Portrait vivant
Ce Portrait représente Talimar exactement à la fin de la Session 3. Il reprend les acquis de la Session 2 et ajoute seulement ce qui s'est explicitement inscrit pendant cette séance.
« Les choses sont. Même contraires, elles sont là, ensemble. »
« Les oreilles entendent, les yeux voient, la tête comprend, Lhankor Mhy sait. »
Talimar, dit Tal — homme, 20 ans — Sartarite du clan du Héron Gris, jeune initié de Lhankor Mhy.
Runes
Air — le milieu
Tal se reconnaît dans l'espace entre les choses : terre et ciel, haut et bas, nuages, vent, Lune et étoiles. L'Air reste aussi, loin du clan, le rappel sensible de ses racines.
À Jonstown, cette attirance pour l'espace entre les choses prend une forme plus concrète : lorsqu'une querelle d'archives l'étouffe, Tal retrouve presque physiquement son désir de route, d'horizon et de monde au-delà des murs.
Loi — ce qui lie
Tal comprend la Loi comme ce qui relie les choses sans abolir leurs différences.
À Jonstown, cette compréhension a déjà rencontré une limite : la Loi ne demande pas au Sage de rendre le monde plus net qu'il ne l'est. Une situation peut demeurer incertaine sans cesser d'appartenir à un ordre que l'on doit regarder honnêtement.
La querelle autour du legs de Jorstan ajoute une expérience plus prosaïque : les archives, les titres, les copies et les serments sont aussi des formes de mémoire qui lient les hommes. Tal peut reconnaître leur importance sans pour autant découvrir qu'il aime s'en occuper.
Vérité — ce qui met en mouvement
La Vérité reste ce qui oblige Tal à chercher.
Sa première enquête lui a appris à distinguer chercher la Vérité et prétendre la posséder. La Session 3 ajoute un autre mouvement : lorsque la question qui lui est proposée ne l'intéresse plus, Tal ne cesse pas de chercher pour autant. Il porte simplement son regard ailleurs — vers les routes, les nouvelles du monde, puis vers Sartar lui-même.
Jeune Sage Gris
Tal continue d'exercer concrètement ce qu'il a appris auprès d'Hendrik, fils d'Enderos.
- curiosité insatiable ;
- distingue ce qu'il sait de ce qu'il croit savoir ;
- peut soutenir plusieurs hypothèses sans en faire prématurément une vérité ;
- apprend à formuler précisément ce qui est attesté et ce qui ne l'est pas ;
- sait chercher dans les catalogues, registres et papiers de travail d'un Sage pour retrouver une provenance ;
- tablette aux sept différences, conservée depuis sa rencontre avec Hendrik ;
- couteau ancestral donné par son père.
Jonstown lui a montré qu'un Sage Gris peut être appelé hors de la Bibliothèque parce qu'une communauté a besoin de quelqu'un pour recueillir des témoignages, examiner des faits, rappeler les limites de ce que la Loi permet d'affirmer et trouver une formulation sur laquelle des gens pourront ensuite agir.
La Session 3 ajoute une tension qui n'est pas encore une conclusion : Tal aime la connaissance, mais il n'est pas certain d'aimer toutes les formes de travail auxquelles la connaissance oblige.
Le conflit autour de Jorstan lui rappelle ses voyages avec Grimar : il aimait voyager avec son oncle, mais pas les marchandises. À Jonstown, il aime chercher, lire et comprendre, mais se découvre profondément impatient devant certaines affaires locales de propriété et de procédure.
Héron Gris et routes du Tarsh
Tal est fils de Calimar et Urestona, carls du clan du Héron Gris, de la tribu Colymar.
Son oncle Grimar, marchand, l'a emmené jeune au Tarsh. Tal y a découvert une civilisation lunaire qu'il admire par certains aspects et rejette par d'autres. Cette contradiction reste l'une des tensions profondes qui le mettent en mouvement.
La Session 3 ravive directement le souvenir de ces voyages. Tal se souvient qu'il aimait les routes davantage que le commerce lui-même. En écoutant Daran, marchand venu d'Alda-Chur, parler de Tarsh, de Furthest, des contrôles et des soldats, il retrouve le sentiment qu'un monde beaucoup plus vaste continue de bouger au-delà de Jonstown.
Parmi les personnes et appartenances qui comptent :
- Calimar et Urestona, ses parents ;
- Grimar, son oncle marchand ;
- Hendrik, son maître ;
- le clan du Héron Gris ;
- le vieux Sage Gris traditionaliste du clan.
Mythe de Lhankor Mhy — la quête de la connaissance
Tal a retenu cinq gestes du mythe enseigné par Hendrik :
- distinguer ce qui est vrai ;
- se souvenir de ce qui a été appris ;
- conserver le savoir par l'écriture ;
- chercher ce qui manque ;
- continuer à chercher, même lorsque l'on sait déjà.
Son initiation l'a relié à Lhankor Mhy. À Jonstown, le premier de ces gestes a gagné une précision vécue : lorsqu'une chose n'est pas établie, le Sage doit aussi savoir dire qu'il ne sait pas.
La Session 3 met surtout en jeu le quatrième et le cinquième gestes. Tal ne se contente pas de ce que la Bibliothèque lui présente : après avoir trouvé la réponse sur les documents d'Argrathor, il continue à chercher autre chose — Sartar, la Lune Rouge, les routes royales, ce qui peut encore subsister de l'œuvre du fondateur.
Traces
L'initiation
Tal comprend désormais ce qu'il avait d'abord nommé Harmonie comme une intuition de la Loi, et ce qu'il avait nommé Mouvement comme l'élan de sa quête de Vérité.
La question « Dis-moi ce qui ne va pas » reste attachée à son expérience de Lhankor Mhy et à sa manière de regarder le monde.
Jonstown — dire exactement ce que nous savons
À la Maison de la Paix, Tal a participé à sa première enquête comme jeune Sage Gris. Beren est mort au cours d'un raid de bétail ; Karest a été grièvement blessé ; les témoignages et le corps ont permis de réduire l'incertitude sans établir si Beren avait cessé de combattre au moment du coup mortel.
Tal a découvert que la Vérité n'exige pas l'omniscience. Elle exige aussi de ne pas attribuer au monde davantage de certitude que ce qu'il donne.
Il a inscrit dans son Portrait :
« Ne chercher et ne rapporter que les faits avérés. »
Hendrik y a ajouté une précision qui compte désormais tout autant : lorsque les faits ne sont pas avérés, il faut savoir rapporter aussi « nous ne savons pas ».
Jonstown — ce que les hommes font d'une vérité incomplète
La nuit précédant l'entretien de Karest, Tal a accompli un petit rituel de vigilance adressé à Lhankor Mhy. Il a surpris une parole spontanée de Karest — « Il avait encore le couteau » — sans en faire une preuve automatique.
Le lendemain, l'affaire s'est achevée sans vérité totale : les Greenhaft ont reconnu une dette pour la mort survenue pendant leur raid ; les Blueberry n'ont pas exigé que Karest soit déclaré meurtrier sur la base d'un abandon du combat qui n'avait pas pu être établi.
Tal reste avec une curiosité : que font les hommes quand on leur donne une vérité incomplète ?
Et son petit rituel nocturne a laissé une formule qui lui appartient désormais :
« Les oreilles entendent, les yeux voient, la tête comprend, Lhankor Mhy sait. »
Jonstown — les papiers d'Argrathor
Dans les registres de Jorstan, Tal a retrouvé les mentions qui éclairaient le statut du paquet disputé :
« Papiers d'Argrathor — de la maison. À copier. »
« originaux à rendre après copie »
Il a également lu cette phrase de Jorstan à propos de son père :
« Mon père ne savait pas écrire. Cela ne l'empêchait pas de conserver des choses que nous aurions perdues sans lui. »
Tal reconnaît la valeur de cette mémoire, mais l'affaire ne lui a pas donné le sentiment d'avoir trouvé ce qu'il cherche dans le monde.
Sartar — un signe dans la marge
En étudiant la vie de Sartar, Tal a relié la fondation du royaume, les routes royales, la chute de Tarsh sous domination lunaire et la persistance de traditions selon lesquelles certains continueraient à honorer secrètement le fondateur.
Dans la marge d'un texte évoquant ceux qui maintiennent encore sa force, Tal a remarqué la Rune de Sartar, tracée d'une autre main.
Il mémorise ce signe et l'inscrit dans son Portrait.
La Rune ne lui donne ni ordre ni destination. Elle suffit pourtant à ouvrir une nouvelle curiosité : qui continue à honorer Sartar en secret, et que reste-t-il de son œuvre vivante ?
Tal pense aussi à Boldhome, la grande ville du royaume. Il espère pouvoir la voir un jour. Cette envie lui appartient : aucun texte ne l'y envoie.