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Visions du monde

Dans Glorantha Perspectives, une Vision du monde n'est ni une profession, ni une méthode intellectuelle, ni le type de magie employé à cet instant. Elle représente une ontologie vécue : la manière profonde et spontanée dont le Protagoniste pense que le monde fonctionne.

La Vision du monde ne décrit pas ce que vous faites. Elle décrit le monde dans lequel vous pensez le faire.

Lorsque le réel doit répondre à une Situation incertaine, les Mises sont constituées de la même manière pour tous. Ce qui change ensuite est la manière de lire le tirage : chaque Vision apprend au joueur à porter son attention ailleurs.

  • Théisme — cherchez la manifestation et la continuité du geste divin.
  • Animisme — cherchez les présences qui se reconnaissent et peuvent former une relation.
  • Logique — mesurez l'ensemble plutôt que des signes isolés.
  • Mysticisme — cherchez ce qui, dans l'opposition elle-même, peut être dissous ou transformé.
  • Pensée draconique — cherchez les motifs qui ouvrent un choix entre attachement et détachement.

Quand utiliser les Visions affaiblie et héroïque ?​

Chaque Vision présente une lecture ordinaire, une Vision affaiblie et une Vision héroïque. Ce ne sont pas trois niveaux permanents du personnage, ni une progression à débloquer. Ce sont trois manières de lire la même Vision lorsque la fiction change l'échelle ou la qualité du rapport au Cosmos.

Elles peuvent notamment servir à :

  • exprimer l'affaiblissement d'un Protagoniste — lorsque quelque chose compromet la relation par laquelle sa Vision devient opérante, la lecture affaiblie peut rendre cette fragilité sensible dans la résolution ;
  • exprimer les règles d'un autre monde — dans l'Autre Monde, et notamment dans le Monde divin, certaines relations au Cosmos peuvent devenir plus immédiates ou plus absolues. Une Quête héroïque peut ainsi placer les participants en Vision héroïque parce que le monde où ils se trouvent obéit à cette échelle ;
  • exprimer un décalage assumé de puissance — lorsqu'un Protagoniste, une entité ou une Force agit manifestement à une autre échelle, une lecture affaiblie ou héroïque peut rendre ce décalage directement, sans avoir à gonfler artificiellement le nombre de Mises.

Dans une même résolution, plusieurs acteurs peuvent agir à des échelles différentes. Un mortel peut par exemple faire face à une puissance en Vision héroïque tandis que sa propre Vision demeure ordinaire — ou affaiblie.

Les modes ne se cumulent pas. Une Vision affaiblie fait redescendre l'acteur dans l'échelle au lieu de s'ajouter à une Vision héroïque.

Une lecture héroïque peut être graduelle. Son degré est alors fixé par l'échelle de l'acteur ou de la puissance avant le tirage, puis reste stable tant que cette échelle ne change pas dans la fiction. Il n'existe pas de grille universelle commune à toutes les Visions.

Le mode et, lorsqu'il y en a un, son degré sont choisis avant le tirage, parce que la fiction et le Cadre le justifient, jamais après avoir vu les dés. Les Mises continuent d'être établies normalement : sauf si la Situation change elle-même ce qui peut compter, l'échelle modifie la lecture du tirage, pas le nombre de dés.

Une Vision du monde n'est pas un masque​

Un personnage ne choisit pas la « meilleure » Vision pour une scène.

Un Sage Gris de Lhankor Mhy peut étudier un traité malkioni, comprendre un raisonnement sorcier et reproduire une procédure étrangère sans devenir Logicien. Il reste normalement Théiste : les Dieux, les Runes et les événements mythiques demeurent pour lui des réalités opératoires du Cosmos.

De même, un astrologue de Buserian ou un érudit d'Irripi Ontor peut calculer, observer, classer et raisonner avec une grande rigueur tout en habitant un monde théiste.

Un Malkioni peut effectuer un calcul comparable, mais pour une raison ontologique différente : il pense le Cosmos intelligible par la Loi et la Raison.

Le calcul peut être le même ; le monde dans lequel il prend sens ne l'est pas.

C'est pourquoi la Logique n'est pas « la Vision des gens intelligents », des savants ou des personnages rationnels. Les Malkioni — et, d'une autre manière, les Mostali — relèvent normalement de cette Vision parce qu'elle correspond à leur conception du Cosmos.

Les pratiques étrangères deviennent des Mises​

Les cultures circulent, commercent, se combattent et s'influencent. Elles empruntent donc des rites, des techniques et des savoirs.

Les Pol-Joni, par exemple, peuvent adopter des pratiques animistes nécessaires à leur vie en Prax sans cesser pour autant d'être fondamentalement orlanthi et donc normalement Théistes.

La distinction mécanique est simple :

  • ce que le Protagoniste connaît, possède, pratique ou a appris nourrit ses Mises ;
  • ce qu'il pense que le monde est détermine sa Vision du monde.

Changer réellement de Vision du monde​

Une Vision peut changer, mais pas comme on change d'outil.

Il faut qu'un événement transforme réellement le rapport du Protagoniste au Cosmos : conversion profonde, initiation qui bouleverse sa compréhension du réel, expérience mystique irréversible, transformation draconique, ou autre basculement comparable dans la fiction.

Changer de Vision du monde, ce n'est pas décider de regarder momentanément le monde autrement.

C'est découvrir qu'on ne peut plus le regarder comme avant.

Certaines forces ne remplacent pourtant pas la Vision : elles la modifient, la rendent perméable ou la mettent en crise. C'est le rôle des Influences et transformations.