactement où ta formulation a accroché : l’assemblée ne rejette ni votre enquête ni le reste de ton rapport. Mais sur ce point précis, tu as mêlé deux choses différentes : ce qu’un témoin affirme et ce que votre enquête permet d’établir comme fait. Pour l’instant, ton rapport n’est donc ni accepté comme parole commune, ni rejeté. Status Quo. Tu peux surenchérir. Si tu le fais, dis-moi quelle nouvelle Mise Tal engage pour aller jusqu’au bout de cette parole.
[TAL]
"oui il a affirmé que Beren a dit ca suffit mais a confirmé qu'il etait a 20 pas et qu'autour c'etait assez agité.. ce n'est pas a vous les Thanes que je vais apprendre le fracas des combats.. c'est pour cela que j'ai minimisé son témoignage .. mais oui c'est ce qu'il a dit .. a 20 pas, en pleine bataille" 6 mises: 2,2,2,2,3,1: 4 réussites
[TEMPS]
Surenchère : 6 contre 6. Tal : 4 réussites. Temps, Théisme ordinaire : 3, 4, 4, 4, 4, 4 → 5 réussites. Défaite de Tal, 4–5. Pas de domination. Darin ouvre la bouche, mais l’homme à la tablette lève la main avant qu’il ne parle. — Voilà. Là, c’est exact. Il baisse les yeux vers sa tablette et reprend, lentement, comme s’il séparait chaque chose de la suivante. — Darin affirme avoir reconnu la voix de Beren disant « Ça suffit », à environ vingt pas, pendant l’affrontement. Les Sages ne peuvent pas établir que ces mots ont effectivement été prononcés par Beren. Ils ne peuvent pas davantage établir qu’ils ne l’ont pas été. Il relève les yeux. — Enissa affirme avoir vu Beren, couteau en main, frapper vers Karest. Karest affirme la même chose. Aucun témoin n’affirme avoir vu Beren désarmé à cet instant. L’examen du corps n’est pas incompatible avec ce récit. Puis il se tourne vers toi. — Mais, jeune Sage, ce n’était pas à toi de minimiser le témoignage de Darin. C’était à toi de nous dire exactement ce qu’il avait affirmé — puis exactement ce que votre enquête permettait, ou non, d’en conclure. La remarque n’est ni méprisante ni douce. Elle tombe simplement. Darin te fixe encore, manifestement contrarié. L’homme âgé des Blueberry, lui, ne dit rien. Hendrik intervient enfin. — C’est exact. Pas pour te défendre. Pas pour t’accabler non plus. L’homme à la tablette inscrit quelques mots, puis regarde alternativement les deux groupes. — Alors le rapport sera retenu ainsi, avec cette distinction. Tu as livré l’essentiel de l’enquête. Mais pas de la manière parfaitement impartiale que tu voulais : c’est l’assemblée elle-même qui a dû rétablir la frontière entre le témoignage de Darin et le jugement que tu portais sur sa fiabilité. Les faits sont maintenant devant eux. Et cette fois, Hendrik ne dit plus rien.
[TAL]
Je reste silencieux en essayant de faire profil bas mais pas pour eux, mon repere c'est Lankhor Mhy, mon seul juge. Non pas que je prenne de haut les autres car j'ai deja accepté et compris certains jugements comme lors de mon initiation (mais c'etait un lien direct avec LK), ou avec les enseignements d'Hendrik mais la j'ai l'impression qu'on juge ma jeunesse ce qui me parait assez injuste. Peu importe. Ils ont tous les éléments et je suis maintenant curieux de voir ce qu'ils vont en faire. Et ca c'est un vrai sujet de curiosité: que font les hommes quand on leur donne une vérité incomplète.
[TEMPS]
Tu ne dis rien. Personne ne semble attendre davantage de toi. L'homme à la tablette tourne maintenant son attention vers les deux groupes. — Les faits établis s'arrêtent donc là. L'homme âgé des Blueberry prend enfin la parole. — Beren est mort en défendant nos bêtes contre un raid. Qu'il ait encore eu son couteau ou non, c'est un mort que nous devons ramener chez nous. Le représentant des Greenhaft répond aussitôt : — Et Karest a failli mourir d'un coup de lance de Beren. Nous n'accepterons pas qu'on appelle cela un meurtre. — Je n'ai pas dit meurtre. Le mot reste suspendu entre eux. L'homme à la tablette intervient : — Alors ne discutons pas de ce que personne ici ne peut établir. Il y a eu un raid. Il y a eu combat. Beren est mort de la main de Karest. Karest a été grièvement blessé par Beren. Le point de savoir si Beren avait réellement cessé le combat n'est pas établi. Il regarde successivement les deux côtés. — Vous pouvez maintenant choisir de faire de cette incertitude une querelle. Ou choisir ce qui doit être réparé sans prétendre savoir ce que nous ne savons pas. Les Blueberry murmurent entre eux. Les Greenhaft aussi. Puis les choses deviennent étonnamment concrètes. On parle des bêtes prises lors du raid. De leur restitution. D'une compensation pour la mort de Beren. Le représentant des Greenhaft refuse que cette compensation soit formulée comme l'aveu d'un meurtre. L'homme âgé des Blueberry refuse, lui, qu'on parle comme si la mort de Beren n'avait été qu'un accident sans dette. Ils marchandent donc les mots presque autant que les biens. À un moment, Darin revient encore sur « Ça suffit ». Cette fois, l'homme âgé de son propre clan lui pose simplement une main sur l'avant-bras. — Nous t'avons entendu. Darin se tait. Ce n'est pas une décision sur la vérité de ce qu'il a vu. C'est une décision de ne pas faire reposer tout l'avenir des deux clans sur ce seul point. Peu à peu, une forme d'accord apparaît : les Greenhaft reconnaîtront une dette pour la mort survenue pendant leur raid et offriront compensation ; les Blueberry n'exigeront pas que Karest soit déclaré meurtrier sur la base d'un abandon du combat qui n'a pas pu être établi. Les détails devront encore être arrêtés entre ceux qui peuvent engager leurs clans. Personne n'a découvert ce qui s'est exactement passé dans le cœur de Beren ou de Karest. Pourtant, quelque chose vient tout de même d'être décidé.